ARTICLE DU 09/12/03
L’éruption de dimanche a très rapidement pris la même tournure que celle du 30 septembre dernier, dont la durée n’avait pas dépassé une douzaine d’heures. Dommage pour le spectacle. Ce sera sans doute pour une prochaine fois.
C'est déjà fini !

Les imaginations fertiles qui voyaient déjà des torrents de lave fluide coupant la route nationale 2 avaient dû abuser prématurément du mousseux à l’approche des fêtes de fin d’année : hier matin au lever du jour, seules quelques langues de feu finissaient de s’étaler langoureusement au sommet du piton de la Fournaise, à plus de 2 500 m d’altitude, à l’intérieur du cratère Dolomieu, et pas ailleurs.
Déposé quelques minutes avant 6 heures par l’hélicoptère de la gendarmerie, à la faveur d’une éclaircie, Thomas Staudacher, directeur de l’observatoire volcanologique, a pu faire le point sur la situation de la quatrième éruption de l’année 2003 : deux fissures se sont donc ouvertes dimanche vers 15 h 30 dans le fond du plus grand des cratères sommitaux, dans sa partie sud-est ; deux autres sur le rebord sud du Dolomieu, mais qui ne semblent pas avoir été véritablement actives, même si un important panache de vapeur s’en échappait hier encore.
Si l’effusion de lave à proprement parler ne s’est pas prolongée au-delà du milieu de la nuit, le débit a cependant été tel que près de 40 % de la surface du fond du cratère ont été recouverts au cours de cet épisode de quelques heures : la lave l’a traversé sur près de cinq cents mètres, du sud au nord, atteignant le rempart au pied de la Soufrière. En mai-juin-juillet dernier, près de 50 % du fond de l’ouest du cratère avaient déjà été recouverts lors des phases successives de l’éruption du piton Kaf.
Des dégazages spectaculaires
Les témoins présents au bord du cratère Dolomieu au cours de la nuit ont décrit des fontaines de lave très actives et des dégazages spectaculaires, des flammes de plusieurs dizaines de mètres de hauteur s’échappant des véritables bouches à feu jalonnant les fissures. Comme les scientifiques l’avaient pressenti (notre édition d’hier), l’ouverture des fissures éruptives dans le Dolomieu a fait une victime : la station de leur réseau de surveillance qui abritait une sonde thermique a succombé aux projections, désintégrée et brûlée…Cette éruption, aussi éphémère soit-elle, a en tout cas fait quelques heureux : un groupe de chercheurs et d’étudiants du Centre de recherches volcanologiques de Clermont-Ferrand, qui reprenaient l’avion hier soir après quinze jours d’une fastidieuse manip de géophysique dans l’enclos du volcan, a pu conclure son séjour de manière inespérée.
Ils ont eu plus de chance que ces quatre touristes, parisiens et suisses, qui ont buté sur le portail fermé et la pancarte “Accès enclos interdit” sans savoir qu’une éruption avait commencé. Venus admirer le lever du soleil sur le volcan, ils ont fini la nuit autour d’un maigre feu de camp en surplomb de l’enclos. Eux aussi devaient prendre l’avion hier soir.
L’accès à l’enclos du volcan reste interdit au public.
François Martel-Asselin volcan@jir. fr

