ARTICLE DU 06/12/02
L’effondrement au sommet du volcan que laissait présager l’intense sismicité enregistrée depuis vendredi s’est peut-être déjà produit, dans la nuit de samedi à dimanche, estiment certains scientifiques. Mais le mauvais temps a empêché toute reconnaissance, hier encore.
Et si l’effondrement au sommet du volcan s’était déjà produit?
Tandis que dans la nuit de samedi à dimanche la lave traversait la route nationale et poursuivait son chemin vers la mer, une sismicité intense secouait le massif du piton de la Fournaise.
Quelques heures plus tard, par crainte d’un phénomène d’effondrement subit affectant son sommet et entraînant la projection de blocs rocheux lors d’une possible éruption phréatique, comme en 1986, des masses d’eau entrant en contact avec le cœur chaud du volcan, tout survol aérien du cratère Dolomieu était interdit par arrêté préfectoral, venant compléter l’arrêté d’interdiction d’accès à l’enclos.
Or, depuis la fin de l’éruption, dans la nuit de lundi à mardi, le niveau de la sismicité est retombé, tout en restant “important” selon l’observatoire volcanologique. Que se passe-t-il donc au piton de la Fournaise ?
Avec quelques jours de recul, les scientifiques pensent pouvoir apporter un nouvel éclairage sur les événements. En l’absence d’observations depuis plusieurs jours, liées au mauvais temps qui règne sur le sud-est de l’île, accompagné de fortes précipitations, ils avouent qu’il s’agit cependant de simples hypothèses.
Plusieurs semaineS pour le retour au calme
Ainsi Philippe Kowalski, directeur technique de l’observatoire, indique “croire de plus en plus que l’effondrement envisagé au sommet a déjà dû se produire : Il est sans doute passé inaperçu, tant la sismicité était intense. En corrélation avec des secousses de magnitude proche de 3, nous avons eu des déformations instantanées non négligeables enregistrées par les inclinomètres du sommet du volcan à partir de la fin de la journée de samedi, vers minuit surtout. Les extensomètres du cratère Dolomieu, qui mesurent l’écartement de fissures, ont également montré de brusques variations”.
Si l’effondrement s’est vraiment produit, il est sans doute resté d’une ampleur limitée, imagine Philippe Kowalski : “Nos stations de mesure installées dans le cratère Dolomieu fonctionnent toujours”. De fait, en référence à un événement semblable qui s’était produit à l’issue de l’éruption de mars 1986, il note que le puits d’effondrement qui s’était alors formé mesurait 150 m de diamètre, ce qui reste limité par rapport à la dimension du cratère Dolomieu (1 000 m x 750 m).
Le scientifique évoque ensuite un autre événement très bien étudié : l’éruption phréatique au Karthala, en 1991. “L’observatoire avec lequel nous collaborons sur le volcan comorien a enregistré une très grosse sismicité qui a décru très lentement ensuite, qui a mis des semaines et des mois à disparaître. La phase phréatique, une explosion, n’a pas été entendue par la population. Seule une odeur a été perçue. Et il n’y a pas eu de signature propre à l’événement et visible sur le réseau de surveillance (ndlr : relativement sommaire au Karthala à l’époque
pour en donner l’heure).”
Il existe donc un faisceau de présomptions pour estimer que la phase d’effondrement au sommet se serait en fait déjà produite, le week-end dernier, au plus fort de la crise.
Reste donc à vérifier l’exactitude de l’hypothèse, dès que la météo le permettra, grâce à une approche qui devra être “prudente” annonce Philippe Kowalski, en utilisant au besoin la caméra thermique de l’observatoire.
Le mystère reste donc encore entier pour l’instant.
François Martel-Asselin