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ARTICLE DU 15/06/03
Durera, durera pas ? Aux éruptions au long cours, le piton de la Fournaise a préféré cette fois les salves d’honneur qu’il tire selon sa fantaisie comme pour mieux retenir l’attention. Trois manifestations toutes plus spectaculaires les unes que les autres, le volcan soigne son image
et n’a sans doute pas dit son dernier mot.

Troisième phase éruptive en cours

Un festival


Cela devient maintenant une habitude. Le volcan ne prévient plus. C’est aux hommes de s’adapter à ses humeurs. Depuis deux semaines, à trois reprises l’éruption a éclaté dans le Dolomieu et à chaque fois le Piton de la Fournaise a su renouveler le spectacle pour attirer l’attention.


L’éruption, confinée à l’intérieur du cratère Dolomieu, n’est pas visible depuis le pas de Bellecombe, ni depuis aucun des points de vue habituels du pourtour de l’enclos (piton de Bert, etc.). La route forestière du volcan est toujours en très mauvais état sur certains tronçons dans sa partie en terre (travaux prévus dans la semaine à venir). L’accès à l’enclos est toujours interdit au public.
Dans le ciel du pas de Bellecombe, en cette nuit de vendredi à samedi, la lune brille dans un ciel sans nuages piqueté d’étoiles. A la verticale du cône central s’élève un panache de fumée. Le froid est mordant. Dans la descente du pas de Bellecombe, les lampes frontales font scintiller de minuscules plaques de givre.
Traversée au pas de charge de l’enclos, histoire de se réchauffer et l’ascension débute en direction de la Soufrière. C’est ce parcours qu’emprunteront les visiteurs de la Fournaise si le préfet se décide à donner son feu vert (lire par ailleurs). Un itinéraire des plus classiques que tous ceux qui un jour ou l’autre ont fait le tour des cratères connaissent. Il est parfaitement balisé et l’éclairage dispensé par la lune est tel que l’on peut se passer de lampe. Le rempart du pas de Bellecombe et dans le lointain le piton des Neiges se dessinent en ombres chinoises au fur et à mesure que nous prenons de l’altitude.
L’éruption se rappelle à notre bon souvenir. Il y avait déjà le panache de fumée et voici que flotte dans l’air une odeur de soufre. Il se passe bel et bien quelque chose dans le Dolomieu.
La confirmation ne tarde pas à arriver. Le souffle court, nous abordons la Soufrière. En partant du sentier permettant de rejoindre le cratère Bory, les ouvriers de l’ONF ont balisé une bretelle aboutissant à une vaste plate-forme ouverte sur le Dolomieu.

Un point de vue exceptionnel
Le point de vue est exceptionnel. Adossé au rempart opposé, le demi-cône en feu a pris des dimensions impressionnantes. Les fontaines de lave rouge orangé s’élèvent bien au-dessus du rempart. Les coulées ont traversé tout le cratère pour venir mourir à nos pieds, dessinant des formes abstraites ou le noir se mêle au rouge.
L’éruption a très largement gagné en puissance depuis la première manifestation du 30 mai. Les pulsations de son cœur sont régulières et la lave s’échappe à gros bouillons par l’échancrure largement ouverte sur le cercle du Dolomieu.
Les premières lueurs de l’aube font étinceler les cheveux de Pélé tapissant le sol. Dans le Dolomieu, c’est un festival d’ombres et de lumières. A chaque instant, l’éruption change d’aspect au fur et à mesure que le soleil escalade le ciel.
Et c’est parti pour un tour des cratères afin d’aller y voir de plus près. Dans le Dolomieu, les trois éruptions successives ont bâti des défenses autour du cône. Son approche est désormais délicate. Le sol est tapissé de laves tout juste refroidies qui mettent à mal les semelles. A l’odeur du soufre se mêle celle du caoutchouc fumant.
Impression de pénétrer dans la forge de Vulcain. Le sol tremble un peu, par vagues. La chaleur est intense. Vu du sommet du rempart à l’aplomb de l’éruption, le spectacle est dantesque. Chaque fontaine de lave envoie dans le ciel une pluie de projectiles dont les plus fins, transportés par le vent jusqu’à plus de cent mètres de là, viennent s’accrocher — déjà refroidis heureusement ! — aux vêtements.
Décidément, le Piton de la Fournaise ne fait pas les choses à moitié. Va-t-il s’en tenir là ? Les paris sont ouverts mais de toute façon, il ne nous décevra pas.


Le volcan réclame son public


30 mai, 4 juin, 13 juin le Piton de la Fournaise en est à sa troisième manifestation en deux semaines et s’étonne de voir le public bouder ses éruptions. Lui qui par le passé a déplacé des foules enthousiastes joue aujourd’hui à guichet (presque) fermé pour le plaisir de quelques privilégiés dûment autorisés, ou qui “volent le chemin”, et pour les scientifiques de l’observatoire qui analysent ses humeurs.
Perdu sur ses hauteurs, le volcan ne sait pas que le précieux sésame ouvrant sa porte est entre les mains du préfet. Ce dernier ne se décide pas à laisser le grand public accéder au spectacle alors même que l’observatoire ne semble pas voir de contre-indications particulières.
Sur le terrain, l’ONF a balisé, dès vendredi il y a dix jours, un parcours permettant d’accéder à une vaste plate-forme à proximité de la Soufrière d’où le point de vue est imprenable sur l’éruption en cours. Alors, monsieur le préfet, un bon geste, ouvrez, ouvrez la porte de l’enclos !

Alain Dupuis ( adupuis@jir. fr )










Lé mobile !
Joyeux, ils arboraient short et T-shirt, malgré la fraîcheur hivernale. Pensez donc, une journée de détente comme celle-là, ça se déguste. Fonctionnaires de l’État, venus de Versailles (Yvelines) dans le cadre d’une mission de soutien au bon déroulement des épreuves du baccalauréat, ces quelques dizaines de jeunes gens tout à leur mission de service public étaient venus incognito au pas de Bellecombe hier matin. Ils ont manifestement apprécié leur visite au volcan. Une excursion marquant le terme d’un trop bref séjour sous nos cieux, que chacun des habitants de notre île a en quelque sorte contribué à leur offrir, conformément au sens de l’accueil qu’on leur connaît. Et contrairement à des médisances entendues ici et là, les casques, masques à gaz, boucliers, dont certains affirment qu’ils étaient équipés durant leur séjour, faisaient bien partie de leur dotation destinée à leur permettre de se rendre sur les sites éruptifs, particulièrement actifs ces derniers temps, même si une certaine stabilisation est observée depuis quelques jours. Le sens du service de l’État ne dispense pas d’une nécessaire prudence.
F.M. -A.