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ARTICLE DU 26/08/04
Treize jours après le début de l’éruption sur le flanc est du piton de la Fournaise, la lave a atteint l’océan avant l’aube hier matin.



Quand l’eau et le feu se marient


Notre volcan n’aime pas qu’on le sous-estime. Ceux qui au début de l’éruption, le vendredi 13 août, avaient auguré d’un phénomène sans lendemain en ont été hier pour leurs frais. Parties du flanc est du piton de la Fournaise, les coulées, après avoir joué à cache-cache dans l’épaisse forêt du Grand-Brûlé, se sont jetées dans l’océan avant l’aube hier matin.
Mardi après-midi encore, rien ne permettait d’envisager un dénouement aussi rapide. La lave progressait lentement au cœur de la végétation. En fin d’après-midi elle se trouvait encore à près de 300 m de la côte.
Mais quelques heures avant l’aube, un groupe de quelques témoins privilégiés qui passaient la nuit sur place assiste en direct au mariage du feu et de l’eau.
Selon leur récit, il est 3 h 45 lorsque la lave atteint le littoral. Effectivement, vers 6 h 15, le filet de lave qui serpente vers l’océan semble encore bien ténu et seule une poignée de visiteurs venus par hasard et très chanceux occupent le site de la pointe du Grand-Brûlé. Seule RFO a donné la nouvelle que ne connaît visiblement pas la patrouille de relève du 2e RPIMa venue en reconnaissance à 7 h … et plutôt surprise !
Ceux qui descendent les rampes de Bois-Blanc voient s’élever dans le ciel un épais panache de vapeur. Sur la falaise, vers 8 h, ils sont déjà une quarantaine à admirer cette rencontre exceptionnelle entre deux éléments que tout oppose.

Déjà une plage

La coulée s’est frayé un chemin dans une étroite ravine. Le mince filet d’or des premières heures n’a cessé de gonfler pour devenir un ruisseau puis une véritable rivière. Les conditions d’observation côté Bois-Blanc sont idéales. Le vent pousse le panache de fumée en direction de Saint-Philippe. La lave descend en cascade puis s’étale au pied de la falaise. L’océan lui oppose ses vagues furieuses mais pas à pas la roche en fusion gagne du terrain. En contrebas se dessine maintenant une petite plage inclinée qui ne cesse de grandir.
Le décor est planté. Il est grandiose. De part et d’autre de la ravine, les filaos ondulent dans l’air surchauffé. De temps en temps, la végétation et les troncs s’enflamment. Les coulées dessinent en permanence de nouveaux tracés. Une cascade éphémère prend naissance en rive droite avant de se figer. Des tunnels de lave s’ouvrent ou se ferment. Par moment de grandes vagues débordent matérialisant de nouveaux chenaux.
En bord de mer, l’air est chargé de sel. Quelques paille-en-queue affolés planent au dessus de l’océan où évoluent quelques embarcations.
D’heure en heure, le public grossit. De 7 à 77 ans, ils empruntent depuis la RN 2 la piste traversant l’ancienne décharge de Sainte-Rose avant de serpenter dans la forêt pour mourir au pied d’un sentier rejoignant la côte. L’ONF a eu le temps de baliser et pancarter un sentier qui rejoint un promontoire dominant la coulée. Avant même de l’atteindre, dans la descente vers la côte, une fenêtre ouverte dans la végétation offre le privilège de plonger son regard au cœur du fleuve de feu.

La foule ne cesse de grossir

Il y a ceux qui jouissent en dilettante de la symphonie offerte par le volcan, impressionnant la pellicule au kilomètre et puis ceux pour qui les coulées sont sujet d’études. Conduite par son directeur, Thomas Staudacher, une équipe de l’observatoire volcanologique après avoir effectué des prélèvements à hauteur de la RN 2 vient arracher ses secrets à la lave à quelques pas de l’océan.
Les manipulations ne manquent pas d’intriguer les spectateurs. Engoncé dans un épais vêtement protecteur, le visage protégé par un heaume à la vitre dorée, Thomas Staudacher plonge une longue perche dans la coulée et ramène un échantillon fumant plongé dans un seau d’eau qui bout instantanément.
La foule ne cesse de grossir. Ceux qui partent ont des étoiles d’or dans les yeux. Ceux qui arrivent pressent le pas, impatients. Au fur et à mesure que l’après-midi avance, le public se fait plus nombreux. Une fois de plus en vedette confirmée, le volcan va jouer à guichet fermé.

Reportage : Richel Ponapin, Stéphan Laï-Yu, Alain Dupuis, François Martel-Asselin












Pas de “deuxième coulée” à la mer
La “deuxième coulée” à se jeter dans la mer vers 16 h, comme cela a été annoncé hier après-midi, n’était en fait qu’un simple bras, la coulée principale s’étant divisée ! Un survol de la gendarmerie en toute fin d’après-midi l’a confirmé. La lave, en revanche, s’étalait largement entre les deux bras et tombait en de multiples cascades dans l’océan.
Les deux autres coulées observées le week-end dernier étaient hier soir peu visibles.

Niveau d’activité toujours élevé
L’observatoire volcanologique a enregistré une augmentation globale sensible du niveau de l’activité ces derniers jours. Les laves qui parviennent à la côte depuis hier sont relativement fluides et donnent des coulées “lisses” et non pas en graton car elles se sont largement dégazées depuis leur départ à 2 200 mètres d’altitude, en dessous du sommet du piton de la Fournaise. Un fort dégazage (panache de vapeur et de gaz) est observé actuellement sur la partie haute de la fissure éruptive.
Les observateurs notent d’ailleurs que sur les coulées ayant atteint la mer, celle-ci se distingue par l’altitude qui l’a vue naître, plutôt élevée, si l’on remonte jusqu’au début du XXe siècle au moins.

Navigation Interdite
Pas arrêté préfectoral, “la navigation maritime et le mouillage sont interdits dans un rayon de 0,5 mille nautique (ndlr : 900 mètres environ) autour du point d’impact dans l’océan de la coulée (…). Toute activité nautique ou subaquatique est interdite jusqu’à nouvel ordre.”