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ARTICLE DU 21/08/04
Ils sont venus en voisin ou de très loin. En ordre dispersé ou en famille, sur un coup de tête ou en habitués des lieux. Chacun attendant l’exceptionnel, le spectacle d’une vie, comme seul peut offrir un volcan en éruption, prêt à jeter dans l’écume son trop plein de puissance. Des ardeurs vite dissipées par la pluie et le froid pour certain, quand d’autres ne reverront leurs foyers que tard dans la nuit voir à la lueur du jour.


A la recherche de la coulée perdue

Le spectacle est aussi au bord de la route

La route avalée, la voiture enfin garée, on s’organise. On cherche, à la quête du point de vue imprenable, de la bonne information. L’uniforme est pris d’assaut. La voiture est déjà loin, peu importe les kilomètres et les difficultés, à tâtons sur les grattons ou à grandes foulées sur l’asphalte, une seule question à élucider : mais ou est la coulée ? Le grand panache rouge continue de s’élever dans un ciel devenu noir, à ses pieds, ses admirateurs guettent le début de la séance. Ils sont des centaines, voire des milliers, à monter et remonter la route, escalader ou descendre de la colline. La glacière dans une main, un sandwich dans l’autre, en baroudeur ou les mains dans les poches, chacun a sa tactique.

Pique-nique au bord de la coulée
Immobile, sous un parapluie devenu trop étroit pour protéger toute la famille. Ou en action, parfois dans le noir complet, à l’attaque des pentes, pour approcher au plus près la lave malgré les interdictions. Au bord de la coulée, le pique-nique s’organise. A l’odeur de la végétation brûlée se mêlent les effluves de zamal et de vin rouge. On se prend en photo. L’ambiance est au beau fixe. Il est 23 heures, la pluie n’est qu’un mauvais souvenir, ils sont des centaines à squatter les premières loges. Le tout sous les yeux d’une poignée de gendarmes vite impuissants à surveiller tous les fronts. La circulation se fait au couteau. les places sont chères au bord de la RN2.
Peu importe, Julien, une lampe torche à la main, la tête vissée dans la capuche, a fait la route avec son fils depuis Langevin. Bien décidé à émerveiller ses yeux d’un spectacle majestueux dont seule la nature a le secret. Venus de métropole, Patrick et sa famille, sont eux aussi bien décidés. Il n’en revient pas de sa chance : il était là pour la coulée de 76, celle de 2004 ne se fera pas sans lui. D’autres eux abandonnent, déçus, voire en colère, fustigeant le manque d’organisation. “Les gens font n’importe quoi. Toute ces kilomètres pour ne rien voir, c’est désolant”.
Au moment de reprendre la route, direction Saint-Paul, Christophe lui ne regrette rien. A ses yeux, tout cela valait bien la route. Il reviendra aujourd’hui. En chemin, peut-être s’arrêtera t-il chez Armande, au camion bar si bien nommé de “La grande lumière”. Près de dix ans qu’elle accueille et renseigne les fidèles et les amateurs de grands spectacles à une encablure de la Vierge au parasol. Elle renseigne et raconte avec grand plaisir les anciennes coulées aux visiteurs en quête d’anecdotes. Pour elle, la nuit sera courte et les affaires sûrement juteuses. En regrettant au passage l’ambiance des coulées d’antan. Plus impatients, moins nombreux, les fidèles de la Fournaise auraient-ils changés ? Imperturbable devant tout ce brouhaha, la lave elle suit le chemin qu’elle s’était déjà tracée en 2001. A son rythme, elle sera au rendez-vous qu’elle s’est fixée avec l’histoire. De leur coté, les gendarmes ont ramené les barrières de sécurité, pour canaliser la foule au cas où la lave coupe la route.

P. Madubost