ARTICLE DU 01/09/04
Pour la première fois sur un volcan français, une équipe de plongeurs a pu aller observer au large du Grand Brûlé les coulées basaltiques sous l’océan. Des images exceptionnelles et d’un grand intérêt pour les scientifiques.
Les coulées observées au fond de l’océan

Depuis que les coulées ont atteint l’océan, toute navigation est interdite à moins de 300 m de la côte et les plongées ne sont pas autorisées (distance portée à un demi-mille hier, soit un peu plus de 900 mètres). C’est tout à fait exceptionnellement que les Affaires Maritimes et la Gendarmerie Maritime ont autorisé une plongée sur le front de coulée dans l’océan au large du Grand Brûlé sous l’égide du Centre de documentation et de diffusion du volcanisme (CDDV), association créée il y a une vingtaine d’années par un cercle de passionnés du piton de la Fournaise.
Les laves issues de l’éruption du 13 août présentent la particularité d’être cordées (de type pahoehoe pour les volcanologues). Lorsqu’elles tombent dans l’océan, elles constituent des pillow lavas ou laves en coussins. Ces dernières progressent sur les fonds marins d’une manière très particulière. Le choc thermique fait que les grosses boules à la croûte à peine solidifiées s’ouvrent, laissant s’échapper la lave.
“Depuis longtemps, nous rêvions de voir ces fameux pillow lavas, coulées basaltiques sous-marines aux formes si particulières, raconte Alain Barrère, enseignant de SVT. On les trouve au niveau des dorsales océaniques ou lors d’arrivées de coulées en mer comme à Hawaii, où le phénomène très rare a cependant été observé et filmé. En revanche, aucune observation n’a jamais eu lieu sur le territoire français. A ce titre, la journée du 28 août (l’opération s’est déroulée samedi) constitue une date historique pour la science française. Chaque boule de lave a une croûte (cortex) formé par du basalte à structure hyaline (refroidissement très rapide). Le cœur présente souvent des cassures rayonnantes. Sur les dorsales océaniques, jamais les pillow lavas n’ont été observés actifs.”
Une fanfare d’explosions
En observant depuis la côte l’arrivée des coulées à la mer et sa progression sous-marine, Alain Barrere soupçonne la présence de pillow lavas. Sous l’égide du CDDV, une plongée est organisée. Participent à la mission outre le géologue, Jean-Michel Bou de E-max production, et Jean-Pascal Quod, biologiste marin de l’ARVAM.
“Nous avons décidé, après autorisation des Affaires maritimes et de la gendarmerie maritime, de plonger vers le front de coulée. Après avoir choisi une zone la moins perturbée et la moins chaude possible, nous nous sommes mis à l’eau, Jean-Michel Bou et moi”, confie Alain Barrère. “Tout de suite, nous nous sommes retrouvés au milieu d’un vacarme incroyable, une fanfare d’explosions plus ou moins fortes. Après avoir trouvé le fond, nous nous sommes dirigés vers le front de coulée. Les explosions étaient de plus en plus fortes et impressionnantes, de nombreux poissons nous accompagnaient, preuve que les ondes de choc étaient encore supportables.
“Nous sommes arrivés devant un grand talus très noir, à pente abrupte, d’où les gaz s’échappaient un peu partout de façon brutale. Très peu de poissons sont encore visibles, les étoiles de mer fuient vers le large. Nous avons observé un petit éboulement avec son dégazage verdâtre et son nuage de particules. Nous avons alors aperçu les premières lueurs rouge orange. Nous avions sous nos yeux les premiers pillow lavas tant espérés, qui correspondaient parfaitement aux images lointaines que nous avions en tête. Après un échange de regards vraiment émus, nous avons fait quelques images, mesuré la température de l’eau et observé la formation de plusieurs pillow lavas.”
L’expédition suscite un grand intérêt. M. Terce, inspecteur pédagogique des sciences de la vie et de la terre à l’académie de la Réunion envisage de d’encourager la diffusion des informations et des images recueillies dans les établissements scolaires. Un DVD pourrait également être produit.
A.D. avec Alain Barrère
