ARTICLE DU 29/08/03
Commentaire : Le prix de la liberté
Agacé le préfet, hier, par les questions — presque des injonctions — lancées par certains représentants de la presse locale. Échantillon : “Allez-vous continuer à laisser des centaines de personnes risquer de se jeter dans les fissures volcaniques ?”, “Vous vous en remettez trop facilement à la fatalité”, “Hier soir, 400 personnes étaient à l’abandon dans l’enclos”. Rien de moins…
Bref, en substance, on permettrait aux Réunionnais de vivre dangereusement. Et nos confrères de réclamer peu ou prou la fermeture de l’enclos en temps d’éruption, voire la nuit. Un comble pour ceux qui s’érigent habituellement en chantres de la défense des libertés.
Un peu comme si on demandait la fermeture des boîtes de nuit et des routes de l’Ouest les nuits de week-end au motif qu’il s’y produit trop d’accidents… Ou si on interdisait la randonnée dans les Alpes en raison du trop grand nombre de chutes mortelles chaque été.
Ceux qui accusent aujourd’hui le préfet d’ouvrir grand son parapluie lorsqu’il invoque les risques liés à l’évolution dans un milieu naturel difficile sont en effet les mêmes qui, en d’autres temps, portaient une accusation identique lorsque le représentant de l’Etat gardait l’enclos fermé de manière prolongée. Le Journal de l’île, lui, ne criera pas avec les loups, s’étant montré suffisamment critique par le passé à l’encontre de certaines décisions préfectorales sans fondement sérieux qui menaient à des fermetures abusives. Il semble en effet que l’attitude de la préfecture évolue progressivement concernant le volcan où, par exemple, l’enclos n’a pas été automatiquement fermé au mois de juin lors de la quatrième phase éruptive du cratère Dolomieu.
Les propos d’hier ont rassuré : une option “tout-sécurité” aveugle liée à l’accident de mercredi était en effet redoutée par les familiers de la Fournaise. Au lieu de cela, et malgré l’émotion suscitée, Gonthier Friederici a décidé, concernant l’accès au volcan, de maintenir une politique toujours adaptée aux circonstances. C’est désormais aux visiteurs du volcan, doublement mis en garde par la connaissance des risques et la survenue de l’accident tragique de mercredi d’observer un comportement à la hauteur de la liberté qu’on leur octroie.
F.M. -A.