Retour...

ARTICLE DU 03/12/02
La menace d’une gigantesque explosion au sommet du volcan (notre édition d’hier) était plus que jamais d’actualité hier soir : depuis vendredi après-midi, l’observatoire volcanologique enregistre une sismicité de plus en plus en plus intense à l’aplomb du sommet du piton de la Fournaise, qui annonce probablement un effondrement massif, comme il s’en était produit un à l’issue de l’éruption de mars 1986.

La menace d’une explosion au sommet du volcan s’intensifie


“On ne peut même plus compter les séismes, ils sont l’un dans l’autre, même si nous avons les moyens de regarder les courbes sur nos ordinateurs et de quantifier l’énergie dégagée” : Valérie Ferrazzini, sismologue à l’observatoire volcanologique, a dénombré plus de 1500 séismes pour la journée de dimanche, après 89 vendredi et 330 samedi. “Notre interrogation maintenant, c’est l’ampleur de l’éruption phréatique qui nous attend. Nous avons des données sur la crise de 1986, nous savons qu’elle a duré 36 heures, mais toute comparaison est délicate”.
Depuis bientôt quatre jours maintenant, le volcan est secoué par des séismes de magnitude proche de 3, fait exceptionnel pour un volcan comme le piton de la Fournaise. Le réseau de surveillance les capte même sur ses stations les plus lointaines, un signe qui ne trompe pas.
Patrick Bachèlery, responsable du laboratoire des sciences de la Terre à l’université de la Réunion rappelle l’épisode final de l’éruption de 1986 : “Il s’est produit un effondrement dans le cratère Dolomieu, consécutif à une vidange du magma par des évents éruptifs sitiés à basse altitude. Cet effondrement s’est produit au niveau des zones de stockage du magma, à un kilomètre sous le sommet environ, et il a remonté progressivement vers la surface. À ce moment, l’eau stockée relativement haut dans l’édifice, dans les nappes phréatiques, est arrivée par gravité au contact des zones chaudes plus basses. Sa vaporisation a entraîné une surpression qui a perturbé l’équilibre du système et, finalement, une véritable explosion, ce qu’on appelle une éruption phréatique.”

En 1860, des blocS projetés dans les hauts de Bois-Blanc

L’explosion phréatique de mars 1986 a laissé dans le fond du cratère Dolomieu un trou parfaitement circulaire (un “pit crater”, en anglais, ou cratère puits) de 150 mètres de diamètre pour 80 mètres de profondeur, comblé par les éruptions suivantes de la fin 1986 et de 1987 qui se produisirent à l’intérieur du Dolomieu. Mais, surtout, l’événement fut accompagné de la projection de cendres et de blocs rocheux recouvrant une aire d’environ 1 kilomètre carré. Heureusement que personne ne se trouvait là en cette nuit du 29 au 30 mars 1986.
Ce type d’événement est relativement rare dans l’histoire du piton de la Fournaise. Mais suffisamment redoutable pour que l’aviation civile, sur recommandation des scientifiques, ordonne un périmètre d’interdiction de survol : depuis dimanche matin, il est interdit de pénétrer dans un rayon de 2 kilomètres autour du sommet du volcan.
Le 19 mars 1860, à 20 h 30, un événement semblable s’était produit. Des retombées de cendres avaient été observées à 30 kilomètres au nord-est et au sud-est du sommet du volcan, de Saint-Philippe à Saint-Benoît, jusque sur le pont de bateaux croisant au large. Des blocs avaient été projetés jusque dans les hauts du village de Bois-Blanc selon les témoignages de l’époque.

François Martel-Asselin