ARTICLE DU 24/08/03
Il y a trois semaines, la neige recouvrait le massif du Piton de la Fournaise. Depuis hier, la lave occupe à nouveau le terrain dans l’enclos du volcan. Étonnant contraste entre cette froide blancheur immaculée qui a tenu l’espace d’un week-end et la chaleur d’enfer des fleuves de feu. Notre Piton ne fait pas que cultiver les paradoxes. Il multiplie les clins d’œil.
La neige laisse la place à la lave dans l’enclos
Symphonie en blanc et rouge

C’est au pied du piton Kapor, théâtre de l’une des plus spectaculaires éruptions du XXe siècle, que jaillissent depuis hier les fontaines rouges et or.
Un fin tapis de givre recouvre la plaine des Sables. Un mince croissant de lune orangé dispute le ciel au panache de fumée qui monte dans le ciel étoilé. En dépit de l’heure matinale et du froid mordant les voitures se pressent sur le parking du pas de Bellecombe. De ce belvédère, les projections sont bien visibles dans le lointain, dessinant en ombre chinoise la silhouette du Kapor. Les plus courageux se sont mis en route vers le piton de Partage d’où l’éruption est visible, l’enclos étant comme à chaque nouvel épisode fermé aux curieux.
Au pied du rempart, il faut jouer au Petit Poucet pour retrouver les traces de l’ancien balisage soigneusement badigeonnées depuis la fin de l’éruption du Kapor.
Le phare qui éclaire dans le lointain sur la droite n’est pas d’un grand secours. Piquer droit dessus c’est aller au devant des ennuis. Si toute la première partie du parcours se fait sur des dalles de lave, il faut absolument trouver le sésame ouvrant un passage dans les gratons qui ceinturent presque entièrement le Kapor depuis l’éruption de février 1999 notamment.
Au fur et à mesure que l’on s’en approche, la muraille du cratère masque entièrement le spectacle, ménageant le suspense. Seul le nuage irritant de gaz qui serre les poumons et arrache des larmes et le bruit de forge témoignent de l’activité. Un ultime contournement par la droite et le rideau se lève.
Dans la nuit noire, le décor est féerique. Les fontaines de lave montent dans le ciel. L’éruption est presque adossée au Kapor qui semble frissonner à chaque pulsation venue des entrailles de la Terre comme impressionné lui-même par ce déchaînement de la nature dont il avait perdu le souvenir, s’étant lui-même endormi depuis cinq ans. Un demi-cône laisse échapper à gros bouillons une lave épaisse. Elle disparaît, avalée par la pente.
L’ascension dans les vapeurs délétères environnant le Kapor donne une vision d’ensemble. Les failles se succèdent accrochées à la pente. Seules les dernières éructent violemment. Les autres se contentent de laisser échapper par moment un flot visqueux qui se fige presque instantanément.
Au sommet du piton de Partage les spectateurs sont aux premières loges pour jouir du show. En mai dernier, le piton de la Fournaise avait joué à guichet fermé, limitant ses effets au Dolomieu. Cette fois, il renoue avec ses bonnes habitudes de 1998. Espérons simplement pour le public qu’il ne s’agira pas d’un simple feu de paille.
Alain Dupuis






Baisse de l’activité
Le niveau de l’activité a nettement baissé au cours de la journée d’hier, selon l’observatoire volcanologique qui a enregistré une baisse très sensible du trémor. Très visibles hier matin encore du parking pas de Bellecombe, les fontaines de lave ne l’étaient plus quelques heures plus tard. La longueur de la coulée, dont le débit était qualifié de “moyen”, coulée issue de la seule zone éruptive encore en activité hier soir, à proximité du piton Kapor) ne dépassait pas deux kilomètres (voir carte en pages centrales). Il ne semblait pas qu’elle puisse vraiment progresser, même s’il est toujours difficile de manifester des certitudes dans ce domaine.
Les scientifiques ont précisé hier la chronologie du déclenchement de l’éruption de vendredi, telle que partiellement décrite par des observateurs présents au pas de Bellecombe. La crise a débuté à 18 h 48, le magma jaillissant dans le cratère Bory (photo en pages centrales) à 21 h 20. Une seconde fissure s’est ouverte sur le flanc nord du cône terminal, à mi-pente, à 22 h 10, puis une troisième à 23 h 30, au-dessus du piton Kapor. Quant à savoir s’il s’agit d’une nouvelle éruption ou pas, la question peut être posée. Celle-ci s’inscrit en tout cas directement dans la continuité des quatre phases d’activité de mai et juin, qui avaient eu pour théatre le cratère Dolomieu.
L’accès à l’enclos reste interdit, indiquait la préfecture dans un communiqué publié hier soir. On en saura sans doute un peu plus demain lundi peut-on espérer. Un point de vue est possible du bord de l’enclos, au piton de Partage et, avec de très bonnes conditions météo, depuis la route nationale 2, au pied du volcan, sur la côte Est.
F.M.-A.