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ARTICLE DU 23/08/03
Revêtu plusieurs jours d’un épais manteau blanc au début de ce mois d’août, le piton de la Fournaise n’en a pas pour autant pris un coup de froid : hier soir, le volcan réunionnais s’est à nouveau réveillé et, contrairement aux mois de juin et juillet dernier, l’activité se situe sur le flanc nord du volcan, visible cette fois depuis le pas de Bellecombe. C’est du moins ce qu’ont pu observer les premiers visiteurs sur place.


Après la neige, le feu


La neige il y a trois semaines, le feu aujourd’hui… Depuis hier soir, le piton de la Fournaise est donc à nouveau en éruption. Très actif depuis “l’éruption du siècle” de mars 1998, il nous gratifie ainsi de deux à trois éruption chaque année. La dernière en date remonte au 30 mai dernier lorsque l’activité a débuté à l’intérieur du cratère Dolomieu. Mais cette fois, le spectacle est visible depuis le parking terminal de la route du volcan, c’est en tout cas ce que rapportaient les premiers visiteurs présents hier soir.
L’un d’entre eux joint par téléphone nous a tout d’abord décrit une coulée dévalant le flanc nord du cône terminal du volcan, partant d’environ mi-hauteur du sommet, a-t-il pu estimer malgré l’obscurité, et se dirigeant vers l’est en descendant vers le fond de l’enclos. “Il y a des fontaines de lave intermittentes et peu actives”, précisait-il en notant qu’au début une lueur était également visible au sommet, correspondant vraisemblablement à une activité dans le cratère Dolomieu. Puis vers 23 h 30, nouvel épisode : une fissure s’ouvre, toujours selon son estimation, dans le secteur du piton Kapor (éruption de mars 98). Elle est le mieux visible depuis le piton de Partage.

Un volcan toujours sous pression
L’accès à l’enclos du piton de la Fournaise a été interdit par la préfecture dès 20 h et l’ONF chargé de mettre en place les panneaux d’information usuels tandis que les responsables du gîte du volcan étaient informés de l’éruption.
Depuis la fin de l’éruption du 30 mai dernier (plusieurs phases successives cantonnées à l’intérieur du cratère sommital) qui s’est achevée le 7 juillet, le piton de la Fournaise était resté sous le régime de la préalerte tant les scientifiques de l’observatoire volcanologique envisageaient une reprise de l’activité. Le réseau de surveillance continuait en effet d’enregistrer entre 25 et 60 séismes par jour tandis que les inclinomètres comme les extensomètres indiquaient la poursuite de la mise en pression du massif, dépassant très largement les valeurs à partir desquelles les éruptions de ces dernières années avaient débuté. Dans ces conditions, l’éruption d’hier soir n’a pas vraiment de quoi étonner. Vers 19 h a débuté la crise sismique qui a débouché, vers 21 h 10, sur un trémor annonciateur de la sortie du magma à l’air libre, à l’intérieur comme sur les flanc externes du cratère Dolomieu.
Il faudra attendre la reconnaissance aérienne de ce matin, avec l’hélicoptère de la section aérienne de la gendarmerie mis à disposition de l’observatoire volcanologique, pour localiser avec précision fissures éruptives et coulées.


La dernière: le 30 mai


30 mai cratère (piton Kaf) : une éruption débute subitement, quasiment sans signes précurseurs, au sommet du volcan, dans la partie sud-ouest du cratère Dolomieu, à l’emplacement de l’effondrement qui s’était produit à la suite de l’éruption de novembre 2002. Des touristes en sont les seuls témoins. Elle s’achève au bout de trois heures. Plusieurs phases se succèdent ensuite, les 4 et 13 juin (d’une durée d’environ quarante-huit heures). L’immense cône qui s’est édifié, adossé à la paroi sud-ouest du cratère, est baptisé piton Kaf. Quatrième phase le 21 juin, cette dernière prenant fin officiellement le 7 juillet ; plus aucune activité de surface n’était cependant visible depuis les jours précédents. Plus de la moitié du fond du cratère a été recouvert de lave, sur une épaisseur estimée à une dizaine de mètres par endroit. L’observatoire volcanologique s’attend à des phases ultérieures. La préalerte reste maintenue par la préfecture.


Comment peut évoluer l’éruption ?


Valérie Ferrazzini, sismologue à l’observatoire, notait hier soir que la crise qui a précédé l’éruption a duré plus de deux heures, ce qui semble bien long pour une éruption au sommet du volcan, que le magma stocké superficiellement atteint rapidement, en moins de quelques dizaines de minutes généralement. Aussi, l’ouverture d’autres fissures plus tard dans la soirée sur les flancs du cratère s’explique-t-elle, le magma prenant plus de temps pour s’échapper horizontalement au cours de son ascension. Une incertitude existe sur la suite des événements : la vidange latérale et à plus basse altituide des poches de magma présentes sous le sommet, s’interroge la scientifique, ne risque-t-elle pas de fragiliser de manière décisive les soubassements du fond du cratère Dolomieu, déjà très sollicité lors des dernières éruptions et théâtre d’effondrements jusqu’alors d’ampleur limitée ?

François Martel-Asselin


DERNIÈRE HEURE
Hier soir, vers 0 h 30, plus aucune lueur n’était visible au-dessus du cratère Dolomieu . La fissure située à mi-pente du sommet avait cessé de fonctionner, l’activité semblant stabilisée au niveau de la fissure située au niveau du piton Kapor. La coulée n’était pas encore parvenue au niveau du Nez coupé de Sainte-Rose.