ARTICLE DU 01/10/03
Le piton de la Fournaise est à nouveau en éruption depuis 23 h 25 hier soir. A 1 h la nuit dernière, des coulées descendaient du flanc Ouest du cratère Bory.
Nouvelle éruption de la Fournaise

Le volcan se dépense sans compter cette année. Après les multiples phases qui ont succédé en juin et juillet à l’éruption du 30 mai, après celle du 22 août, c’est une nouvelle éruption encore qui a débuté hier soir.
Il était 22 h 15 lorsque a démarré la crise sismique. A 23 h 25, un trémor s’est installé doucement, signature de l’arrivée du magma en surface, ont pu déterminer les scientifiques de l’observatoire volcanologique.
Ce réveil du piton de la Fournaise n’a pas trop surpris l’équipe basée à la Plaine-des-Cafres : “Depuis la fin de la dernière éruption le 27 août, nous assistions à un phénomène ininterrompu de gonflement du volcan, avec quelques dizaines de séismes par jour ces derniers temps. Dimanche et lundi, les séismes enregistrés étaient plus gros”, indique Thomas Staudacher, directeur de l’observatoire. L’éruption a semble-t-il débuté sur le flanc ouest du volcan, difficile à localiser précisément, mais une coulée était bien visible sur les images captées par l’observatoire grâce à sa caméra installée au piton de Bert.
Alerte numéro 2
Une équipe s’est aussitôt rendue au pas de Bellecombe pour évaluer la situation. En effet, si dans un premier temps l’éruption avait été située au niveau du cratère Bory, il apparaissait à l’examen des images (nocturnes…) que la fissure éruptive se situait plutôt dans la zone du cratère Rivals, vers 2300 m d’altitude. La préfecture a déclenché la phase d’alerte n° 2 prévue par le plan de secours spécialisé “éruptions volcaniques” à 23 h 45, le poser d’hélicoptère et l’accès à l’enclos étant interdits.
• Une activité de plus en plus débordante
Ces dernières années, le piton de la Fournaise mérite plus que jamais son titre de volcan le plus actif (enfin, presque…) de la planète avec deux ou trois éruptions annuelles.
2001
— 27 mars (piton Tourkal) : première éruption du troisième millénaire, elle prend fin au bout d’une semaine.
— 11 juin (piton Madoré) : Après trois semaines d’actiDeux coulées parviennent à la route nationale 2, qu’elles coupent sans atteindre la mer, les 6 et 7 juillet, jour où l’éruption cesse brutalement, en moins d’une minute !
2002
— 5 janvier : éruption, au pied du Nez coupé de Sainte-Rose. Le 14, une coulée coupe la RN 2 au niveau du site de la Vierge au Parasol et se jette à la mer, pour la première fois depuis l’éruption de Saint-Philippe, en 1986. L’île s’est agrandie de 2,5 hectares.
— 16 novembre (piton Guanyin) : pour la seconde fois de l’année, les coulées atteignent l’océan, deux semaines après le début de l’éruption qui débute sur le flanc Est du volcan. La RN 2 est coupée sur 500 m de longueur.
2003
— 30 mai cratère (piton Kaf) : une éruption débute subitement, quasiment sans signes précurseurs, au sommet du volcan, dans la partie sud-ouest du cratère Dolomieu, à l’emplacement de l’effondrement qui s’était produit à la suite de l’éruption de novembre 2002. Des touristes en sont les seuls témoins. Elle s’achève au bout de trois heures.
Deux nouvelles phases se succèdent ensuite, les 4 et 13 juin (d’une durée d’environ quarante-huit heures). L’immense cône qui s’est édifié, adossé à la paroi sud-ouest du cratère, est baptisé piton Kaf.
Quatrième phase le 21 juin, achevée le 7 juillet. Plus de la moitié du fond du cratère a été recouvert de lave, sur une épaisseur estimée à une dizaine de mètres par endroit.
— 22 août (piton Payankë) : une fissure éruptive s’ouvre dans le cratère Bory mais cesse de fonctionner en moins de quelques heures. Entre-temps, une deuxième fissure s’ouvre à mi-hauteur sur le flanc nord du cratère Dolomieu, puis une troisième, plus bas, au-dessus du piton Kapor (éruption de mars 1998).
L’activité se concentre sur le point bas de la fissure, contigu au Kapor. Ce dernier, en quelques jours, est surpassé en taille par le nouveau piton Payankë, près de l’absorber lorsque l’éruption cesse brutalement le 27 août, en quelques secondes alors que les coulées sont tout juste arrivées dans la plaine des Osmondes.
Cette éruption a été endeuillée par la mort d’un visiteur, victime d’une chute dans une fissure éruptive éteinte mais encore brûlante.
François Martel-Asselin