ARTICLE DU 25/08/04
Les coulées ont atteint la mer dans la nuit de mardi à mercredi.
La lave plonge dans la mer
Mardi, tout le monde se demandait si les coulées atteindront l’océan ? Ne vont-elles pas se figer entre la route et la côte ? Ces questions étaient sur les lèvres de ceux qui se pressaient nombreux au cœur du Grand-Brûlé avec l’espoir d’assister au spectacle de la rencontre entre la lave et la mer. Elles taraudaient également les autorités qui savent par expérience les mouvements de foule que provoque un tel événement.
En attendant, le volcan la joue intimiste. Après le grand show des traversées successives de la RN 2 à partir de dimanche après-midi, le public qui vient buter sur les barrières ne découvre que de grandes dalles de lave aux jointures desquelles on entrevoit du rouge. Spectacle décevant dont on se demande encore pourquoi on en tient le public éloigné d’une dizaine de mètres par des barrières !
Forestiers de l’ONF et militaires du deuxième RPIMa s’improvisent dependant en guides pour conduire par petits groupes dans le bois de goyaviers voisin les curieux à la rencontre de la lave encore en mouvement.
De multiples bras
Quant à la descente vers la côte vers la pointe du Grand-Brûlé, par la piste de l’ancienne décharge, elle ne révèle pour l’instant que le fabuleux décor des falaises déchiquetées sur lesquelles viennent se briser les vagues survolées par les pailles-en-queue.
C’est au cœur de la forêt, loin des regards, que le volcan se met en scène. Pour atteindre le front des coulées, il faut affronter l’enfer vert. Dès que l’on abandonne les quelques traces laissées par les pêcheurs le long de la falaise ou celles faites par des braconniers, le calvaire commence. Il faut se frayer un chemin dans les hautes fougères, au milieu de la vigne marronne, du galabert, des goyaviers dans une ambiance de serre chaude. Impression désagréable de tourner en rond avec en prime le sol qui se dérobe parfois sous les pieds dans d’invisibles chausse-trapes. Le regard ne porte pas à plus de quelques mètres. Après ce qui semble être des heures de crapahutage, le visage griffé par les épines et le T-shirt collé au corps par la sueur, elle est là devant nous, tout au moins un de ses bras. Cette éruption du piton de la Fournaise aura été marquée au coin des sensations olfactives. Il y a d’abord eu les gaz suffocants des premiers jours d’activité sur le flanc Est. Et puis, lorsque les coulées ont atteint la végétation flottaient sur elle une odeur de pain grillé. Dimanche après-midi alors que les coulées n’étaient qu’à quelques pas de la route, ce sont des senteurs de vanille qui ont chatouillé les narines.
Encore hier, les coulées donnaient l’impression d’avancer à pas comptés. Un petit ruisseau d’or par ci avec flottant à la surface brièvement des branches en flamme. Une petite cascade par là où l’orange de la lave tranche sur le vert de la mousse. Le décor planté est étonnant. Ici, pas de fleuves de gratons en fusion emportant tout sur leur passage. Sur le front, les coulées semblent se frayer un chemin en harmonie avec la végétation. Mais, cela n’est qu’illusion. En arrière-plan s’étendent d’imposantes dalles de laves cordées d’où s’échappent par endroits des flammes et sur lesquels veillent des troncs en partie calcinés. Les coulées dessinent une multitude de bras ce qui retardent leur progression vers la mer. Elles ont finalement atteint la mer dans la nuit de mardi à mercredi.
Alain Dupuis