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ARTICLE DU 03/09/04
Après une nuit mouvementée, du côté de la Vierge au parasol, la journée d’hier a été assez calme, mis à part quelques ultimes explosions sur la plate-forme qui a poussé sur la mer avant la fin totale de l’éruption.



Entre deux feux


C’est le calme dans le Grand Brûlé. A proximité de la coulée de Sainte-Rose, le temps semble arrêté. On est loin de l’ambiance festive et de la foule des jours précédents. En se développant désormais au niveau de la mer, l’éruption volcanique a induit de nouveaux risque qui ont entraîné la fermeture de l’accès au grand public. Les forces de l’ordre sont là, mais quasiment personne ne vient tenter sa chance. Les pompiers sont là également. Le poste de commandement mobile jouxte le poste médical avancé. Personne sur les lits. Comme dit le sergent Bègue, et il ne pourrait pas le dire autrement : “Il n’y a personne”.

La mer de toutes les couleurs

Dans la forêt du Grand-Brûlé, les oiseaux chantent et le vent souffle dans les cimes des filaos. En bordure de la coulée, les arbres finissent de se consumer lentement. La fumée pique les yeux comme aux lendemains d’un grand incendie. Un arbre s’abat avec fracas, bouffé par la lave et le feu. Et puis gazouillent à nouveau les oiseaux. C’est le calme plat.
La mer est teintée de marron et de rouge aux abords de la plate-forme de lave. Un duvet de brume se forme sur le clapot avant de rejoindre le panache blanc de l’éruption. Plus loin en mer, elle est turquoise, puis vert clair. Avant que le bleu profond de l’océan n’efface les anomalies liées à la présence de la lave dans la mer.

Dernière explosion à 15 h 22

Une coulée d’une vingtaine de mètres de large dégouline lentement sur la plate-forme, encadrant des filaos brûlés et jaunis. C’est le résultat de ces dernières heures. Tout est consigné dans le petit carnet d’Illa Risovics, l’agent forestier de Bois-Blanc. Risovics, c’est la courroie de transmission entre la nature et les hommes. Celui qui décrypte et qui explique, passionnément. “Cette nuit, vers 3 heures du matin, il y a eu l’explosion du second cratère, au bord de l’eau. A dix heures du matin commencent de nouvelles explosions qui se succèdent toutes les quinze minutes. En milieu de matinée, le tunnel de lave qui approvisionne la plate-forme s’effondre en contrebas de la route, ce qui laisse la lave s’écouler à l’air libre. Elle a refait surface sur la plate-forme. Les petits cônes ont encore explosé vers 11 h, puis 13 h.”
Une explosion a été enregistré vers 14 h 40. Des blocs de lave volaient jusqu’à 80 mètres de haut. Certains ont explosé en l’air, rendant les abords du site trop dangereux pour les observateurs. Méticuleux, l’agent forestier a encore noté une explosion à 15 h 22. Et ce fut tout ou presque. Depuis, la lave s’écoule sur le platier par les failles qui le zèbrent. Le niveau de la plate-forme ne cesse de monter, lentement, inexorablement. Un front de coulée se jette dans la mer, fort de son bon mètre d’épaisseur. Les rouleaux arrachent des gratons au platier. Ils flottent en surface, fumant. Malgré les attaques de la mer, les personnes présentes estiment que la plate-forme s’étend maintenant sur huit hectares environ.
Les trois cônes, héros du jour, sont invisibles, cachés par un épais nuage de vapeur cotonneuse. Les badauds, qui observent le spectacle de loin, depuis les rampes de Bois Blanc, ne voient rien de plus que les quelques spécialistes installés à proximité de la lave. Une équipe allemande de la télévision RTL maugrée. C’est une petite journée. Armande Ravily, installée devant son camion bar de la Vierge au parasol, plie des samoussas au thon. Demain sera une meilleure journée.

Fabien Laroche