ARTICLE DU 03/12/02
“Mais on ne voit pas grand-chose !”

Ce lundi midi, le spectacle offert par l’artiste Guanyin a encore attiré les visiteurs. Mais attention ! Pour assister au numéro qui se joue sur la traditionnelle scène de la nationale 2, il faut le mériter. Certains l’ont appris à leurs dépens. Avant de tutoyer la lave, d’arriver enfin au cœur de la fête animée par ces tonnes de roche en fusion (du moins c’est ce que l’on espère voir !), il faut déposer la voiture loin, très loin. Pour l’accès sud, le départ se situe au niveau du rond-point du Tremblet, là où les gendarmes sont postés et interdisent le passage aux véhicules, sauf pour quelques privilégiés…
“Pardon, combien de temps faut-il compter ?” “Excusez-moi monsieur, la lave est loin ?” Beaucoup de spectateurs se renseignent auprès des militaires. Machinalement, toujours la même réponse tombe : “Quatorze kilomètres aller-retour…” Peu sont découragés. Et ils sont donc nombreux à partir visiblement très motivés sur la route, devenue piétonne.
Cinq kilomètres plus loin, le rythme des marcheurs a, pour la plupart, sensiblement baissé. “On ne croyait pas que c’était si loin, s’étonne un touriste métropolitain au visage rougi par l’effort. Pourquoi n’y a-t-il pas de navettes gratuites ?” Une pluie fine s’est invitée à la fête depuis un petit moment. “Ça fait du bien, ça rafraîchit,” poursuit-il avec le sourire. Pour cet homme, au T-shirt trempé, la marche vers la coulée continue car, explique-t-il, “on ne va pas rebrousser chemin maintenant ! On est courageux.”
SPECTACLE UN PEU “DÉCEVANT”
José et Barbara sont venus de l’Ouest. “C’est important de voir ce phénomène de nos propres yeux. Nous sommes déjà venus la semaine dernière mais on veut voir la coulée sur la route. On veut aller sentir la chaleur de la lave, voir sa composition, expliquent-ils, eux qui ont eu la chance de bénéficier d’une voiture (privilégiée) pour gagner de précieux kilomètres.
Ça y est, le spectacle est là, devant les yeux d’une cinquantaine de personnes. “Mais on ne voit pas grand-chose !, déplore un habitué. Il fait chaud mais c’est tout. La lave, est refroidie, dure. Ce n’est qu’un tas de cailloux.” Un homme enchaîne, presque amusé : “Tant d’efforts pour cela ! Nous sommes quand même des privilégiés. Je crois que beaucoup de monde aimerait être ici.”
José et Barbara sont désormais nez à nez avec la coulée : “Regarde là, dans le trou, on voit la roche en fusion,” lance-t-il, en glissant un bout de bois pour essayer de toucher la lave. Mais hormis ces petites fentes dans lesquelles on voit le rouge vif de la roche encore liquide, hormis encore la fumée qui se dégage de cette impressionnante masse, le spectacle est un peu “décevant”, comme le confie ce retraité, visiblement fatigué de la marche. Il explique qu’il aurait tant aimé “voir le tout en mouvement…”
Ce n’est pas tout, désormais il faut penser au retour. Mieux vaut ne pas trop songer aux kilomètres et à la méchante côte du Tremblet. Quatre retraités en vacances se sont assis. Visiblement éreintés alors qu’ils ne sont pas allés jusqu’à la coulée, ils pensent déjà faire demi-tour. “Je ne peux pas continuer. Je suis épuisée, explique l’une des femmes. C’est dommage. Mais ce sera peut-être pour une prochaine fois. Bon, on rentre.”
Là aussi, par chance, l’une des rares voitures à circuler leur offrira le retour assis et au chaud.
À voir, sur le trajet du retour, le visage de certains marcheurs, ces quatre retraités font des envieux. Aller voir le spectacle de Guanyin n’est vraiment pas de tout repos…
F.P.

