ARTICLE DU 30/10/03
Des centaines de randonneurs ont été invités à évacuer l’enclos hier matin en raison d’une augmentation brutale de la sismicité. L’observatoire volcanologique a constaté dans la journée d’importants éboulements des parois du cratère Dolomieu. Les scientifiques, qui envisagent depuis plusieurs semaines déjà la possibilité d’une prochaine éruption, restent sur leurs gardes.
L'enclos évacué

Hier matin, à partir de 7 heures, le rythme des effondrements observés depuis quelques jours s’accélère soudainement. Au point d’envisager la formation d’un pit crater (cratère d’effondrement), phénomène généralement violent et accompagné de la projection de blocs arrachés aux entrailles du piton de la Fournaise, comme on en avait redouté un en décembre 2002.
Dans l’incertitude, l’observatoire volcanologique recommande alors l’évacuation de l’enclos du volcan, alors que l’activité décroît déjà. L’hélicoptère de la section aérienne de la gendarmerie et la brigade de la Plaine-des-Cafres entreprennent, vers 9 heures, d’organiser le retour des randonneurs déjà engagés sur les pentes du sommet du volcan. Ils sont près de trois cents, selon une évaluation du Peloton de gendarmerie de haute montagne : en cette saison d’afflux touristique, le parking du pas de Bellecombe affiche presque complet. Un militaire déposé au sommet se charge d’informer les marcheurs et de faire le serre-file sur le chemin du retour. L’hélicoptère se pose près du Formica Leo, sous l’œil ébahi de touristes du voyagiste Club Med contraints sans trop de peine à faire contre mauvaise fortune bon cœur…
Une éruption attendue
Tandis que se déroule cette opération, qui ne s’achèvera pas avant le début de l’après-midi, une équipe de l’observatoire monte au sommet pour se rendre compte de visu. Les volcanologues constatent non pas les prémices d’un affaissement du fond du cratère Dolomieu, mais d’importants effondrements de sa paroi nord, non loin du cratère Bory. Des cônes d’éboulis, pas tous récents d’ailleurs, jalonnent la circonférence intérieure du plus vaste des deux cratères sommitaux. Des fissures de plusieurs dizaines de centimètres de large, devenues de plus en plus remarquables ces dernières semaines, zèbrent le sol à ses abords.
Thomas Staudacher, directeur de l’observatoire, note une relation directe entre l’épisode d’hier matin et l’éruption du mois d’août dernier, qui avait débuté dans le cratère Bory voisin : elle a manifestement fragilisé toute cette zone. Les fissures, qui se sont ouvertes au cours des heures suivantes sur le flanc nord du Dolomieu, ont accentué ce travail de sape, certainement à l’origine des éboulements de paroi dans le Dolomieu.
L’éventualité d’une éruption phréatique, qui a justifié l’évacuation de l’enclos, n’était donc plus de mise hier soir. Néanmoins, les scientifiques restent sur leurs gardes car, depuis plusieurs semaines déjà, ils enregistrent une augmentation des indicateurs d’une prochaine éruption. Le piton de la Fournaise ne cesse de gonfler et la sismicité a même augmenté de manière sensible depuis peu. L’événement pourrait se produire “d’ici à quelques semaines”, mais selon la formule consacrée, l’observatoire se refuse à un pronostic plus précis. La dernière éruption, le 30 septembre dernier, n’avait duré qu’une douzaine d’heures.
François Martel-Asselin
L’accès à l’enclos du volcan est interdit jusqu’à nouvel ordre.