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ARTICLE DU 01/09/04



Un événement sans précédent


Cette nouvelle phase d’activité qui a débuté lundi dès 20 h, selon les témoignages disponibles, comme celui d’Alain Bertil, un observateur attentif et passionné du piton de la Fournaise (voir ses photos en pages 33), vient relancer l’intérêt qu’on porte au volcan.
Les scientifiques de l’observatoire volcanologique s’interrogent en effet :
- s’agit-il d’un simple phénomène de surpression du magma accumulé sous la plate-forme qui s’est construite depuis l’arrivée en mer de la coulée mercredi dernier et dont l’entrée en contact avec l’eau de mer aurait provoqué la formation de ce cratère ?
- ou, hypothèse beaucoup plus fascinante, une nouvelle fissure éruptive s’est-elle ouverte en mer à l’aplomb de la plate-forme ?
Au moins un élément plaide en faveur de la seconde proposition : depuis dimanche, des fumerolles avaient été aperçues sortant du sol sous les filaos de la falaise littorale. Hier, les mesures effectuées ont évalué la longueur de la fissure présumée à environ 250 mètres, entre les premières fumerolles sur terre et le cône. En plusieurs points de la plate-forme sur cette ligne, des dégazages sont audibles et des dépôts visibles.
Autre élément : le réseau de surveillance du volcan avait enregistré récemment des séismes “longue période”, qui correspondent habituellement à de mouvements de magma, à une profondeur estimée à deux kilomètres sous le niveau de la mer, sous le flanc est du piton de la Fournaise. Et, lundi soir, des séismes, en nombre modéré toutefois, ont été notés sur les stations les plus proches de la pointe du Grand-Brûlé. Signe qu’il se passait quelque chose.
Et pour cause… Il est 20 heures. Alain Bertil, lui, commence à tourner, réalisant que quelque chose se passe dans ce tourbillon de vapeur et de lumière, au milieu des explosions. Ce n’est que vers 3 heures mardi qu’il voit le cône. Et au petit matin, le doute n’est plus permis.
C’est la première fois depuis l’occupation humaine de l’île que la lave sort à une altitude aussi basse. En 1986, à Saint-Philippe, une fissure s’était ouverte dans la forêt à 30 m d’altitude, ses coulées allant former sur l’océan une plate-forme de 25 hectares. Mais ici, s’il s’agit bien d’une nouvelle fissure éruptive, on peut considérer que la fissure s’est ouverte en mer, la présence de la nouvelle plate-forme à cet endroit n’étant que le fruit du hasard. Un événement assurément, s’il est confirmé par des études ultérieures.

F.M.-A.






Une série d’images exceptionnelles : les tout débuts de l’éruption, lundi en début de soirée. En quelques heures s’est construit le cône visible en page de gauche (photos Alain Bertil)