ARTICLE DU 07/11/03
Sortira ou sortira pas ? Et à quel endroit ? Tout au long de la journée d’hier, les volcanologues de l’observatoire ont guetté les signes annonciateurs d’une nouvelle éruption du Piton de la Fournaise. L’analyse des données scientifiques laissait à penser jusque dans l’après-midi qu’elle était imminente mais le phénomène se fait attendre.
L’attente
“Il fait chaud, le volcan veut couler”. La tenancière du bar Sur le gril de Virginie, à la Plaine-des-Cafres, en est persuadée, le piton de la Fournaise est responsable de la variation à la hausse du thermomètre à Bourg-Murat. Les informations ne circulent pas vite à travers les pâturages. Elle affirme mordicus que l’éruption a déjà commencé. Juste en face, à l’observatoire volcanologique, en ce milieu de matinée, les scientifiques sont eux dans l’expectative. Comme à chaque fois que notre volcan “pays” donne des signes de réveil, ils tentent de percer à jour ses intentions.
Le piton de la Fournaise est un grand cachottier. Il ne se laisse pas facilement sonder. Thomas Staudacher, directeur de l’observatoire, Valérie Ferrazzini, Philippe Kowalski, Philippe Catherine ont beau être à son chevet depuis des années, l’avoir parcouru de long en large, il leur réserve toujours des surprises. Comme à chaque veille d’éruption, la question centrale est de savoir à quel moment et surtout à quel endroit la lave commencera à se répandre à la surface. Et comme à chaque fois, les volcanologues se gardent bien d’afficher des certitudes et émettent de prudentes hypothèses. Le véritable maître du jeu est bel et bien le piton de la Fournaise.
“Pourra-t-on la voir d’ici ?”
Alors, les scientifiques scrutent ses moindres pulsations. Elles s’inscrivent à l’encre rouge tracées par un stylet plus ou moins nerveux au rythme de l’alarme qui ponctue les événements. L’équipe de l’observatoire se penche sur ces feuilles qui se déroulent en continu. Elle analyse sur les écrans des ordinateurs les données envoyées par les instruments répartis sur l’ensemble du massif du volcan.
“C’est bon signe dans la mesure où çà peut aller loin, lance Philippe Kowalski, énigmatique. Le magma progresse silencieusement.” Et d’avancer un pronostic prudent : “Je vois l’éruption Plaine des Osmondes”. Le volcanologue fait un parallèle avec l’éruption d’avril 1990 : “La crise sismique avait démarré à 7 h et l’éruption avait débuté à 11h”. Au Pas de Bellecombe, on est loin de ces cogitations scientifiques. Le Piton de la Fournaise se dresse en majesté sur l’horizon dans une tempête de ciel bleu. L’enclos a beau être interdit, le volcan fait recette. Les voitures se pressent en rangs serrés sur le parking. Beaucoup de touristes ont écouté les informations et la question est sur toutes les lèvres : “A quand l’éruption ? Pourra-t-on la voir d’ici ?”
Finalement, volcanologues et simples curieux se rejoignent. Le piton de la Fournaise, lui qui sait que le temps lui appartient, a choisi d’user les patiences…
Les 48 élèves de CM1 de l’école Paul-Hermann de Saint-André, venus dans le cadre de la semaine de la science découvrir le site, n’ont pas d’états d’âme. Ils profitent au maximum de cette journée en plein air.
Ce ne sera pas pour aujourd’hui. Le pas de Bellecombe s’enveloppe d’un fin manteau de brouillard humide derrière lequel les cratères jouent à cache-cache. Alors, peut-être la nuit prochaine, demain ou après-demain ou tout simplement notre volcan choisira-t-il de se rendormir sans cracher la moindre lave. Les paris sont ouverts.
Alain Dupuis