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ARTICLE DU 04/09/04
Le piton de la Fournaise a retrouvé le sommeil. Volcanologues, forestiers, gendarmes, pompiers, photographes et cinéastes vont pouvoir enfin souffler ! Même si le week-end s’annonce
encore chaud sur les coulées, en raison de l’afflux possible du public, la situation va peu à peu se normaliser, espèrent-ils.
Il restera en tout cas dans leur tête des images de rêve engrangées au cours de ces trois dernières semaines.


Le piton de la Fournaise s’est rendormi

Une éruption qui avait débuté comme une autre…


Le volcan s’est donc rendormi jeudi soir, à 19 h 15 (notre édition d’hier). À peine achevée, l’éruption qui avait débuté le vendredi 13 août est déjà vouée à occuper une place particulière dans l’armoire aux souvenirs de tous ceux qui suivent les pages d’histoire écrites par le piton de la Fournaise. Présentant tous les signes d’une éruption “classique” au départ, elle a très vite pris une tournure spectaculaire grâce à un environnement favorable à la progression rapide de ses coulées. Les scientifiques eux-mêmes restent admiratifs…
“Comme d’habitude, notre réseau de surveillance nous a permis de voir arriver parfaitement cette éruption”, remarque Thomas Staudacher, directeur de l’observatoire volcanologique, en guise de préambule. Puis, il commente succinctement les moments marquants vécus ces trois dernières semaines : “La lave est descendue rapidement à la mer et nous avons assisté à la formation de cette plate-forme en mer et aux phénomènes qui l’ont accompagnée…”.
Patrick Bachèlery, directeur du laboratoire des sciences de la Terre de l’université de la Réunion, lequel entretient une collaboration de longue date avec l’observatoire, souligne pour sa part le caractère exceptionnel de ces coulées qui se jettent dans l’océan en construisant de telles plates-formes, comme à la pointe de la Table, en 1986, à cette différence importante près que la lave avait jailli du sol à 30 m d’altitude, quasiment sur le littoral. “C’est la première fois que je vois des tunnels de lave aussi longs”, s’exclame le chercheur qui apporte son éclairage sur cette éruption à rebondissements : “C’est une éruption sommitale classique, mais le point de sortie relativement bas (2 200 mètres) était situé plein est, là où la pente est la plus forte. Ainsi la lave n’a pas souffert de diversions comme souvent dans la partie haute de l’enclos et cette pente a favorisé la chenalisation, elle-même propice à une bonne conservation de l’énergie de la coulée”.

Spectacle de désolation
Ces tunnels ont permis sa progression rapide vers le Grand-Brûlé : “Un fort dégazage au niveau du cône et tout au long de son cheminement en tunnel a fluidifié la lave”, poursuit Patrick Bachèlery. D’où l’abondance de ces fameuses coulées de pahoehoe (laves “satinées”, en hawaiien) qui ont alimenté la plate-forme gagnée sur l’océan.
L’épisode final, l’apparition de trois cônes sur la plate-forme littorale, unique dans la période historique semble-t-il, constitue un autre élément marquant de cette éruption. Mais ces hornitos, fragiles témoins d’une activité exceptionnelle - la bataille de l’eau et du feu (voir infographies) -, pourraient être très vite rayés du paysage. Philippe Kowalski, directeur technique de l’observatoire, rapportait ainsi hier soir comment la mer a déjà avalé la moitié de l’un d’entre eux, le front de la plate-forme s’éboulant régulièrement sous l’assaut des vagues alors que quelques tunnels crachaient leurs dernières gouttes de lave, dans un fracas d’explosions et de jets de vapeur. La plate-forme côté Sainte-Rose ne devrait pas pour sa part être accessible de sitôt. Le danger existe d’autant plus qu’elle n’est plus alimentée par les tunnels de lave et l’eau de mer, dans ces conditions, peut pénétrer dans les cavités surchauffées et provoquer de nouveaux phénomènes explosifs. Cette situation va durer plusieurs mois. Hier, au cours d’une visite d’inspection, Thomas Staudacher a découvert sur le littoral sainte-rosien un véritable spectacle de désolation : la végétation était brûlée par les gaz et les cendres émises au cours des épisodes magmato-phréatiques du début de semaine. Une épaisse couche de cendres aux reflets allant du gris au presque noir en passant par le marron, à la consistance proche de la semoule, recouvrait le sol. Elle tombait également des arbres lorsqu’on en secouait les branches.


L’éruption en chiffres
Il est bien entendu trop tôt pour faire état de données précises sur l’éruption qui s’est achevée jeudi soir. Néanmoins, voici un premier bilan.
- durée de l’éruption :
21 jours (depuis le vendredi 13 août), soit une durée «dans la norme» pour la Fournaise. C’est la troisième de l’année et la troisième à atteindre la mer depuis le début du siècle (contre cinq seulement pour le XXe siècle).
- superficie de la plate-forme côté Sainte-Rose : environ 7 hectares (500 m x 200 m de largeur maximale).
- températures relevées hier dans des fissures, 24 heures après la fin de l’éruption : environ 800° à un mètre de profondeur sur la plate-forme et à 30 cm près d’un des trois hornitos.
- taille des cônes du bord de mer : le premier, né lundi soir, affiche 8 mètres de hauteur ; les deux autres, nés mercredi soir, sont accolés et de taille bien inférieure. L’un est déjà en partie démantelé, un pan ayant semble-t-il basculé en mer.
- première française :
l’arrivée de la lave en mer a été filmée par une équipe qui a plongé sur le front de coulée (notre édition de mercredi) et tourné des images exceptionnelles sur les pillow lavas (laves en “coussins”).
- … et dix-huit communiqués de presse diffusés par la préfecture.

François Martel-Asselin


Saint-Philippe : sentier ouvert la journée
Le sentier aménagé par les agents de l’ONF côté sud est rouvert au public depuis hier. Au départ de Saint-Philippe, comptez une petite demi-heure de trajet en voiture (sans prendre en compte les éventuels bouchons) avant d’accéder au barrage mis en place par les gendarmes au niveau de la coulée de 2002. De là, il vous faudra marcher un bon kilomètre le long de la nationale avant d’atteindre le début du sentier. Long de 2 kilomètres, celui-ci est très bien balisé mais il n’est pas recommandé aux personnes qui n’ont pas l’habitude de marcher en terrain accidenté : malgré les améliorations apportées, il reste souvent glissant et peu facile : n’oubliez pas qu’il s’agit d’un itinéraire provisoire taillé dans la forêt. Au total, comptez une bonne heure de marche à l’aller (un peu plus au retour : ça grimpe !). Mais à l’arrivée, le spectacle est bel et bien au rendez-vous avec une large vision panoramique donnant sur le champ de bataille où se sont affrontées la lave et l’eau. Un paysage quasi lunaire, dont les tons argentés jurent avec le bleu de l’océan. Bref, de quoi inspirer les esprits rêveurs… Ce sentier est ouvert de 6 h à 18 h, mais de toute façon, quel intérêt d’y aller de nuit ?



Sainte-Rose : Sentier fermé jusqu’à nouvel ordre
Extinction des feux, laissons refroidir la nouvelle extension de la Réunion. Inutile, donc, d’espérer descendre contempler la coulée à la mer par le sentier d’accès côté Sainte-Rose, il reste fermé jusqu’à nouvel ordre.
Jacques Trouvilliez, directeur de l’ONF, confiait hier qu’une première esquisse d’un projet d’aménagement dudit sentier sera présentée publiquement dans une dizaine de jours. Dans l’idée, un parking devrait voir le jour au niveau de l’ancienne décharge du Grand-Brûlé, donnant accès au sentier aménagé aboutissant à un ou plusieurs belvédères sur la plate-forme.
Une collaboration avec l’Université de la Réunion est envisagée avec pour objectif la réalisation de divers panneaux explicatifs. Plus tard, la partie terrestre surplombant la plate-forme, une fois sondée et sécurisée, devrait permettre aux visiteurs de se rendre de l’une à l’autre des deux coulées de l’éruption.
La première esquisse de ce projet présentée, l’ONF reste ouvert à toutes suggestions et toutes propositions.