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ARTICLE DU 18/07/03
Entreprenant il y a quelques mois le tournage d’un film sur La Réunion, destiné au circuit des conférences “Connaissance du monde”, Guy Cousteix ne s’attendait pas à vivre d’aussi près une éruption du piton de la Fournaise. Au cœur du cratère Dolomieu, cet alpiniste de vocation, familier des terres glacées, a été conquis par l’embrasement de la terre.


Un nouvelle vision de l’île pour un film du circuit Connaissance du monde

L’homme s’est mis en tête d’apprivoiser la Réunion. Une marche d’approche inscrite dans un autre registre que celles qui l’ont conduit vers les villages haut perchés du Népal et du Tibet, sur la route des 8 000 mythiques de l’Himalaya. Notre île est devenue cette fois son nouveau camp de base. Sa découverte, en 1998, l’a fasciné. L’éruption du piton Kapor, c’était un signe sans doute.
Revenu en 2002 pour présenter “Tibet, Ladakh, Cachemire” dans le cadre du circuit des conférences filmées de “Connaissance du monde”, le cinéaste venu des montagnes glacées a senti un feu nouveau brûler en lui. A 52 ans, “je n’ai pas de temps à perdre”, lance au passage ce boulimique d’images, de la trempe des pionniers qui ont fait rêver des générations avant que le voyage ne devienne une mode. Entre-temps, il a troqué, non sans états d’âme, la fidèle caméra 16 mm des bourlingueurs contre la vidéo numérique, plus souple.
Guy Cousteix ne joue pas pour autant les oiseaux de passage. Il n’est pas venu assouvir une simple satisfaction de voir du pays. Le soutien non négligeable du Comité du tourisme de la Réunion dans son entreprise présente ne suffit pas non plus à expliquer ses séjours successifs dans notre île. La marche d’approche, règle des montagnards pour affronter l’altitude, a pris une signification particulière ici. Il tourne, sans caméra, cerne son sujet pour mieux s’en imprégner. C’était l’objet de son premier séjour il y a quelques mois, pour se laisser envahir d’images, comme son associé dans ce projet, Jérôme Delcourt. Ils se sont forgés leur Réunion à eux, en regardant vivre les hommes, en voyant se modifier les paysages au fil des saisons.
Si “Connaissance du monde” vous a fait monter une moue aux lèvres, reprenez-vous : un homme venu des cimes ne saurait trahir. D’ailleurs, il a fait appel à des Tim et autre Michel Payet, hommes de nos propres montagnes, pour s’y repérer plus aisément.

Quelle île demain ?

Quelle Réunion sortira de ces dizaines d’heures d’images déjà enregistrées ? “Nous allons choisir en novembre la direction que va prendre le film”, glisse Guy Cousteix, qui se refuse à asséner d’office une déjà vérité écrite, un parti pris. “Mais ce sera certainement un regard sur la Réunion actuelle, ce que les gens en ont fait… avec des questions sur le futur.”
Rencontré à de multiples reprises dans le cratère Dolomieu, sur le théâtre de l’éruption en cours, ce novice du feu — lui le familier de la glace — a tout découvert. La naissance de l’île volcan, une révélation, l’inspire au point de lui faire repousser son départ. L’idée de jouer avec le feu l’entraîne sur les pentes du piton de la Fournaise à toute heure du jour ou de la nuit, au gré des caprices de la météo, de la disponibilité des équipes de scientifiques au travail.
Le gîte d’Yves Picard, au pas de Bellecombe, est devenu son camp de base, le cratère Dolomieu son jardin. L’onde de chaleur dispensée par la lave lui brûle le visage et les jambes, même à travers le pantalon… Qu’importe : il tourne, la terre tremble sous ses pieds, au rythme des pulsations du volcan. L’alpiniste a découvert une montagne chaude et vivante, une Réunion en pleine ébullition. On a l’impression que cette image servira sa vision de l’île.

François Martel-Asselin