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ARTICLE DU 03/12/02
La menace d’un deuxième bras débordant de la coulée principale s’est précisée brutalement hier matin. Il a coupé la RN 2 vers 10 h 15, hier matin.

Deuxième coulée à la mer


La RN 2 est définitivement coupée et en deux endroits cette fois. La grande langue rougeoyante qui s’étend jusqu’à la mer depuis dimanche matin a fourché, sectionnant la route un peu plus au nord, côté Sainte-Rose. Guanyin a sorti sa langue de vipère, empêchant les spectateurs encore accourus en masse hier soir, malgré un temps détestable, d’assister au mariage du volcan avec la mer.
Lorsque l’on vient du Nord, depuis la route seul un mur de gratons brûlant s’offre à la vue. La descente vers la mer n’étant guère conseillée “surtout de nuit”, comme le souligne la préfecture, il faut y regarder à deux fois avant de s’élancer en quête de sensations fortes.
Ce lundi, à 13 h, le débordement de lave issu de la première coulée s’est arrêté, croit-on, la croûte s’est figée et laisse échapper par endroit des braseros naturels balayés violemment par le vent.
Distincts par moment, des poches de gaz explosent, laissant perplexes les touristes émerveillés et soucieuses les forces de l’ordre, sécurité oblige. Ajoutez l’atmosphère orageuse ambiante : on ne distingue pas toujours très bien les explosions terrestres des craquements célestes.

Aucun moyen de s’approcher du front de lave

Ils étaient très peu, hier matin au pied de cette langue lapant tout sur son passage, végétation, bitume puis à nouveau végétation, sans oublier la borne Hubert-Delisle, qui marque la limite entres les communes de Saint-Philippe et de Sainte-Rose. Les gendarmes sont presque un peu blasés et surtout très déçus, comme la plupart des visiteurs, de n’avoir pu assister au même titre que leurs collègues au déferlement de la lave en fusion, extrêmement lumineuse et hypnotisante, sur la chaussée.
Aucun chemin de pêcheur pour accéder au-devant de cette coulée brûlante, bien qu’inerte en apparence. Pas d’ancienne coulée de lave sur laquelle se hisser afin de profiter d’une vue panoramique sur un fleuve de lave dont on entend dire qu’il mesure 400 mètres de large. Perché en haut d’un arbre frêle, un homme surplombe difficilement la nouvelle coulée. D’après lui, “il ne reste plus que quelques mètres” entre les deux terminaisons de cette énorme langue fourchue.
Les techniciens de la DDE lui font signe de descendre, la proximité de la lave et le tournoiement des vents constituent un risque non négligeable. Ils sont interpellés par l’un de ses amis : “Laissez-nous faire ce que l’on veut, si jamais je voulais me jeter dans la lave, c’est mon problème. J’ai 26 ans, c’est à moi de prendre mes responsabilités. N’allez pas nous emm….” Faut-il rappeler que la nature est imprévisible et que s’y frotter rime bien souvent avec s’y piquer ?

Deux coulées à la mer

L’une des coulées plonge dans la mer, l’autre doit la rejoindre. On ne peut même pas voir si, stoppée dans sa course par le faux-plat, la coulée bifurque, aidée par la déclinaison avantageuse de la pente, en direction de sa sœur jumelle. Cette frustration est palpable. Certains touristes viennent de faire deux kilomètres à pied et s’en retournent presque aussitôt malgré la grandeur du spectacle. La pluie battante s’est invitée à la fête et la cinquantaine de personnes massées ici repartent à la hâte en direction de leur voiture.
Il faut sans doute attendre la nuit pour que des lueurs orangées jaillissent des pores de la coulée, irisant de mille feux le ciel assailli par les nuages.
Dans les airs, les techniciens de la DDE sont les seuls à avoir vu cette deuxième langue aller lécher l’océan dans un nuage de vapeur. La Réunion va s’agrandir encore, c’est sûr.

Texte : Erwan Loussot Photos : Valérie Rubis






Pour accéder aux coulées–

— au Nord : les véhicules doivent s’arrêter au niveau de l’ancienne décharge (2 km de marche aller).
— au Sud : les véhicules doivent s’arrêter au niveau de la ravine Citrons-Galets la nuit seulement en principe (6 km de marche aller). Mais ce dispositif était pourtant en vigueur hier dans la journée, en dépit d’une affluence très réduite, alors qu’une limite plus proche était offerte les jours précédents dans un tel cas.
La prudence est recommandée, surtout de nuit. Respecter les limites d’accès matérialisées. Prévoir de bonnes chaussures de marche, des vêtements de pluie et de quoi se protéger contre le soleil, de l’eau en quantité suffisante (il fait chaud dans le Grand-Brûlé), et des lampes de poche pour la nuit.

Cheveux de Pélé : vigilance toujours

La préfecture a renouvelé hier sa mise en garde de dimanche concernant la dispersion éventuelle de cheveux de Pélé (voir notre édition d’hier), ces fils de lave de la finesse d’un cheveu, entraînés par le vent parfois très loin des éruptions. Ils peuvent provoquer des lésions en cas d’ingestion par l’homme (consommation de légumes non lavés) ou le bétail (dans les pâturages). Néanmoins, si la présence de cheveux de Pélé a été signalée dimanche par une habitante de Saint-Philippe, aucun autre signalement n’a été recueilli depuis.
Selon un commerçant de Saint-Philippe : “À chaque éruption, on nous en parle. On y fait attention mais je n’en ai jamais vus.