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ARTICLE DU 31/08/03
Alexandre Thiault, décédé mercredi soir lors d’un accident sur la zone du Piton Kapor, a été inhumé hier dans le cimetière de Commune-Prima. Lors de la cérémonie, son père a réagi fortement aux déclarations officielles qui ont décrit comme imprudente l’attitude de son fils. Pour M. Thiault, la préfecture n’a pas assez sécurisé le site.

Mort au volcan : Le père d’Alexandre dénonce le manque de secours sur le site




Il était 15 heures hier lorsque Gérard Thiault, le père d’Alexandre, décédé mercredi soir lors d’un accident survenu dans l’enclos du volcan, a pris la parole dans la salle de recueillement du funérarium de Commune-Prima. Plus d’une centaine de personnes avaient les yeux tournés vers le cercueil où reposait Alexandre, l’étudiant en faculté de sciences mort mercredi. Après avoir remercié l’assemblée composée de nombreuses personnalités de l’université, M. Thiault a tenu à faire passer un message. “Il n’existe pas de mots pour la douleur, il n’existe pas de mots non plus pour la colère”.
Le père d’Alexandre a expliqué avoir très fortement réagi lorsqu’on lui a rapporté une déclaration d’un représentant de l’État. “Quelqu’un, dont j’ignore l’identité, a comparé mon fils à un piéton imprudent passé à côté d’un passage clouté”.

Une enquête en cours
En élevant la voix, M. Thiault a défendu son fils : “Alexandre est peut-être le bouc émissaire de l’imprudence des autres ! Mon fils était d’une incroyable prudence. Si c’est l’imprudence qui a tué Alex, ce n’est pas celle d’Alex”. Et le père de l’étudiant d’accuser le manque de sécurisation autour de la fissure éruptive qui surplombe la zone du Piton Kapor où s’est produit l’accident : “Les balises n’étaient pas suffisantes, les barrières étaient mal placées, voire absentes. Il y avait une surveillance des lieux très insuffisante, voire inexistante. Il n’y avait pas de dispositif de secours de première urgence, ne serait-ce que des cordes”.
M. Thiault a fait référence à l’enquête diligentée par le parquet pour comprendre les circonstances de l’accident : “Voilà des questions auxquelles la justice devra répondre, je vais y veiller pour la mémoire de mon fils et pour que plus jamais à l’avenir cela puisse arriver à la Réunion ou ailleurs”. Le cratère qui a surgi sur les bords du Piton Kapor pourrait peut-être porter le nom de la victime. Un geste apprécié de son père : “Ce qui sera peut-être le piton Alexandre sera un symbole et un engagement de responsabilité”.
En fin de déclaration, le père de l’étudiant est revenu sur des considérations plus personnelles. S’il n’a pas pu regarder en face le corps de la dépouille, il a glissé dans le cercueil deux livres : Poussières d’Étoiles de Hubert Reeves dédicacé par l’auteur, et un autre sur les coquillages. Dans un ultime cris du cœur, M. Thiault a conclu : “Alexandre, mon fils, je me battrai pour toi, et je t’embrasse”.

Une attente insoutenable
La centaine de personnes venues rendre un dernier hommage à la victime a quitté la salle pour se rendre dans le cimetière voisin. La procession s’est arrêtée devant le trou creusé où le cercueil a été enseveli. Un par un, les personnes ont pu jeter des gerbes d’orchidées ou de roses avant les derniers adieux.
En marge du cortège et avant la cérémonie, M. Thiault est revenu sur les derniers jours difficiles. Il a indiqué que son fils était accompagné mercredi soir d’une amie et de sa mère qui l’ont vu disparaître d’un seul coup alors qu’elles marchaient à ses côtés. Jeudi matin, M. Thiault s’est inquiété de ne pas voir rentrer son fils. “J’ai passé plus d’une centaine de coups de téléphone” reproche le père qui a déclaré n’avoir eu accès au corps de la dépouille qu’en fin de journée.
Les questions soulevées par le père d’Alexandre sont au cœur de l’enquête ordonnée par le parquet qui devrait rapidement définir les responsabilités de chacun et aider une famille entière à faire le deuil du premier décès survenu lors d’une éruption.

Xavier Ameilhaud