ARTICLE DU 30/08/04
Le coup de gueule de la forêt du Grand-Brûlé
Depuis maintenant plusieurs jours que les coulées ont atteint la mer, la forêt du Grand-Brûlé était restée de bois. Maintenant que le phénomène semble s’installer dans la durée, elle commence à en avoir ras les cimes et pousse un coup de gueule.
“Ce n’est pas l’activité du volcan qui me dérange, nous confie-t-elle. Le piton de la Fournaise et moi formons depuis des centaines d’années un vieux couple vivant en bonne intelligence. Ce que la lave est en train de détruire est une promesse de renouveau pour les espèces endémiques. Au passage d’ailleurs, elle grille les pestes végétales et je fais confiance aux forestiers de l’ONF pour favoriser le retour des espèces nobles. Non, ce qui m’irrite au plus haut point, c’est le comportement de ceux qui viennent admirer le spectacle. Les pouvoirs publics avaient réussi après des années d’immobilisme à éliminer la décharge du Grand Brûlé qui faisait comme une verrue dans le paysage. Le public est en train de transformer ce site unique en une vaste poubelle.”
On ne peut que partager l’irritation de la forêt du Grand Brûlé. Chaque jour, c’est par camion entier que les ouvriers de l’ONF sont obligés d’évacuer les ordures. “C’est leur métier”, diront quelques esprits bornés. Non messieurs, dames. Le travail des forestiers est de s’occuper de la forêt. Depuis que les coulées ont pris le chemin de la mer, ils accomplissent un travail exceptionnel, traçant dans des conditions difficiles des sentiers afin de permettre à tout un chacun de jouir du spectacle. Ils ne sont pas là pour ramasser vos bouteilles, sachets en plastique et emballages de toute sorte jetés sans discernement dans la nature.
Laissons pour finir la parole à la forêt du Grand-Brûlé. “C’est aux enfants que je voudrais m’adresser. Vos parents sont à désespérer mais chacun d’entre vous peut contribuer à la préservation de notre patrimoine naturel. Quand vous verrez papa ou maman jeter à la volée une bouteille ou un détritus, n’hésitez pas à leur faire la leçon, même si vous êtes haut comme trois pommes et même si à la clef il y a une taloche. La forêt vous en sera reconnaissante”.
Alain Dupuis