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ARTICLE DU 20/12/02
Personne n’avait encore osé s’y aventurer. Après s’être baigné à quelques mètres seulement de la lave, un petit groupe de plongeurs est retourné cette semaine sur la dernière coulée pour en ramener des images inédites. 15 jours seulement après la fin de l’éruption, l’imposant couloir de roches est incroyablement riche de vie.

15 jours après l'éruption de la Fournaise

Ils ont plongé sous la lave


“Elle est grosse”. Enorme même par rapport à celle de janvier 2002. Des tonnes de roches volcaniques posées au fond de l’océan, un amas caillouteux encore instable. Dangereux. Ne s’aventure pas qui veut dans ce désert minéral. Le jour même de l’éruption, Jean Alemany et quelques privilégiés ont approché la lave dégoulinante. Par la mer. A deux kilomètres au nord, l’eau était encore trop chaude pour pouvoir y “tremper une main”. Alors ils ont pris l’option sud. Trouvé une veine de courant froid. Et sont arrivés au plus près. “A 50 mètres, quelque chose comme ça”. Là, impossible de voir sous l’eau à plus de 5 centimètres. “C’était complètement noir, chargé de cendres”.

“DES CHOSES SURPRENANTES”

A la surface, flottaient “des dizaines” de petit poissons, “le ventre en l’air”, ébouillantés par la chaleur. Et puis il y avait ce bruit “incroyable”, “comme une avalanche sous l’eau”. Faire trempette à quelques mètres d’un flot de lave en fusion, ça ne se raconte pas. “Ce sont des impressions… comment dire… c’était bien quoi”.
Mercredi, le fondateur des deux clubs de plongée de Sainte-Rose est retourné sur les lieux du spectacle. Entre temps, la Fournaise était rentrée dans sa tanière, l’eau avait repris une température de saison, un peu “laiteuse” au début, “claire” dans le fond. Cinq plongeurs, 40 minutes de plongée, 65 mètres de profondeur. Un espace vierge, lunaire, jamais exploré, “forcément on est content”.
Content parce que déjà, “le seul fait d’aller au Grand Brûlé en bateau c’est exceptionnel. C’est beau, il n’y a rien, pas une maison, c’est vert, les anciennes coulées recouvertes de fumerolles ressemblent à des pistes de ski”. Content parce qu’ils ont vu sous l’eau “des choses surprenantes”.
Une branche d’arbre calcinée encore prisonnière de la lave, des crevettes nettoyeuses nichées entre les grattons, une multitude de petits poissons, un morceau de corail dressé à la limite de la coulée, des tapis d’algues vertes, du minéral. “Partout”. Et puis aussi “cette sensation de ne pas savoir où ça s’arrête”. Content parce que finalement “qu’est-ce que recherchent les plongeurs ? Des sensations”. Et que ce jour-là, la palanquée a été servie.

RETOUR À LA CASE

Plongeur expérimenté, instructeur régional et responsable technique du club Sub’Est de Sainte-Rose, Jean Alemany a beau avoir de la bouteille, il évoque cette plongée avec des bulles de plaisir dans les yeux. Et parle d’un “spectacle grandiose”. Unique. Celui “de la vie qui reprend”. 15 jours après la fin de l’éruption, ce qu’on imagine être un simple tas de cailloux est en fait déjà en train d’être colonisé. Etonnant ? Jean-Pascal Quod, directeur de l’Arvam (Agence pour la recherche et la valorisation marines) dirait plutôt “normal”.
Chassés de leur habitat par l’éruption, les poissons, les crabes et les crevettes reviennent tout simplement à la maison. Normal. La question que se pose le scientifique est plutôt de savoir par quel moyen ces animaux se nourrissent et comment tout cela s’organise.
“Ce n’est pas n’importe qui, qui s’installe sur le substrat, commente Jean-Pascal Quod. Il y a une logique dans tout cela”. Le problème, c’est qu’à la Réunion, on ne connaît pas grand chose sur la formation des récifs coraliens.
D’où l’idée d’aller étudier d’un peu plus près ce qui se trame la dessous. “Pour l’instant, on est en train de constituer un fond de documentation. C’est un travail de longue haleine”, précise le responsable. En attendant, l’énorme tas de cailloux reprend vie. Comme au début de l’histoire.

Jean-Benoît Beven Bunford