ARTICLE DU 22/08/04
Que vaut un arrêté préfectoral devant le spectacle d’une vie ? Devant un flux de lave vous
tendant les bras à quelques centaines de mètres. Digne des grands boulevards, les pentes du
volcan ont été prises d’assaut hier tout au long de la journée. Le tout devant des gendarmes
vite submergées par une foule des grands jours, le plus souvent ignorante des interdictions en
vigueur.
Les pentes prises d’assaut, les gendarmes submergés
L’appel de la lave plus fort que la loi
La montée sur la coulée : interdite ou pas ? Officiellement, oui. Par un arrêté préfectoral qui étend l’interdiction à l’ensemble de l’enclos. Avec, pour le contrevenant, la possibilité de se faire verbaliser. Mais peut-on faire appliquer la loi ? Et là, force est de constater que les moyens manquent. L’information aussi : aucun cordon de sécurité et aucun panneau ne venant préciser aux visiteurs la réglementation en vigueur, ni les risques encourus. Réels au demeurant.
Le spectacle est là-haut
La lave étant tout de même à 1100 degrés, les risques de chute importants dans des conditions d’évacuations difficiles (un poste de secours a été installé en fin de journée par les pompiers de Saint-Philippe). Même si aucun accident n’était à déplorer, hier, en fin de journée. Pour assurer la sécurité, une dizaine de gendarmes seulement étaient présents du côté Saint-Benoît notamment pour assurer un barrage filtrant des automobiles. Mais en se rapprochant des pentes, l’uniforme se faisait rare : au niveau de la coulée, deux malheureux militaires se sont époumonés à faire redescendre la foule, ou tout du moins à tenter de canaliser les plus chaudes ardeurs. Plusieurs tentatives ont été faites durant la journée au niveau de la coulée.
“Mais quand on fait redescendre les gens sur la gauche, d’autres remontent sur la droite”, souffle un des hommes de loi. Certains de ses collègues ont même eu droit à de vives altercations.
Car sur les pentes, il y a foule. A tel point qu’en arrivant dans l’après-midi sur le site on pouvait penser à une soudaine désaffection pour l’éruption. La raison : tous étaient plus haut. En famille, en couple ou entre amis, chacun escaladait à son rythme les grattons pour arriver le plus souvent à quelques mètres seulement de la lave. Le plus souvent en tenue du dimanche : T-shirt et savates deux doigts aux pieds quand ce ne sont pas des talons aiguilles ! Un marmaille dans une main et un caméscope dans l’autre, sous les yeux médusés des scientifiques. Une foule ignorante de l’interdiction en vigueur. “Au barrage, les gendarmes m’ont indiqué le meilleur chemin pour accéder à la coulée. Ils ne m’ont pas parlé d’interdiction”, commente une touriste, surprise de la question. Il faut dire qu’au sein même des forces de l’ordre régnaient une certaine cacophonie, certains d’entre eux aussi l’existence de l’arrêté.
Les moyens mis en cause
“Il faut être cohérent, soit on interdit l’accès soit on laisse passer les gens dans de meilleures conditions”, estime plus franchement un père de famille de La Possession. Quand d’autres avouent connaître l’interdiction et même ne pas sous estimer les dangers. Pas de quoi effrayer la plupart pour autant, comme Vincent et Johann, prêts à tout pour réaliser leur rêve, quitte à régler franco l’amende avant de monter !
En fin de journée, des militaires n’hésitaient pas à évoquer le manque de moyens et l’impossibilité de canaliser une telle foule à moins de faire intervenir toute un escadron. Une interdiction totale qui risquerait de créer des débordements, la frustration risquant d’être grande pour beaucoup, à une encablure du spectacle d’une vie.
“Il faut une prise de conscience collective de la population qu’il existe un danger réel à approcher de si près l’éruption. Tous les ingrédients sont là pour se blesser”, commente pour sa part le capitaine Gil de la compagnie de gendarmerie de Saint-Benoît.
Tout en sachant que dans la nuit, ils seront de nouveaux des centaines à partir à l’assaut de la pente. Une éruption, ça n’arrive pas tous les jours…
P. Madubost