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ARTICLE DU 06/06/03
Quelques heures d’activité seulement vendredi puis une seconde phase éruptive qui semble devoir s’installer dans la durée depuis mercredi après-midi : le piton de la Fournaise soigne ses effets. Les nouvelles coulées au cœur du Dolomieu sont parties d’un demi-cratère adossé au rempart, ce qui permet de plonger son regard au cœur de l’activité volcanique. Un spectacle que vous devriez pouvoir contempler cette fois, l’interdiction d’accès à l’enclos semblant près d’être levée.
Reportage au cœur du volcan


Au-dessus de Sainte-Suzanne, le panache de fumée coloré de rouge monte dans un ciel étoilé. Nul doute, “volcan la pété” et contrairement à l’éruption de vendredi dernier, le piton de la Fournaise ne semble pas cette fois vouloir jouer pour un petit cercle de privilégiés. En pointillés sur la route des Plaines puis sur la piste forestière conduisant au pas de Bellecombe, notre volcan soigne son image de marque.
Pas un chat sur le belvédère qui regarde vers le cratère principal. Comme vendredi de la semaine dernière, le spectacle se déroule tout entier dans le cratère Dolomieu, au sommet. Seul l’épais panache de fumée trahit une activité que l’on devine intense.
Fidèle depuis des décennies aux scénarios du piton de la Fournaise, Alain Gérente et deux de ses fidèles compagnons passent en revue à la lueur de la frontale dans la nuit froide le matériel de prise de vue, caméra, appareils photos, pied qu’il va falloir transporter à dos d’homme jusqu’au sommet du cratère Bory. La météo est de notre côté. Il fait froid mais le ciel est clément. Jusqu’au bout, le piton de la Fournaise ménage le suspense. Il n’entrera en scène cette nuit que pour ceux qui auront fait l’effort de gravir à pied ses flancs.
Ils ne sont qu’une poignée à se retrouver en lisière ouest du cratère principal. Les éruptions au cœur du Dolomieu ne sont pas exceptionnelles mais cette fois, le cône se construit de manière originale.

Un froid mordant à 2 500 m d’altitude

Venue des profondeurs de la Terre, la lave a jailli à quelques encablures du bord du rempart. Les projections qui s’élèvent haut dans le ciel n’ont pu bâtir qu’un demi cône accroché à la pente et largement ouvert sur le Dolomieu. Des fleuves de feu se répandent dans le cratère principal, dessinant des méandres couleur d’or tranchant sur le noir absolu enveloppant le reste de l’immense cratère. Il est rarissime de pouvoir plonger son regard au plus profond de l’intimité d’une activité volcanique sans courir de graves risques, tout au moins dans les premiers moments d’une éruption. L’occasion nous en est donnée, instants uniques. En dépit du froid mordant, on reste d’abord cloué sur place puis l’on parcourt le rempart de long en large afin de multiplier les points de vue.
Seul cinéaste présent en cette première nuit après la reprise de l’activité, Alain Gérente s’en donne à cœur joie. Il engrange des images.
Les premières lueurs de l’aube ne parviennent pas à rompre le charme. Le soleil émerge d’une mer de nuages. Le tableau change par petites touches. Les projections prennent les couleurs du sang. Sur les coulées qui continuent à s’étaler, prisonnières du Dolomieu, le rouge se dissimule sous une croûte noire. Par moments, le cœur de l’éruption bat plus fort et la lave s’échappe du lit principal. Elle ne va pas bien loin, bâtissant des sculptures aux rondeurs provocantes.
Jusqu’à samedi, le spectacle au cœur du Dolomieu n’aura que peu de spectateurs. Si au cours du prochain week-end, l’enclos est rouvert et que marcher ne vous fait pas peur, n’hésitez pas. Vos efforts seront largement récompensés.


• L’accès à l’enclos reste pour l’instant interdit au public.

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Les visiteurs du matin
La nuit, le Dolomieu joue à guichet fermé. Tout change au petit matin. C’est d’abord le ciel qui est occupé. Le Fennec de l’Armée de l’air très matinal ouvre le bal. Suivent les avions d’aéro-clubs, les ULM. A ce petit jeu, les hélicoptères ont l’avantage. Ils peuvent descendre à basse altitude dans le cratère principal.
En aval de l’éruption, un cône éteint constitue un point d’observation privilégié que les laves figées cernent déjà sur deux côtés.
Il ne tarde pas à être occupé. Les habitués que l’on retrouve sur toutes les éruptions, les photographes Serge Gélabert, Richard Bouhet tombent des airs. Serge Leplège, lui, s’est distingué. Il est venu à pied. L’éruption est mitraillée et filmée sous tous les angles.
Dans la foulée, voici l’équipe de l’observatoire conduite par son directeur Thomas Staudacher. Comme à chaque manifestation du volcan, ils viennent prélever des échantillons qui permettront de connaître la composition de la lave. L’opération est délicate. Les températures sont considérables, de l’ordre de 1 150°. Pour s’approcher du fleuve de lave, Thomas Staudacher et Nicolas Villeneuve, de la faculté de géographie de l’université de la Réunion, enfilent une combinaison isolante destinée à les protéger de la chaleur. Armés d’une longue perche au bout de laquelle se trouve une minuscule pelle, ils s’approchent avec des ruses de sioux de la roche en fusion qui ne se laisse pas facilement prélever. Après cette attention de tous les instants dont il a été l’objet au lendemain de sa première journée d’activité, le Dolomieu devrait maintenant retrouver une certaine tranquillité en attendant le rush éventuel du prochain week-end.

Alain Dupuis adupuis@jir. fr Photos René Laï-YU & F.M.-A.









• activité stabilisée
L’activité qui a repris mercredi midi dans le cratère Dolomieu se maintenait hier presque au même niveau que la veille. Le trémor associé à l’éruption était stable et ne montrait aucun signe de diminution. Un cône complètement ouvert, adossé à la paroi sud-ouest du cratère Dolomieu, en direction de la Soufrière, s’est édifié. En jaillissaient hier des fontaines de lave permanentes “d’une bonne quinzaine de hauteur” selon une estimation de l’observatoire volcanologique. Le débit des laves était stable, “plus faible que lors des dernières éruptions en dehors du cratère mais tout de même significatif”. La nouvelle coulée s’est étendue en direction du Nord, à l’intérieur de cratère Dolomieu, sur environ 500 m de long et 300 m de large. Elle semblait commencer à se diriger vers l’est du cratère en suivant la légère pente du plancher de ce dernier.