Retour...
ARTICLE DU 29/08/03
Alexandre Thiault aurait fêté ses 22 ans le 23 décembre prochain. Né à Saint-Denis, il se passionnait pour les sciences et plus particulièrement pour les sciences de la Terre.

Un étudiant proche de la Terre

Inscrit en faculté des sciences à l’Université de la Réunion, celui-ci avait suivi l’année dernière sa seconde année de Deug en Sciences de la vie, un cursus pour lequel il avait choisi le module optionnel de Sciences de la Terre. Des études que le jeune homme semblait bien décidé à poursuivre dans ce domaine puisqu’il s’apprêtait à effectuer une nouvelle rentrée universitaire, en septembre, cette fois en licence de biologie, avec mention Sciences de la Terre. La présence d’Alexandre, mercredi soir, sur le site du piton Kapor, ne devait donc pas être anodine. Quoi de plus normal, en effet, pour un étudiant dans cette branche ?
Celui-ci s’y était d’ailleurs rendu muni d’un appareil photo afin de fixer sur la pellicule le spectacle des coulées de lave. Mais on ignore par quels moyens et en compagnie de qui. Probablement avec sa mère et sa sœur qui se trouvaient également sur les lieux. Le hasard a également voulu qu’un professeur de l’Université soit lui aussi présent, de même que deux autres de ses connaissances estudiantines qui ont affirmé aux gendarmes l’avoir aperçu peu de temps avant le drame. Raison pour laquelle la funeste nouvelle s’est propagée hier matin comme une traînée de poudre dans l’ensemble des services administratifs de l’Université. D’autant que la mère d’Alexandre occupe un poste d’ingénieur administratif technicien ouvrier de services et de santé (Iatoss) au sein du service pédagogique de la faculté de droit, comme l’indiquait hier Nicole Gany, responsable de la Division des affaires scolaires et des enseignements (Dase) : “On nous a annoncé ce matin cette terrible nouvelle. Ce qui nous touche, c’est qu’il s’agit du fils d’une collègue de travail.”. Et de conclure amèrement : “On devrait interdire l’accès au volcan, il y a trop d’imprudences. En plus, la nuit on ne voit rien et le terrain est instable.”
Le père de la victime, Gérard Thiault, travaille pour sa part au Centre régional de documentation pédagogique (CRDP), à Saint-Denis
Ce sont certains éléments retrouvés sur les lieux du drame, comme un jeu de clés, ainsi que l’examen du corps pratiqué par le médecin légiste, qui ont permis d’identifier avec certitude la victime, qui laissera désormais un vide auprès des étudiants inscrits en faculté de sciences, mais aussi auprès de tous ceux qui le connaissaient, l’appréciaient et l’aimaient. D’ailleurs, pour en témoigner, le responsable des ressources humaines de l’Université s’affairait dès hier matin à une collecte de fonds destinés à financer l’achat d’une gerbe de fleurs. Une façon de rendre un dernier hommage à Alexandre que la vie a ramené à la Terre.

• Un cratère en guise d’hommage ?
En apprenant l’accident hier matin, des familiers du piton de la Fournaise ont suggéré de baptiser le nouveau cratère du nom de la victime de l’accident de mercredi soir. Des précédents existent : ainsi le cratère Magne, baptisé du nom d’un randonneur décédé d’épuisement, de retour d’une éruption, en août 1972. Son nom est associé au fameux cône de l’éruption du mois de septembre suivant, qui s’était produite tout près de l’endroit où le corps du malheureux fut retrouvé. De même, le nom de Fred Hudson est associé au cône de l’épisode éruptif du 12 mars 1998 : ce gendarme réunionnais de la Plaine-des-Cafres était décédé lors d’une patrouille sur les pentes du cratère Bory en 1993. En tout état de cause, le choix de la dénomination des cônes volcaniques revient à l’observatoire volcanologique qui les baptise dès que ceux-ci atteignent une stature qui en fait des points remarquables dans l’enclos.

Franck Brenner