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ARTICLE DU 14/08/04
Hier matin, à l’heure des étoiles filantes et des doux rêves, l’alerte sonne à l’observatoire volcanologique de la plaine des Cafres. Il est 2 h 15 et les sismomètres s’affolent. La lave monte à travers les failles formées depuis une semaine. L’éruption est imminente. À 2h 40, deux grandes failles balafrent le flanc Est de la Fournaise, à proximité du sommet, et l’intérieur du cratère Dolomieu. La troisième éruption de l’année débute dans le fénoir de la nuit hivernale.
Hier dans la matinée, les premières reconnaissances ont lieu par les airs.


La montagne bardée de rouge

Faible mais stable


Premières constatations : l’éruption n’est pas très violente, ce qui ne veut pas dire qu’elle n’évoluera pas par la suite. Les fontaines de lave ne sont pas mesurées précisément, mais les adorateurs habituels de la Fournaise ne sont pas autrement ébahis. De la faille extérieure au cratère Dolomieu jaillit le magma, rouge, liquide, bouillant. La coulée s’étend très rapidement sur plus de deux kilomètres, à la faveur des grandes pentes dans lesquelles la lave descend à toute vitesse. Et puis, en milieu de matinée, s’installe le brouillard cotonneux, voilant pudiquement les cicatrices de la montagne des regards fascinés.

“Faible mais stable”
Le voile tombe avant la nuit. Ladi, lafé. Lévenu, lavu : la foule des grands jours afflue tranquillement dans le Grand Brûlé, au bord de la route. Marie observe les coulées au téléobjectif, la lave restant pour le moment inaccessible. Et puis, à la faveur d’une météo complice, elle découvre la fontaine et la saignée. Alain, un des adorateurs, est également dans les parages. Il aperçoit des flammèches du côté du front de la coulée. La lave atteint la végétation, vers 1000 mètres d’altitude. Elle la vaincra lentement et infailliblement.
Hier soir, Pierre-Emmanuel prenait son tour de garde à l’observatoire de la Plaine des Cafres, derrière ses écrans de contrôle. L’éruption est “faible mais stable”. En fin de journée, la lave a cessé de s’écouler dans le Dolomieu, l’activité se concentrant sur le point le plus bas de la faille extérieure au grand cratère. La coulée se divisait en plusieurs bras avançant lentement vers les spectateurs de la route nationale. Rencontre ou salut de fin de spectacle ? Personne ne s’engage dans des pronostics. “Faible mais stable” il a dit.

Fabien Laroche (photo : Serge et Franck Gelabert).









Éruption mode d’emploi
Le spectacle de l’éruption vous tente ? Vous apprécierez à leur juste valeur les quelques conseils ci-dessous. D’abord, oubliez le pas de Bellecombe, l’éruption n’y est absolument pas visible. Allez dans le Grand Brûlé, entre Piton Sainte-Rose et Saint-Philippe, du côté de la Vierge au parasol. Depuis la route, la coulée est visible de nombreux points. En attendant que la lave ne s’approche de la route, ne remontez pas à pied vers le front de la coulée. Il vous faudrait une demi-journée de marche dans un environnement totalement hostile. D’ailleurs, il n’y a pas de sentier. Il est donc préférable d’attendre que la lave s’approche éventuellement dans les prochains jours.
N’oubliez pas le thermos, les vêtements chauds et les appareils photo. Un dernier conseil : la messe du 15 août à la Vierge au parasol commence dimanche à 10 h. Il sera interdit de stationner dans le secteur de 6 h à midi. Si l’éruption perdure aujourd’hui, allez donc y faire un tour au coucher du soleil, ce sera le meilleur instant du week-end.