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ARTICLE DU 29/08/04
Curieusement, toutes les coulées ne conquièrent pas l’océan de la même manière. Tantôt, comme actuellement à Sainte-Rose, elles progressent en formant une banquette qui s’étend le long de la côte ; tantôt, comme en novembre 2002, elles construisent un promontoire s’avançant en mer. Pourquoi ? C’est à cette question et à bien d’autres que répond le cinéaste Alain Gérente dans son dernier film consacré aux éruptions en mer du piton de la Fournaise.
DVD “Les grandes éruptions du piton de La Fournaise, volume 5/ Éruptions en mer”.

Aa et pahoehoe redessinent différemment les côtes de la Réunion

Passion pour le volcan


Les coulées en mer se sont multipliées ces dernières années : cinq en trois ans contre une tous les quinze ans en moyenne environ et cinq seulement au XXe siècle. Un spectacle qui fascine toujours Alain Gérente, scientifique de formation, réalisateur de plusieurs films consacrés au piton de la Fournaise qu’il observe depuis une trentaine d’années : “Les vagues partent à l’assaut des laves en fusion qui viennent à leur rencontre. Le combat acharné entre les éléments se déroule dans un bruit indescriptible où se mêlent les jets de vapeur, le grondement du ressac, le gémissement des roches incandescentes s’enfonçant dans l’eau bouillante”. C’est ce que peuvent vivre en direct ces jours-ci les visiteurs du site d’arrivée en mer de la coulée de Sainte-Rose. Mais les familiers du piton de la Fournaise auront pour leur part surtout noté la différence d’aspect entre la plate-forme qui a commencé à s’édifier sur l’océan au niveau de la pointe du Grand-Brûlé et celle de l’éruption de novembre 2002, un peu plus au sud.
Il faut savoir que les volcans de type hawaiien comme le piton de la Fournaise émettent deux types de coulées basaltiques d’aspect très différent : le premier type de coulées est formé de laves lisses ou plissées que les volcanologues appellent pahoehoe. “Ce nom curieux, pahoehoe, vient de la langue hawaiienne et signifie “rivière de satin”, explique Alain Gérente. “En effet, en se refroidissant, ces langues de lave prennent souvent des teintes brillantes, satinées”.

Coulées aa et pahoehoe
“Le second type de coulées est formé de blocs déchiquetés, scoriacés. On les appelle laves gratons à la Réunion, mais les volcanologues préfèrent le terme générique aa, nom également d’origine hawaiienne. Lorsqu’elles atteignent la mer les coulées basaltiques agrandissent l’île de deux façons très différentes, selon qu’il s’agisse de laves gratons/aa ou de laves lisses/pahoehoe.”
“Les coulées de laves gratons construisent des promontoires et de grandes plages basses comme ce fut le cas au cours des deux éruptions de 2002”, poursuit ce connaisseur du volcan. “Les coulées de laves pahoehoe construisent des plates-formes en forme de banquettes étroites qui progressent le long de la côte en gagnant peu à peu sur la mer. Ce fut le cas au Tremblet, en 1986, sur la commune de Saint-Philippe”. En regardant une carte de la Réunion (de préférence la Top 25 de l’IGN au 1 : 25 000), et avec un peu de sens de l’observation, vous devriez être maintenant à même de reconnaître ces deux types de formation qui émaillent les côtes de l’île…

F.M-A.




La mer peut-elle bouillir ?
Pour répondre à une question souvent posée, à savoir celle de la température de l’océan au voisinage du point d’entrée de la lave, voici un schéma qui montre comment l’eau chaude est évacuée depuis le point d’impact mer-lave. L’eau chauffée par la lave est en règle générale entraînée le long de la côte.
La zone rouge montre des températures de 40° à 70°, la zone orange des températures de 30° à 40° seulement. Au centre de ce qui ressemble à un fer à cheval se produisent toutes les 5 à 10 secondes des remontées d’eau chaude chauffées par les coulées sous-marines.
Néanmoins, la plus grande prudence est recommandée et, de toute façon, un arrêté préfectoral interdit toute activité nautique à moins de 300 m du front de coulée ! Et n’espérez pas récupérer des poissons ou langoustes tout cuits : ils ont plus que vraisemblablement évacué les lieux bien avant de connaître ce triste sort.