ARTICLE DU 20/12/02
La préfecture a pris hier soir une mesure tout à fait exceptionnelle en interdisant totalement l’accès non seulement à l’enclos mais à toute la zone s’étendant de la Plaine des Sables au Pas de Bellecombe. L’observatoire volcanologique privilégie l’hypothèse d’un effondrement brutal dans le Dolomieu au sommet du Piton de la Fournaise dans la foulée d’une explosion qui projetterait des roches sur plusieurs kilomètres et donc au-delà de l’enclos.
Les projections pourraient retomber au-delà de l’enclos

En 1998, lors de l’éruption du piton Kapor, la circulation avait été interdite aux véhicules particuliers depuis Bourg-Murat jusqu’au Pas de Bellecombe. A l’époque, il s’agissait pour la préfecture de maîtriser les gigantesques embouteillages provoqués par l’éruption du siècle. Cette fois, il en va tout autrement. La décision de stopper les véhicules au Pas des Sables juste avant la succession de virages descendant dans la Plaine des Sables est motivée par le risque d’une explosion de forte ampleur dans le Dolomieu au sommet du Piton de la Fournaise.
Outre le Pas de Bellecombe sont fermés les sentiers de randonnée longeant l’enclos : Nez Coupé de Sainte-Rose à l’est, Nez Coupé du Tremblet à l’ouest et bien entendu tous les itinéraires traversant la Plaine-des-Sables. Également interdits les survols et posés d’hélicoptère dans l’enclos.
Dans la soirée, les services de l’ONF s’activaient à mettre en place une signalisation et à installer un barrage sur la chaussée. La gendarmerie prévoyait des patrouilles afin de faire respecter le périmètre interdit. “Nous attendions hier une trentaine de clients, indiquait hier soir un des fils Picard au gîte du volcan. Une vingtaine est arrivée. Dix sont bloqués au Pas des Sables”. Ceux qui ont pu passer ont été autorisés à passer la nuit au gîte.
Ce dispositif tout à fait exceptionnel trouve sa justification dans une sismicité très importante enregistrée par les appareils de mesures de l’observatoire volcanologique sous le sommet du Piton de la Fournaise. 1 200 séismes dont plus d’une douzaine d’une magnitude supérieure à 2, ont été dénombrés mercredi et jeudi. Pour les scientifiques la possibilité d’un effondrement dans le Dolomieu devient de plus en plus probable. L’observatoire privilégie l’hypothèse d’un effondrement brutal à la suite d’une explosion phréatique. Cette explosion pourrait entraîner la projection de roches sur plusieurs kilomètres et donc assez largement au-delà du périmétre de l’enclos. Par le passé de telles explosions se sont déjà produites (voir par ailleurs).
Cela fait maintenant plusieurs semaines que les volcanologues s’attendent à un épisode de cette nature. Le 1er décembre, alors que le piton Guanyin s’épanche toujours, l’observatoire est confrontée à une crise sismique comme elle n’en avait pas connue depuis sa création. Les rebondissements se sont multipliés, certains séismes ont dépassé la magnitude 3. Pour les volcanologues on pourrait assister à la répétition de l’événement de 1986 (voir par ailleurs). A quelle échéance, et avec quelle puissance ? Difficile de le savoir. Compte-tenu des risques, les scientifiques eux-mêmes ne se risquent plus au sommet du Piton de la Fournaise. Ils guettent 24 h sur 24 h sur leurs appareils les prémices de l’explosion sachant que le préavis pourrait être très court.
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DES PRÉCÉDENTS EN 1986 ET EN 1860
Lors de l’épisode final de l’éruption de 1986, il se produit un effondrement dans le cratère Dolomieu. Il est consécutif à une vidange du magma par des évents éruptifs situés à basse altitude. Cet effondrement se produit au niveau des zones de stockage du magma à un kilomètre environ sous le sommet. Ce magma remonte progressivement vers la surface. A ce moment, l’eau stockée relativement haut dans l’édifice dans les nappes phréatiques arrive au contact des zones chaudes plus basses. Sa vaporisation entraîne une surpression qui perturbe l’équilibre du système et finalement une véritable explosion, ce qu’on appelle une éruption phréatique. Celle de mars 1986 a laissé dans le fond du cratère Dolomieu un trou parfaitement circulaire de 150 m de diamètre pour 80 m de profondeur comblé par les éruptions suivantes de la fin 1986 et de 1987 à l’intérieur du Dolomieu. L’événement a été accompagné de la projection de cendres et de blocs rocheux sur 1 km2.
Le 19 mars 1860, à 20 h 30, un épisode semblable s’était produit. Des retombées de cendres sont observées à 30 km au nord-est et au sud-est du sommet du volcan, de Saint-Philippe à Saint-Benoît, jusque sur le pont de bateaux croisant au large. Des blocs sont projetés jusque dans les hauts du village de Bois-Blanc selon les témoignages de l’époque.
Alain Dupuis
