ARTICLE DU 01/09/04
L’activité volcanique au piton de la Fournaise a connu dans la nuit de lundi à mardi un rebondissement spectaculaire. Un cône crachant par intermittence d’imposantes projections avec de fortes détonations a commencé à se construire en lisière d’océan.
Un piton au bord de mer

Sacré piton de la Fournaise ! Même ceux qui le connaissent bien sont parfois surpris par certaines de ses manifestations. Depuis que l’éruption a débuté sur le flanc est du cratère principal le 13 août dernier, les rebondissements n’ont pas manqué. Multiples traversées de la route dans le Grand-Brûlé, arrivées successives à la mer côté Sainte-Rose, puis côté Saint-Philippe, drainant des milliers de spectateurs.
Mais, notre bon vieux Piton avait gardé un as dans ses replis, prouvant son sens consommé de la mise en
scène.
L’activité s’emballe
En début de soirée lundi, des spectateurs venus admirer les coulées côté Sainte-Rose ont la surprise de découvrir sur la banquette construite par les apports successifs de lave depuis le 25 août un cône en lisière d’océan (voir par ailleurs). Au fil de la nuit, l’activité s’est emballée, les phases explosives se succédant, avec des périodes de répit.
En début de matinée, il faut bien se rendre à l’évidence : un cône est bel et bien en cours d’édification à quelques mètres des vagues.
Directeur de l’observatoire volcanique du piton de la Fournaise, vieux routier des volcans, Thomas Staudacher est le premier surpris : “De toute ma carrière, confie-t-il, je n’ai jamais vu un tel phénomène. Nous avions d’abord pensé que les explosions étaient produites par de l’eau de mer pénétrant dans des tunnels de lave et entrant en contact avec celle-ci. Mais, il n’en est rien. De nouvelles fissures se sont ouvertes. Elles sont orientées au sud-est depuis l’ancien trait de côte à travers la nouvelle plate-forme alors que celles de l’éruption du 13 août sont orientées vers le nord-est. Sur la plate-forme qui fait 500 m sur 200 m de large pour une épaisseur de 3 à 6 m on distingue des traînées jaunâtres qui matérialisent les fissures jusqu’au cône. Une telle éruption à 8 ou 9 km du sommet, c’est tout à fait exceptionnel. Il n’y a pas de précédent depuis que l’île est occupée par l’homme.”
On serait donc en présence de deux événements distincts. Cependant, sans la banquette construite depuis le 25 août, il est vraisemblable que la nouvelle éruption se serait produite sous la mer, les fonds étant de l’ordre de 30 m à cet endroit.
Mais nous n’allons pas bouder notre plaisir. Pour l’instant, la préfecture interdit l’accès à la côte. L’éventualité que le cône bascule dans l’océan provoquant un raz-de-marée n’est pas à écarter. Et puis les épisodes éruptifs sont particulièrement violents. La preuve nous en est rapidement donnée.
Alors que le cône semble assoupi, enveloppé dans un nuage de vapeur survolé par des pailles-en-queue affolés, il se réveille brutalement.
De fortes explosions rapprochées se font entendre. Des gerbes de lave s’élèvent haut dans le ciel dessinant d’éphémères dentelles rouges. Le feu d’artifice dure une demi-heure. Une prestation à couper le souffle et puis tout s’arrête. Le spectacle se déplace dans la forêt où des coulées se fraient un nouveau chemin vers la mer dans la végétation ou sur le lit déjà installé.
Geysers couleur sang
Et puis soudain, les geysers couleurs sang repartent à l’assaut du ciel, toujours accompagnés des détonations qui déchirent l’atmosphère. Les épisodes se succèdent de manière aléatoire durant parfois seulement quelques minutes, entrecoupés de longues pauses. Le volcan nous joue une partition syncopée de toute beauté. La proximité immédiate de l’océan donne une dimension inhabituelle au phénomène.
Privé de bord de mer, le public s’agglutine dans les rampes de Bois Blanc d’où l’on bénéficie d’un point de vue imprenable sur la plate-forme. Le cône est malheureusement noyé dans un nuage de vapeur.
Ainsi, le piton de la Fournaise ne cesse de renouveler au fil des jours le spectacle qu’il offre à ses admirateurs enthousiastes. Que nous réserve-t-il encore ? Un point est acquis avec certitude. Il ne nous décevra pas.
Alain Dupuis Photos Serge Gélabert



• Le point sur l’activité
Une reconnaissance aérienne effectuée hier après-midi par la gendarmerie a montré que le volcan est redevenu particulièrement actif. Trémor toujours élevé. Quelques projections au cône sous le sommet, sorties de tunnels de lave vers 1 900 m d’altitude (une dizaine de bras). Nouvelles sorties de tunnel à 1 300 m (avec un débit qualifié d’énorme, descendant rapidement) et à 700 m…
Hier en fin d’après-midi, une coulée en gratons évoluant sur la coulée côté Sainte-Rose a atteint à nouveau la route nationale 2.