ARTICLE DU 31/05/03
Après des premiers signes de réveil donnés fin mars, le volcan s’était fait un peu oublier. Son coup d’éclat d’hier, qui a vu la lave jaillir du cratère Dolomieu, n’est peut-être qu’une simple conséquence de l’éruption du mois de novembre 2002 : le sommet du piton de la Fournaise, alors fortement chahuté, se serait livré hier à une sorte d’opération de nettoyage. Va-t-il en rester là ?
Un feu d’artifice de trois heures

L’observatoire volcanologique avait noté au mois de mars un réveil du volcan qui, après le silence consécutif à l’éruption de novembre dernier, s’ébrouait. Les données enregistrées par le réseau de surveillance n’avaient pas de quoi susciter une quelconque fébrilité lorsque, dans la nuit de jeudi à hier, un séisme d’une trentaine de secondes a secoué le massif du piton de la Fournaise. La matinée d’hier s’écoulait, accompagnée de quelques séismes beaucoup plus faibles, comme il s’en produit en temps normal, lorsque, à 11 h 37, a débuté la crise sismique qui allait déboucher sur l’éruption. Le trémor, signal caractéristique témoin de la sortie du magma à l’air libre, est apparu à 11 h 55 sur les enregistrements de l’observatoire, sans que les scientifiques notent de déformations très significatives, et après quelques minutes de “silence” sismique à la fin de cette courte crise au cours de laquelle seulement 34 événements ont été dénombrés en 17 minutes.
Cheveux de Pélé au sommet
L’équipe aussitôt partie à pied sur le terrain, par un temps relativement bouché, a rencontré des marcheurs rentrant vers le pas de Bellecombe, qui avaient assisté aux premiers instants de l’éruption. L’hélicoptère de la gendarmerie, envoyé pour rapatrier d’éventuels randonneurs en difficultés, n’a pour sa part pu ramener que de maigres informations en raison de la couche nuageuse.
À leur arrivée au sommet du volcan, c’était trop tard pour les scientifiques ! Vers 14 h 15, plus aucune projection n’était visible, ils ont dû se contenter de prélèvements sur les coulées encore fluides qui avaient envahi une aire d’environ 400 m sur 250, dans la partie sud-ouest du cratère Dolomieu. Thomas Staudacher, responsable de l’observatoire, expliquait hier soir à leur retour : “L’éruption s’est produite à l’emplacement exact de l’éruption de septembre 1999, d’ailleurs affecté par un affaissement à la fin de l’éruption de novembre 2002. On peut penser que la voute subsistant et qui pesait sur une poche de magma résiduelle a fini par exercer une pression suffisante et finalement s’effondrer pour que ce magma jaillisse”. Les scientifiques ont trouvé sur le chemin du sommet de nombreux cheveux de Pélé manifestement récents car “frais”, qui témoignent d’un fort dégazage. Si des projections, jusqu’à une cinquantaine de mètres de hauteur, ont été observées par les témoins de l’événement, le magma est néanmoins sorti “relativement tranquillement”, recouvrant environ un sixième du fond du Dolomieu sur une épaisseur ne dépassant pas trois mètres.
Selon l’observatoire, la “mort clinique” de l’éruption serait intervenue vers 15 h 15, ce qui en ferait la plus courte connue de ces dernières décennies. Reste à savoir si le piton de la Fournaise va en rester là, car l’événement d’hier ne semble être qu’une simple péripétie. Et comme notre volcan nous a toujours habitués à beaucoup de surprises…
Veinards aux premières loges
Jean-Christophe Grapperon, pour l’agence Wikinger, accompagne un groupe de onze touristes allemands à travers l’île jusqu’à mardi. Sur le chemin du sommet du piton de la Fournaise, ils ont croisé hier, vers midi, alors que le ciel était relativement dégagé, des marcheurs leur annonçant que le volcan venait d’entrer en éruption… Un peu plus tard, commençant à contourner les cratères, “certains étaient un peu affolés” mais sans plus relativise-t-il. “Au total, nous n’étions pas vingt sur le volcan. Nous avons pique-niqué en regardant le spectacle”, commente-t-il, persuadé d’avoir vécu avec son groupe des moments exceptionnels. “La coulée devenait de plus en plus rouge”. Prudents tout de même, ils sont alors revenus sur leurs pas, sans faire le tour complet des cratères. Hier soir, au gîte du volcan, l’ambiance montait après une journée comme celle-là dont beaucoup rêveraient !
Les éruptions éclairs: pas si rares
Les éruptions très brèves ne sont pas rares dans l’histoire du piton de la Fournaise. On peut en juger en jetant un coup d’œil à celles de ces vingt dernières années. Celle d’hier peut donc tout simplement frapper parce qu’on en avait perdu l’habitude.
Il faut remonter au 18 janvier 1990 pour trouver trace d’une éruption de 17 heures, mais précédée de plusieurs jours d’activité sismique relativement soutenue, dans le cratère Dolomieu.
L’année 1987 reste dans les annales de la Fournaise : pas moins de cinq éruptions ou phases éruptives notables se produisent cette année-là. Deux d’entres elles durent 32 et 35 heures.
L’année 1986 est elle aussi riche en événements : six éruptions. À leur nombre, le 18 mars 1986, la lave coule durant huit heures à proximité du Nez coupé du Tremblet. Débute le lendemain l’éruption hors enclos de Saint-Philippe, qui aboutit à la formation d’un pit crater (effondrement gigantesque) à l’intérieur du cratère Dolomieu, lui-même le théâtre d’une phase éruptive de 6 heures, le 13 juillet 1986, mettant en jeu une poche de magma résiduelle. Le 26 novembre 1986, une fissure s’ouvre à 200 m sous le bord est du Dolomieu et fonctionne pendant environ 30 heures.
En 1985, deux éruptions durent 24 et 28 heures.
En 1979, deux éruptions durent également 20 et 17 heures environ.
L’accès à l’enclos du volcan est interdit par arrêté préfectoral. Un poste de gendarmerie est présent au pas de Bellecombe.
François Martel-Asselin
Onzième éruption en 5 ans
Depuis “l’éruption du siècle” de 1998, d’une durée de plus de six mois, les éruptions du piton de la Fournaise se succèdent au rythme de deux voire trois chaque année. Celle d’hier est la onzième en un peu plus de cinq ans. Voici celles de ces dernières années.
en 2001
- 27 mars (piton Tourkal) : première éruption du troisième millénaire, elle prend fin au bout d’une semaine.
- 11 juin (piton Madoré) : quatrième éruption successive sur le flanc sud-est, à 1800 m d’altitude. Deux coulées parviennent à la route nationale 2, qu’elles coupent sans atteindre la mer, les 6 et 7 juillet, jour où l’éruption cesse brutalement.
en 2002
- 5 janvier : éruption au pied du Nez coupé de Sainte-Rose, à 1850 m d’altitude. Nouvelle phase éruptive débute au pied du rempart de Bois-Blanc, dans la plaine des Osmondes, à 1050 m d’altitude. Le 14, une coulée coupe la RN 2 au niveau du site de la Vierge au Parasol et se jette à la mer. Le 16, l’éruption prend fin brutalement. L’île s’est agrandie de 2,5 hectares.
- 16 novembre : pour la seconde fois de l’année, les coulées atteignent l’océan, deux semaines après le début de l’éruption qui débute sur le flanc Est du volcan. Le piton Guanyin, à 1600 m d’altitude, rend son dernier souffle le 3 décembre au petit matin alors que la veille un autre bras de coulée s’est jeté à la mer. La RN 2 est coupée sur 500 m de longueur.
2003
- 30 mai : brève éruption dans le cratère Dolomieu.
Le n° 1 d’Éruption est paru
Le Journal de l’île vous avait annoncé, il y a quelques mois, la sortie d’un nouveau magazine consacré aux volcans. C’est chose faite : sous la direction de Frédéric Lécuyer, une équipe de scientifiques et de passionnés de volcan vient de donner naissance au premier numéro de la revue Éruption, objectif volcans. Sur 50 pages tout en couleur, avec priorité à l’image, ils nous entraînent notamment à la découverte des volcans des îles Éoliennes (Sicile), d’Hawaii, sur les pas du photographe Philippe Bourseiller, spécialiste des volcans. Quatre thèmes, Destination, Histoire, Reflets, Savoir, guident la démarche des auteurs, animés par une volonté pédagogique. L’actualité volcanique à travers le monde, présentée de manière très synthétique à l’aide d’un planisphère, témoigne d’une activité souvent sous-estimée par le grand public : pas moins de trente-deux volcans se sont rappelés à notre bon souvenir au premier trimestre 2003 !
Abonnements : Éruption, éditions du Piat, 27 route du Cendre, 43120 Monistrol. E-mail : eruptions@pyros-volcan.com (4 numéros par an : 35 euros pour les Dom)