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ARTICLE DU 09/09/03


Ne pas se trouver au mauvais endroit au mauvais moment

“J’ai toujours pratiqué des sports extrêmes comme le parachutisme, le canyoning et en définitive j’aime bien jouer à me faire peur. Jusqu’à ce jour, cela m’a assez bien réussi. C’est seulement le jeudi 28 août au lendemain de l’accident mortel survenu au volcan, que je me suis aperçu qu’en lieu et place d’être un apprenti Rambo, j’étais en fait un sombre crétin.
“Ce mercredi 27 août, j’étais sur le site de l’éruption aux alentours de 14 h. Il faisait un temps splendide. Comme à mon habitude, je n’ai tenu aucun compte des panneaux de sécurité, ni des remarques de deux membres de l’observatoire du volcan qui surveillaient du matériel d’enregistrement du phénomène volcanique, pour m’approcher à quelques mètres, une dizaine au maximum, de la rivière de lave (…)
“J’ai sûrement dû croiser sur le chemin du retour vers 16 h ce jeune étudiant qui allait connaître un destin si tragique. La nouvelle de sa mort et la façon dont il est mort m’a profondément affecté. Il est fort probable qu’il n’a pas pris les mêmes risques que moi et que j’aurais amplement mérité d’être à sa place (…)
“Deux remarques :
— La première concerne les déclarations du père de la victime, le jour des obsèques ; il s’en est pris violemment aux autorités. Il était fortement choqué et on le comprend ; cependant, on a beaucoup reproché au préfet de nous voler notre neige et notre volcan ; personne n’aurait compris qu’il interdise cette fois-ci l’accès du site ; quand on monte dans un avion ou que l’on conduit sa voiture, on prend délibérément un risque ; il en va de même quand se rend sur un site volcanique en éruption. L’essentiel est de ne pas se trouver au mauvais endroit au mauvais moment.
— La deuxième remarque est en fait un souhait : que cette tragédie serve au moins à faire comprendre à tous les crétins de mon espèce, lors des éruptions prochaines, de l’intérêt qu’ils auront à se comporter en bon père de famille.

G. Th.