Retour...

ARTICLE DU 04/12/02
La lave a cessé de couler au cours de la nuit de lundi à mardi dans l’enclos du volcan. Pourtant, le sommet du piton de la Fournaise continue de trembler.

Le volcan n'a pas dit son dernier mot


“L’éruption est terminée” : la formule consacrée est tombée hier dans la journée, même si à l’observatoire volcanologique on estime que le volcan n’en restera pas là. La lave a certes cessé de couler tôt dans la matinée de mardi, mais sans qu’on puisse savoir à quelle heure exactement : une météo exécrable a empêché toute reconnaissance visuelle. L’observatoire a relevé, au sommet du volcan, 430 mm de précipitations entre 4 h du matin et 23 h hier soir ! Comparé aux 700 mm de précipitations annuelles à Paris, cela donne une idée du déluge qui s’est abattu sur le massif du piton de la Fournaise.
Aucun trémor n’est donc plus enregistré depuis hier dans la zone du piton Guanyin, né de l’éruption qui a débuté le 16 novembre sur le flanc Est du volcan. La sismicité (1500 événements pour la journée de dimanche) a même nettement diminué : alors qu’il n’était même plus possible de compter les séismes lundi, tant ils s’enchaînaient, l’apaisement est venu au cours de la nuit suivante. Néanmoins, les événements sismiques restaient à un niveau très supérieur à la normale hier soir.
La possibilité d’un effondrement qui affecterait le sommet du volcan (cratère Dolomieu) reste donc d’actualité. Si l’ampleur de ce phénomène, comme on en a connu un en 1986 (formation d’un cratère puits et éruption phréatique, voir notre édition d’hier) ne peut être déterminée avec assurance, les scientifiques rappellent tout de même que “la projection de roches sur le volcan et des chutes de cendres sur des habitations proches du volcan ne peuvent être exclues”.
Pour cette raison, l’interdiction de survol du sommet dans un rayon de deux kilomètres est plus que jamais en vigueur et l’accès à l’enclos demeure interdit.

Plus rien de visible

Hier matin, plus aucune activité n’était visible dans le Grand-Brûlé, à la grande déception des visiteurs. Les Grandes pentes et le piton Guanyin, à 1600 m d’altitude, sont également restés masqués par les nuages.
Déjà lundi soir, mauvais temps aidant pensait-on, aucune lueur n’était visible à proximité du littoral. Seule une reconnaissance aérienne de la Direction départementale de l’Équipement avait permis d’identifier une “deuxième coulée”, dérivation de la première, qui s’est jetée à la mer à 300 mètres à peine au nord de celle-ci.
Au total, la route nationale 2, si l’on excepte une petite enclave d’une dizaine de mètres, a été ensevelie sur près de 470 mètres de longueur. Il faudra attendre plusieurs semaines pour que la coulée se refroidisse et que des engins tracent une piste provisoire.
Dès que possible, et si la météo le permet, l’observatoire volcanologique va tenter une reconnaissance aérienne du sommet pour constater s’il n’a pas déjà été affecté par les événements sismiques : l’hypothèse d’un effondrement reste à l’ordre du jour.

---------------------
La malédiction de la borne Hubert-Delisle

Une fois mais pas deux ? La borne Hubert-Delisle, déjà ensevelie le 6 juillet 2001 et exhumée de sa gangue de roche au début de cette année afin d’être mise en valeur, a succombé une deuxième fois lundi après-midi. Si un doute subsistait encore le jour-même dans l’ignorance de la trajectoire des laves, la certitude est venue hier matin : seul un îlot de bitume a été préservé, mais pas à l’emplacement de la borne qui marquait le limite Sainte-Rose - Saint-Philippe, et dont la localisation risque d’être plus ardue cette fois, sauf si ses coordonnées GPS ont été mises en mémoire…

-----------------------------
Les derniers témoins des coulées

Patrick et Alexandre sont probablement les derniers spectateurs des coulées actives : ces deux jeunes Suisses, installés depuis la fin de l’après-midi de lundi sous leur tente batue par les intempéries sur le littoral, côté Saint-Philippe, ont observé jusqu’à plus de minuit, assurent-ils, la lave descendant vers la mer. “La coulée la plus au Nord était bien active, sur celle au Sud, on ne voyait que des blocs tomber.” Ils garderont un souvenir inoubliable de cette soirée : pour profiter du volcan jusqu’au bout, ils se sont fait griller des pommes de terre et de la viande dans du papier d’aluminium directement sur de la lave incandescente !

François Martel-Asselin Photos DDE, Sara Bazin, Christian Tolède et FMA




Pour aller voir les coulées

Les prévisions météo pour la journée de ce mercredi ne sont guère optimistes mais il ne faut pas se décourager trop vite non plus.
Les respect des consignes de sécurité fait toujours partie des exigences, ainsi que la tenue adéquate à une marche de 2 km aller (si l’on vient du nord) voire 6 km aller (si l’on vient du Sud) : nourriture, eau, vêtement de pluie, lampe de poche, bonnes chaussures…
Par ailleurs, recommande la préfecture “il convient de ne pas s’écarter la RN 2 pour remonter dans l’enclos ou descendre vers la mer, surtout de nuit”. “Les sentiers entre la RN 2 et le littoral, ainsi que la bordure de falaise présentent de nombreuses fissures et crevasses parfois profondes”, indique également l’administration. qui précise : “Il est recommandé de ne pas monter sur les coulées : même si elles paraissent refroidies, l’intérieur reste à une température de plusieurs centaines de degrés.”