ARTICLE DU 02/10/03
Le piton de la Fournaise n’a pas battu hier son propre record établi le 30 mai dernier avec seulement quatre heures d’éruption. Commencé à 23 h 25 mercredi soir, le phénomène s’est achevé brutalement hier vers 12 h.
Eruption éclair

Contrairement à celui du 30 mai, auquel des touristes présents au sommet du Dolomieu avaient eu la chance d’assister, le spectacle d’hier s’est joué pratiquement à huis clos. Dommage, la prestation de notre volcan “pays” était une fois de plus de qualité.
L’ordinateur de l’observatoire volcanologique du piton de la Fournaise en conserve la mémoire sous la forme d’une image transmise par la caméra installée au piton de Bert. C’est quelques heures avant l’aube que l’éruption commencée mercredi soir à 23 h 25 a atteint son apogée. Le ciel du Sud de l’île s’en est trouvé illuminé.
Au départ de la route forestière, les panneaux d’interdiction d’accès à l’enclos sont déjà en place. Pas un chat jusqu’à après la plaine des Sables où le conducteur d’un gros 4x4 venant du Pas de Bellecombe lâche, lapidaire : “On ne voit rien”. Le parking est désert mais dans le ciel monte du flanc ouest du piton de la Fournaise un épais panache de fumée. Aucun doute, le volcan a de nouveau ses humeurs.
Fraîchement affiché, l’arrêté préfectoral pris quelques heures plus tôt rappelle au départ de l’escalier descendant dans l’enclos que le piton de la Fournaise est fermé à double tour.
Cette nuit, personne pour braver l’interdit. Contrairement au piton Payankë dont les manifestations visibles depuis le Pas de Bellecombe ont aiguisé les tentations, cette éruption se joue à huis clos. Pas facile dans la nuit d’encre de retrouver le balisage qui nous a conduits par le flanc ouest du volcan vers les éruptions de 2001 et 2002. En tâtonnant, on finit par se retrouver sur la trace qui moutonne de cône en cône. Ce n’est qu’après avoir contourné un dernier piton que le rideau se lève. Dans le lointain, au-dessus de la mer de nuages, le ciel prend des teintes rosées. La faille qui zèbre le flanc ouest laisse échapper à gros bouillons une lave dorée. Les projections montent dans le ciel mais le piton de la Fournaise ne donne pas ici le meilleur de lui-même. Le spectacle est malgré tout d’une grande beauté. Le soleil émerge pile au-dessus d’un petit bassin de lave, ton sur ton, jaune sur or.
Dans les premières lueurs de l’aube, la brume prend une couleur bleutée. Elle nous enveloppe, irritant les poumons.
Nous ne le savons pas encore mais en cette matinée de mercredi, l’éruption joue son ultime représentation. Dans le ciel bourdonnent des hélicoptères mais personne d’autre que nous au sol n’en sera spectateur.
La rivière de lave roule des blocs énormes couleur de feu. Les parois de part et d’autre du chenal s’effondrent. En aval, un fleuve noir coule. La lave refroidie en surface continue à avancer sur le tapis roulant de la roche en fusion, à quelques centimètres en dessous d’elle.
L’heure est venue de lever le camp. Il est beintôt 11 h. De toute évidence, l’activité a faibli mais rien n’indique que dans moins de deux heures le piton de la Fournaise tirera le rideau. Rendez-vous à la prochaine éruption. Selon les volcanologues instruits par l’expérience du 30 mai, elle pourrait ne pas tarder, pourquoi pas ? Ils ont appris à être vigilants.
• Le Club Med au piton de Bert
En temps normal, le parking au départ des sentiers permettant de rallier le piton de Bert mais aussi le Nez Coupé du Tremblet et bien d’autres itinéraires de randonnée n’attirent que les marcheurs. L’annonce de l’éruption et du fait qu’elle était visible du piton de Bert a drainé hier matin une affluence record.
Dédaignant l’enclos et le sommet, fermés au public, les touristes ont convergé en masse. A pied, en vélo tout terrain, un seul objectif : le piton de Bert.
Parmi les curieux, treize vacanciers du Club Méditerranée. Partis pour faire pour certains d’entre eux le tour des cratères, pour d’autres une marche facile au volcan, ils se sont tous retrouvés à crapahuter le long du rempart dominant l’enclos.
“En fait, explique leur guide, Jean-Yves Hervet, il ne faut pas pousser jusqu’au piton de Bert. Le meilleur point de vue se situe juste avant la bifurcation vers Foc Foc”. Merci pour l’info, mais malheureusement elle arrive trop tard !
Les treize gentils membres n’ont pas boudé leur plaisir. “C’était fabuleux ! Nous n’avions jamais vu de volcan en éruption. Demain, nous allons survoler l’île en hélicoptère, espérons que l’activité continuera jusque-là”. Désolé, le piton de la Fournaise a tiré le rideau. Il vous faudra revenir pour son prochain one man show.
Reportage : Alain Dupuis François Martel-Asselin

