ARTICLE DU 06/11/03
La multiplication des éruptions au cours de ces dernières années n’a échappé à personne. L’augmentation de leur fréquence a été l’un des points évoqués lors du comité de liaison annuel de l’observatoire volcanologique réuni par le conseil général. La recherche et la surveillance exigent des moyens toujours plus importants.
La recherche en éruption permanente
Le Département, sous la houlette de son vice-président Daniel Gonthier, qui a pris en main un dossier auquel il est sensible, fait le point chaque année sur l’activité de l’observatoire volcanologique. Normal : il assure une partie de son fonctionnement (190 000 euros prévus pour 2004) à côté de l’Institut de physique du globe de Paris (435 000 euros), grand établissement d'enseignement supérieur placé directement sous la tutelle du ministère de l’Éducation nationale et du ministère de la Recherche.
Or, depuis 1998, le piton de la Fournaise a pris le mors aux dents. C’est ce qu’a tenu à souligner Thomas Staudacher devant les représentants de l’État, du conseil général, de l’ONF, de la DIREN, de la mission Parc, appuyé par ses collègues scientifiques de l’université de la Réunion et des institutions qui contribuent directement à la mission de l’observatoire. Un débordement d’activité qui vient à point pour annoncer la demande de création d’une unité mixte de recherche en volcanologie à la Réunion.
Avec sans doute bientôt une douzaine d’éruptions en cinq ans, la Fournaise exige en effet toujours plus de moyens : humains pour faire face à l’imprévu (102 journées d’astreinte en un an plus les astreintes à domicile) mais aussi matériels : le réseau de surveillance, dans un milieu hostile, paye un lourd tribut à la nature (7 500 euros de matériel détruit par la dernière coulée d’août 2003…) et nécessite d’incessantes améliorations, alimentées par l’évolution de la recherche et de la connaissance du fonctionnement du volcan. C’est à ce prix qu’on peut progresser.
Chaque année voit donc fleurir de nouveaux projets dont la dizaine de personnes de l’équipe en poste à La Plaine-des-Cafres assure l’aboutissement. Scientifiques, électroniciens, étudiants et chercheurs accueillis en stage mettent tous la main à la pâte, même lorsqu’il s’agit de parcourir l’enclos lourdement chargé par mauvais temps pour assurer la maintenance des stations.
Sous pression
Ce décor posé, Georges Boudon, directeur des observatoires volcanologique français à l’IPG, synthétise l’évolution indéniable de l’activité du piton de la Fournaise depuis quelques années : “Le magma se trouve très haut dans l’édifice, dans le contexte d’un système extrêmement fissuré. De ce fait, les périodes de démarrage des éruptions sont beaucoup plus courtes”. Le rapport d’activité de l’observatoire souligne d’ailleurs pour sa part qu’en dépit des dernières éruptions, le piton de la Fournaise n’a jamais cessé de gonfler, signe qu’il reste en pression quasi permanente. Cet état nouveau explique certaines éruptions survenues au terme de crises sismiques très brèves, l’une d’elles n’ayant pas dépassé vingt minutes, ce qui ne va pas sans poser certains problèmes en matière de sécurité civile, reconnaît Georges Boudon. Le magma sort sans crier gare ou presque…
La qualité de la prévision des éruptions n’est pas en cause, relève Thomas Staudacher, mais dans un tel cas de figure le système d’alertes à plusieurs niveaux est pris de court. Une situation qui embarrasse visiblement la préfecture chargée de garantir la sécurité du public … mais soucieuse de ne pas priver ce dernier du formidable spectacle des éruptions, insiste le sous-préfet Jean-Michel Quiard : “Il faut vivre avec le volcan en bonne intelligence”. Mais où se situe le juste milieu ? Épineuse question avivée par l’accident mortel du mois d’août dernier.
Qui risque de se poser bientôt encore puisque selon Thomas Staudacher “une quatrième éruption avant la fin de l’année est tout à fait possible”.
• Université de la Réunion
Un projet d’unité mixte de recherche en volcanologie
Vice-président de l’université de la Réunion, chargé de la valorisation de la recherche, le professeur Patrick Bachèlery a annoncé mardi, lors du comité de liaison de l’observatoire, le projet de création d’une unité mixte de recherche (UMR) en volcanologie.
Accueilli favorablement par le conseil de la faculté des sciences la semaine dernière, ce projet sera présenté la semaine prochaine au conseil d’administration de l’université. Claude Jaupart, directeur de l’Institut de physique du globe de Paris (IPGP) a pour sa part précisé que le dossier vient d’être déposé au Centre national de la recherche scientifique (CNRS).
Ce nouveau pôle rassemblerait des chercheurs de l’IPG, de l’université Pierre-et-Marie-Curie (Paris VI), du CNRS et ceux du laboratoire des sciences de la Terre de l’université de la Réunion, dirigé par Patrick Bachèlery.
Chercheur de la première heure, dont les travaux depuis vingt-cinq ans ont largement contribué à la connaissance des structures du piton de la Fournaise, il a accompagné le développement de l’observatoire volcanologique qui s’est installé fin 1979 seulement à la Plaine-des-Cafres. En fait, de nombreux chercheurs de ces différentes institutions travaillent ensemble depuis longtemps déjà sur le volcan de la Réunion, dans le cadre de projets ponctuels ou à plus long terme.
Souvent, celles-ci sont déjà liées par simple filiation ou convention, ce qui donne d’autant plus de poids à la création de la future UMR.
Mais, a indiqué Claude Jaupart, l’université de la Réunion constituerait la “bonne articulation” pour réunir véritablement ces chercheurs. Patrick Bachèlery y voit un moyen d’obtenir un renforcement de l’équipe du laboratoire des sciences de la Terre, qui confirmerait la Réunion dans son rôle de pôle d’excellence en volcanologie.
Déjà très sollicités par les étudiants et chercheurs fançais et étrangers qui y trouvent un cadre de travail exceptionnel en raison du volume de données produit par le réseau de surveillance du volcan, l’université et l’observatoire devraient ainsi obtenir les moyens de leurs ambitions et travailler à armes (presque) égales avec les institutions mondiales les plus prestigieuses… même si leur budgets sont pour la plupart sans commune mesure avec ceux d’ici.
François Martel-Asselin volcan@jir.fr
• L’enclos toujours fermé
L’accès à l’enclos du volcan est interdit au public depuis le mercredi 29 octobre en raison d’éboulements survenus dans la paroi nord-ouest du cratère Dolomieu, qui se sont atténués depuis.
L’observatoire souligne qu’“une grande quantité de fissures sont apparues sur le bord du Dolomieu depuis les éruptions qu’y s’y sont produites cette année. En particulier, l’éruption du 22 août a apparemment fortement déstabilisé la partie nord-est”.
Une réouverture partielle de l’enclos serait envisagée pour ce week-end, limitée au parcours Pas de Bellecombe - Bory - Soufrière - Chapelle de Rosemont et retour, en attendant une modification de l’itinéraire dans le secteur des fissures. Sauf évolution de l’activité entre-temps, évidemment.