Le cratère Dolomieu à nouveau en feu

Il avait fait des déçus, le piton de la Fournaise, vendredi dernier, en éteignant ses feux au bout de trois heures d’activité seulement. Une éruption d’une brièveté exceptionnelle d’ailleurs. Mais après quelques jours de fausse quiétude, l’observatoire volcanologique a enregistré de nouveaux signes de fébrilité, dès lundi. Et hier, à 11 h 20, la lave s’est à nouveau mise à couler dans le plus vaste des deux cratères sommitaux. “Nous avons constaté une poussée du trémor dans la soirée de mardi, indique Thomas Staudacher, directeur de l’observatoire, puis cela s’est calmé dans la nuit. Et à 11 h 20, il y a eu une augmentation brutale.”
Les conditions météorologiques interdisant tout survol, une équipe de l’observatoire, dans laquelle figuraient trois étudiants de spécialités diverses actuellement en stage à La Réunion, a entrepris l’ascension du sommet pour en avoir le cœur net : “En arrivant sur le cratère Bory, le sommet du volcan, rien n’était audible puis nous avons entendu des vrombissements, des bruits de cascade, commentait hier soir l’un d’eux, avant de découvrir l’éruption de nos yeux en contournant peu à peu le sommet. Malgré le panache de vapeur et les gaz, nous avons pu voir des torrents de lave, des fontaines sortant du même point que la semaine dernière.” L’éruption avait pour théâtre, vendredi dernier déjà, la partie sud-ouest du cratère, qui mesure environ 900 m sur 700 m dans ses plus grandes dimensions. “Sauf que la lave, poursuit un autre membre de l’expédition, semble s’étaler cette fois sur une surface beaucoup plus importante, en direction de la paroi Est du cratère”.
Le niveau de l’activité semblait rester stable hier soir, mieux établi que vendredi dernier. Par ailleurs, des lapilli — des projections d’un diamètre estimé entre 5 mm et 1 cm — retombaient hier jusque sur les pourtours du cratère Dolomieu, à plusieurs dizaines de mètres de hauteur au-dessus du site éruptif, ce qui donne une idée du spectacle.
La reprise d’activité d’hier, qui ne constitue pas en soi une “nouvelle” éruption, a pour théâtre une zone du sommet affectée par un effondrement à la fin de l’éruption du mois de novembre dernier qui se situerait, selon certaines hypothèses, à l’aplomb d’un réservoir de magma situé au-dessus du niveau de la mer et qui serait à l’origine des différentes éruptions qui se sont succédé depuis le début de l’année 2000.
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Invisible du pas de Bellecombe
L’éruption, comme vendredi dernier, est invisible tout aussi bien du pas de Bellecombe que des autres points d’observation habituels en bordure de l’enclos (piton de Bert, les deux Nez coupé) … et à plus forte raison de la route nationale 2, sur la côte Est. Elle est en effet cantonnée à l’intérieur du cratère Dolomieu, à près de 2 500 m d’altitude, dont les hauts remparts dissimulent la totalité du spectacle. Tout au plus pourrait-on espérer des reflets dans la couche nuageuse.
L’accès à l’enclos restant interdit sur décision préfectorale, le survol réservé aux privilégiés reste le seul moyen de profiter du volcan actuellement…
L’éruption de vendredi dernier, à l’intérieur du plus vaste des deux cratères du volcan : l’activité a repris hier au même endroit exactement (photo Jean-Christophe Grapperon).
François Martel-Asselin
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