ARTICLE DU 29/08/03
L’accident de mercredi soir s’est déroulé sensiblement dans les circonstances telles que rapportées dès hier par le Journal de l’île. La victime, blessée par sa chute, a succombé à la chaleur et aux gaz.
Une opération de secours sans précédent
Il est 20 h 30 lorsque l’alerte est donnée : un des visiteurs de l’éruption vient de disparaître dans une cavité béante de plusieurs mètres de profondeur. Il est blessé, inaccessible. L’espèce de petit dôme sur lequel il s’était juché pour prendre des photos de l’éruption s’est effondré alors que quelques minutes auparavant, d’autres personnes s’y trouvaient encore : il était situé à cheval sur la fissure à l’origine de l’éruption.
Les gendarmes de la Plaine-des-Cafres, les plus proches, sont les premiers sur site à 22 h 15, rejoints peu avant minuit par les pompiers, le Smur et des hommes du Peloton de gendarmerie de haute montagne. En raison des délais d’acheminement en véhicules et surtout à pied (une heure de marche environ), n’aurait-on pas pu faire appel à l’hélicoptère ? Non, répond le colonel Belondrade, en raison des difficultés du vol de nuit en zone montagneuse.
De plus, c’est seulement sur place que les secours s’aperçoivent que la victime est bloquée dans une crevasse où règne une chaleur extrême, puisqu’il s’agit de la fissure où a débuté l’éruption vendredi dernier. À leur arrivée, il est de toute façon déjà bien trop tard. Le commandant Eric Duverger, chef du groupement Sud des sapeurs-pompiers, demande à la préfecture et obtient la fermeture de l’enclos pour permettre l’évacuation des visiteurs encore présents alors que l’éruption s’est achevée peu avant 22 h. “Il s’agit d’une fermeture purement technique”, précise le préfet, “pour mener les opérations de secours dans les meilleures conditions d’abord et afin de permettre le bon déroulement de l’enquête ensuite.” Entre-temps, plusieurs témoins ont tenté de porter secours au malheureux. Certains ont même pu communiquer avec lui brièvement. Il se plaint d’une intense chaleur. À l’aide de témoins, Diego, Julien, Nicolas, tous trois étudiants, en stage actuellement à l’observatoire volcanologique, et présents sur le site où a été installée le matin même une station de surveillance (notre édition d’hier) récupèrent des bouts de cordes, des couvertures de survie et même des vêtements qu’ils assemblent dans l’espoir que le prisonnier puisse les saisir. Sans résultat : ils ne remontent que des lambeaux de cette corde improvisée, torturés par la chaleur qui règne dans la cavité. Les secours savent désormais qu’ils devront dégager un corps. La chaleur qui monte condamne une tentative par le haut. C’est à la main et à l’aide de pics que sapeurs-pompiers et gendarmes creusent une espèce de tunnel pour accéder à l’endroit où est bloqué le corps du jeune homme.
Une mesure effectuée à l’aide d’une caméra thermique dont était équipé un des membres de l’observatoire a mis en évidence une chaleur de 260° mais il est probable que la température était beaucoup plus élevée tout au fond de la fissure, où étaient par ailleurs accumulés des gaz s’évacuant toujours du magma. Ce qui fait dire au colonel Loubry, patron du Sdis, interpellé sur l’absence de moyens à proximité du pas de Bellecombe, que le délai d’intervention à pied aurait de toute façon été fatal. La dépouille, partiellement carbonisée, est finalement extraite à 4 h 55. Elle sera ensuite évacuée par le Fennec de l’armée de l’air. Hier matin, dès 8 h, un substitut du procureur de Saint-Denis s’est rendu sur le site de l’accident. Des témoins devaient être ensuite entendus. L’enclos devait être rouvert au public dans les heures à venir, a indiqué le procureur de la République hier midi.
• Les pièges du volcan
Les coulées volcaniques, parfois impressionnantes, ne sont pas le phénomène le plus dangereux sur un volcan tel que le piton de la Fournaise. En général, le mur de chaleur qu’elles opposent dissuadent les curieux qui restent spontanément à distance respectueuse… Plus dangereuses sont les explosions rythmiques ou sporadiques dans les cratères, dont il est difficile de prévoir le rayon d’action. Il vaut mieux respecter les périmètres de sécurité fixés. Les zones de fissures volcaniques, qui marquent les débuts d’éruption, jalonnées de fontaines de lave à leurs débuts, sont beaucoup plus traîtres. Cessant de fonctionner souvent très rapidement (en quelques heures), apparemment figées en surface, mais encore rougeoyantes à quelques centimètres de profondeur (au moins 700°, sachant que la lave est émise à plus de 1100°), elles sont souvent recouvertes de projections légères et meubles, dans lequel le pied peut s’enfoncer sans crier gare. De surcroît, la lave très fluide de début d’éruption, riche en gaz, ne donne pas des dalles volcaniques très solides : reconnaissables à leur couleur argentée, légères, friables, elles se brisent comme des meringues dont elles ont un peu la consistance. Accident assuré. Quant aux tunnels de lave, c’est la hantise de ceux qui sont amenés à se déplacer en terrain volcanique : même totalement refroidis (plusieurs mois), ils sont parfois si profonds qu’une chute pourrait y être mortelle.