Retour...
ARTICLE DU 21/08/04
La situation s’est brusquement accélérée hier soir au pied du volcan, sur la côte sud-est : les coulées ont gagné du terrain dans l’après-midi, prenant cent mètres d’altitude en quelques heures, au point qu’à 23 h, elles ne se trouvaient plus qu’à 750 m de la route nationale.


Les coulées ont progressé subitement une nouvelle fois dans le Grand-Brûlé

La coulée au bord de la route


A l’ambiance plutôt tranquille des ces derniers jours, au cours desquels la coulée jaillie vendredi il y a une semaine des hauteurs du piton de la Fournaise descendait le plus souvent paresseusement les pentes du volcan, a succédé la fébrilité hier en fin d’après-midi. Dans la matinée, trois bras se sont détachés de la coulée principale, s’engageant dans la végétation, à moins de deux cents mètres au nord de la coulée du piton Madoré, déjà partiellement recouverte depuis la veille. Mais le plus actif se trouvait encore à 280 mètres d’altitude vers midi. Au cours des heures suivantes, la lave est descendue à un rythme plus soutenu puisque elle situait vers 23 h à 200 mètres d’altitude seulement, la route nationale ne se trouvant plus qu’à une centaine de mètres en contrebas, à 750 mètres de distance environ. La nouvelle coulée longeait au nord la coulée du piton Madoré et il semblait peu probable qu’elle atteigne la route avant la fin de la nuit


Huit jours pour atteindre la route
L’éruption a débuté après une courte crise sismique le vendredi 13 août à 2 h 40 du matin, au sommet du piton de la Fournaise, avec une fissure à l’intérieur du cratère Dolomieu et une autre en haut du flanc Est. L’activité s’est rapidement concentrée à 2 200 mètres d’altitude. En quelques jours à peine, de nombreux tunnels se sont formés, dans lesquels la lave a pu circuler sans se refroidir, progressant ainsi peu à peu le long des flancs du volcan. On a pu voir les coulées dévaler les Grandes pentes, grandiose spectacle nocturne, puis elles ont gagné la zone du Grand-Brûlé à partir de mercredi. Depuis, elles ont progressé par bonds successifs, à la faveur d’augmentations ponctuelles du trémor volcanique, marquant aussi le pas en raison de la déclivité moins accentuée, comme pour mieux tromper leur monde… jusqu’à hier soir.

L’observatoire volcanologique
sauve les meubles
La station de surveillance que possède l’observatoire volcanologique dans le Grand-Brûlé, sur la piste de l’ancienne plate-forme de recherche géothermique, paraissait hier matin menacée. Aussi a-t-elle été partiellement déménagée pour ce qui pouvait l’être par les scientifiques. Reste en place un sismomètre logé à 600 mètres de profondeur qu’il était impossible de dégager du puits de forage. Aussi se perdait-on en conjectures hier soir à l’observatoire sur la trajectoire de la coulée…


L’histoire mouvementée de la “Route des laves”
La route nationale 2, dans sa partie qui traverse le Grand-Brûlé, mérite bien son appellation toute récente de “Route des laves”, conséquence de l’acharnement du piton de la Fournaise à l’encontre de la direction départementale de l’Équipement… Voici une liste des dernières coulées à avoir atteint la RN 2, dont on retiendra, sans en tirer de conclusions hâtives, qu’elles se sont multipliées depuis le début du nouveau millénaire. A noter aussi que les coulées qui traversent la chaussée ne se jettent pas forcément dans l’océan.
Novembre 2002 : le piton Guanyin crache de toute sa puissance et la lave coupe la route au beau milieu du Grand-Brûlé, au point exact marquant la limite entre Saint-Philippe et Sainte-Rose. La coulée finit à la mer.
Janvier 2002 : la seconde phase de l’éruption, spectaculaire en raison de la fluidité de la lave, voit la lave atteindre l’océan après avoir dévasté le site de la Vierge au parasol. Le passage du cyclone Dina, une semaine plus tard, modèlera autour de la plate-forme construite sur la mer de véritables plages de sable volcanique couleur or et vert.
Juillet 2001 : les 6 et 7 juillet, les coulées du piton Madoré traversent la chaussée mais sans aller beaucoup plus loin, finissant leur course dans la forêt. La fameuse borne Hubert-Delisle disparaît sous la roche en fusion (elle sera retrouvée quelques mois plus tard mais a disparu définitivement sous les coulées de novembre 2002).
Août 1998 : les coulées de l’éruption du mois de mars arrivent à la RN 2, enfin … presque : la lave échoue à moins de trois mètres du bitume et en restera là !
Mars 1986 : deux coulées traversent la route à Saint-Philippe, au Tremblet, au niveau des ravines de Takamaka et de Citrons-Galets. Cette dernière finit dans l’océan. Par ailleurs, des fissures déchirent la chaussée au niveau d’Ilet-aux-Palmistes, et la lave sort au point le plus bas connu dans la période historique, à 30 m d’altitude, avant de se jeter à la mer et d’agrandir la pointe de la Table de 25 hectares.
Avril 1977 : la coulée dévaste le bourg de Piton Sainte-Rose avant de se jeter à la mer.
1976 : dans le sud de l’enclos, une coulée traverse la chaussée mais arrête sa course à plusieurs centaines de mètres de la mer.