ARTICLE DU 14/06/03
Depuis hier matin, 3 h 08, le piton de la Fournaise est donc à nouveau en éruption. Pas une nouvelle éruption à proprement parler mais une nouvelle phase éruptive comme préfèrent la considérer les scientifiques de l’observatoire volcanologique.
Et de trois dans le Dolomieu !

“L’éruption a repris exactement au même endroit que lors des deux premières phases des 30 mai et 4 juin, souligne Thomas Staudacher, directeur de l’observatoire. C’est le même cône qui est à nouveau actif, alimenté par la même cheminée.”
Des prélèvements ont été effectués dès hier matin, une équipe de l’observatoire ayant de toute façon prévu différentes opérations liées à l’entretien du réseau de surveillance, notamment dans la région du sommet. Ses membres décrivent des fontaines de lave atteignant parfois le bord du rempart du cratère Dolomieu, à plusieurs de 50 mètres de hauteur, plus actives que la semaine dernière.
Il faut dire qu’hier matin, à 3 h, “en sept minutes de temps, le trémor est monté à son maximum et à un niveau plus élevé que l’autre jour”, confirme Thomas Staudacher qui déclarait en fin d’après-midi : “Le trémor est stable depuis 4 heures du matin après un pic dans la première heure”, preuve de la bonne santé de l’éruption. Les coulées, dans un premier temps, avaient commencé à recouvrir les précédentes. L’activité visible de la phase du 4 juin avait pris fin dès samedi dernier, et l’observatoire avait enregistré un trémor jusqu’à dimanche matin, puis silence total. Mais dès mardi, une reprise de la sismicité était enregistrée, 71 événements au total. Avant un premier déclin mercredi puis un retour à une sismicité très faible jeudi, ce fameux calme qui précède la tempête, comme on se plaît parfois à le dire (notre édition d’hier).
Reste désormais à espérer une rapide réouverture de l’enclos pour que le public que l’on devine frustré puisse à son tour découvrir le spectacle.
Les alarmes de l’observatoire n’ont pas réagi
La reprise de l’activité, hier matin, est quasiment passée inaperçue, avoue-t-on à l’observatoire. Non pas que la vigilance soit retombée après la pseudo-fin de l’éruption, dimanche dernier, bien au contraire, mais tout simplement parce que le magma est sorti “silencieusement” selon l’expression même de ceux qui sont chargés de le surveiller.
Contrairement au 30 mai où une crise sismique d’ailleurs très brève (une vingtaine de minutes) avait précédé la première phase de cette éruption à rebondissements, aucun séisme n’a cette fois été enregistré ! Le magma — mélange de roches fondues saturé en gaz qui provoquent son ascension en se décomprimant -, vraisemblablement stocké à faible profondeur de surcroît, a progressé sans difficulté et rapidement dans le sous-sol déjà très fracturé du cône terminal du volcan, véritablement miné et fragilisé par des milliers d’éruptions. D’où le “silence” qui a précédé sa sortie. Ce magma n’a en effet rencontré nulle couche rocheuse capable d’opposer une véritable résistance comme ailleurs dans l’enclos. Or c’est le passage en force du magma qui génère habituellement les séismes. Les alarmes de l’observatoire volcanologique, prévues pour réagir à ces signaux, n’ont donc pas retenti… Un telle situation a déjà été observée, mais en temps d’éruption. Ce que les scientifiques désignent comme le “bruit de fond” dû au trémor de l’éruption en cours peut en effet masquer d’autres signaux. Pas plus tard qu’en janvier 2002, alors qu’une première phase d’activité s’achevait au Nez coupé de Sainte-Rose, une seconde phase éruptive débutait dans la plaine des Osmondes. Le magma avait migré très discrètement vers le bord de l’enclos. En août 1998, durant l’éruption du piton Kapor, le magma était sorti hors enclos, très loin dans les hauts du village de Bois-Blanc, avant que la source ne se tarisse, heureusement. Le 19 mars1986 encore, après une brève phase éruptive dans l’enclos, vers le Nez coupé du Tremblet, la lave avait jailli la nuit suivante dans les hauts du village du Tremblet, coupant la route nationale 2 douze heures plus tard ! Reste donc à mettre au point d’autres systèmes de détection des mouvements de magma !
F.M.-A.



Invisible
L’éruption, confinée à l’intérieur du cratère Dolomieu, n’est pas visible depuis le pas de Bellecombe, ni depuis aucun des points de vue habituels du pourtour de l’enclos. L’accès à l’enclos est toujours interdit au public.
Privilégié
Le photographe Serge Gélabert est sans doute l’un des tout premiers témoins de la reprise de l’éruption : il se trouvait hier matin, avant le lever du jour, dans les hauts de Piton Sainte-Rose, se préparant à photographier les champs de canne carressés par le soleil levant, lorsque dans la nuit il a aperçu une lueur rouge au-dessus du sommet du volcan. Un signe qui n’a pas trompé cet habitué du piton de la Fournaise.
Il y a des contretemps plus désagréables, non ?