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ARTICLE DU 22/08/04

Promesses, promesses…

Des milliers de visiteurs sur les coulées interdites


Les États-Unis n’ont pas la réputation de prendre à la légère les questions de sécurité. Et pourtant, dans le parc national des volcans d’Hawaii, touristes et randonneurs peuvent approcher au plus près les coulées de lave lorsqu’elles gagnent le littoral voire se jettent dans l’océan Pacifique.
Les rangers (gardes) encadrent l’afflux des visiteurs ; des itinéraires balisés permettent d’observer la lave non pas à 300 mètres de distance avec des jumelles mais de ses propres yeux. De jour et en soirée, les rangers évaluent l’évolution de l’activité volcanique et redéfinissent si nécessaire les zones d’observation.
L’attention des amateurs de spectacle est dans le même temps attirée sur les dangers potentiels liés à l’observation des phénomènes volcaniques, au demeurant plus importants à Hawaii que chez nous.
Or, pas grand-chose de tout cela à la Réunion. En dépit de promesses préfectorales répétées ces dernières années, l’accès à l’enclos du piton de la Fournaise, en 2004, demeure interdit de manière prolongée et souvent injustifiée lors de chaque éruption.
La Réunion, en quête de développement touristique, et ne serait-ce que par simple respect pour ses propres enfants, serait bien avisée d’en finir avec de tels interdits brutaux, assimilables à une forme de mépris envers la curiosité scientifique qu’on prône par ailleurs.
On brime plutôt qu’on éduque : en dehors d’une poignée de gendarmes envoyés au front de jour comme de nuit, bien seuls pour gérer pareille affluence, et dont ce n’est pas le rôle de jouer les “gentils organisateurs”, a-t-on vu cette fois encore une tentative de responsabilisation des spectateurs ? Facile après de montrer du droit les “imprudents”, même s’il y en a, c’est évident.
La frilosité des services de l’État en matière d’accueil du public sur les sites d’éruptions volcaniques reste stupéfiante. Jusqu’à hier, l’Office national des forêts était absent du site (manque de moyens ?) et on a constaté l’absence de signalisation routière pour expliquer le mode de régulation de la circulation. On n’a pas plus vu de panneaux de mise en garde aux visiteurs, les gendarmes s’usant ensuite à aller à la chasse aux “indisciplinés”.
Dans de telles conditions, on ne s’étonne guère que l’interdiction d’accès pure et simple soit le seul mode de gestion du volcan proposé. D’autant plus stupide, peu crédible, inapplicable et inutile que c’est l’objectif inverse de celui affiché, la sécurité, qui a été atteint : en quelques jours, des milliers de personnes sont montées au front de coulée du Grand-Brûlé en l’absence de tout encadrement. Difficile de faire mieux. Le public a en tout cas nettement choisi son camp.

F.M.-A.