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ARTICLE DU 03/09/04
Attraction de l’éruption, la plate-forme gagnée sur la mer par le volcan, flanquée de ses trois pitons, risque de demeurer interdite d’approche pour longtemps encore. Comme les épisodes violents qui s’y sont déroulés ces derniers jours le démontrent, l’eau et la lave, qui va mettre au moins des mois à refroidir, ne font pas bon ménage.



“Un danger qui ne s’arrête pas avec l’éruption”


La sécurité du public a constitué un point fort de la réunion d’hier matin à la préfecture. Principale préoccupation : l’avenir de la banquette littorale bâtie par la coulée descendue du volcan. Elle constitue un risque “certes minime” comme l’explique Thomas Staudacher, directeur de l’observatoire volcanologique, mais bien réel, de déstabilisation, avec des conséquences explosives. Cette masse (la plate-forme mesure environ 500 sur 200 à 250 mètres, pour plusieurs dizaines de mètres d’épaisseur vers le large), présente une température très élevée, avec des poches de lave liquides.
Elle repose de surcroît sur un soubassement sujet à interrogations. Rocheux sans doute, mais sableux aussi, un sable issu de la pulvérisation de la coulée active au fur et à mesure de son entrée en mer et de son avancée, en raison du choc thermique. Ce lit de sable sur lequel repose la lave nouvelle forme une assise particulièrement instable, source de possible glissements de la plate-forme. C’est un événement de ce type que redoutent les volcanologues. La submersion de la plate-forme, dont la température au cœur atteint 1 000° provoquerait des explosions, l’eau de mer pénétrant dans les tunnels de lave qui l’alimentent. L’évaporation massive et instantanée de cette eau envelopperait le site d’un nuage surchauffé, assurément mortel dans un rayon estimé à une centaine de mètres. Si le risque est toutefois “minime” comme le souligne l’observatoire volcanologique, “le danger n’est pas à écarter”. “Un danger qui ne s’arrête pas avec l’éruption”, prévient son directeur, “car cela va mettre des mois à refroidir”. La fissure qui traverse la plate-forme entre le cône de lundi soir et la falaise littorale constitue sans doute aussi un facteur compromettant sa stabilité. La menace n’est pas que de pure forme. A Hawaii, où le cratère du Puuo’o s’épanche depuis 1983 sans discontinuer, on a observé plusieurs effondrements dévastateurs de telles banquettes de lave, de la taille d’un terrain de football, avec des victimes, notamment une noyade en 1993. Aussi les autorités comptent sur la réceptivité du public aux conseils de prudence. Si des conditions de sécurité acceptables ont été mises en place, son accueil repose sur une sorte de contrat de confiance puisqu’il est hors de question de faire surveiller le site en permanence par des gendarmes ou des agents de l’ONF. A lui de le mériter.