ARTICLE DU 02/12/02
Après la route, puis la mer, le prochain épisode de l’éruption en cours va-t-il se jouer beaucoup plus haut, au sommet du volcan, à plusieurs kilomètres de la route nationale 2 ? L’intensité croissante de la sismicité enregistrée depuis vendredi ouvre la porte à l’hypothèse d’une phase particulièrement explosive qui pourrait avoir pour théâtre le cratère Dolomieu. Mais il ne s’agit pour l’instant que d’une hypothèse.
En raison du risque d’un épisode explosif de grande ampleur, avions et hélicoptères ne sont plus autorisés survoler les cratères
Le sommet du volcan, zone interdite

Tandis que la lave coulait à flots dans les Grandes pentes et se déversait dans l’Océan hier soir encore sous les yeux d’un public émerveillé, l’observatoire volcanologique du piton de la Fournaise gardait les yeux rivés sur les écrans de contrôle, confronté à une crise sismique comme il n’en a jamais connue depuis sa création.
Dès l’après-midi de vendredi, les alarmes ont commencé à se déclencher à un rythme de plus en plus élevé à l’observatoire : après les 89 événements enregistrés ce jour-là, leur nombre est passé à 330 samedi et, hier, leur nombre avait atteint les 530 pour les premières dix heures de la journée. Autant dire qu’on allait passer très allègrement la barre des 1000 séismes pour la journée de dimanche.
L’exemple de 1986
Une des hypothèses évoquées dans notre édition d’hier par les chercheurs de l’observatoire pour expliquer ce tournant dans l’activité actuelle du piton de la Fournaise, semblait prendre corps ce week-end : cette incroyable sismicité semble de mieux en mieux correspondre, selon eux, à une amorce d’effondrement massif en zone sommitale du volcan. Pour schématiser, l’éruption en cours ainsi que les précédentes, qui ont vraisemblablement vidangé en bonne partie le magma stocké à faible profondeur sous le sommet, auraient laissé un vide dans l’édifice volcanique, déstabilisant l’équilibre du système. Or, la nature ayant horreur du vide, la voûte de cet édifice serait en train de s’affaisser aujourd’hui.
S’il s’agit bien d’un tel phénomène, ces réajustements seraient à l’origine des signaux sismiques qui, hier soir, s’enchaînaient désormais au rythme de plusieurs par minute depuis la fin de l’après-midi.
Combien de temps va durer cette situation ? Les scientifiques ne disposent que d’un seul cas d’étude véritable, lié à l’éruption de 1986. Cette année-là, la lave avait jailli successivement, en trois phases distinctes, à des altitudes de plus en plus basses, hors enclos finalement, dans les hauts de Saint-Philippe. La dernière avait vu le magma sortir du sol à 30 m d’altitude, éruption la plus basse pour la période historique, à quelques centaines de mètres seulement de la mer dans laquelle il s’était jeté. En fin d’éruption, le volcan ayant été saigné à blanc, une sismicité sans équivalent connu avait agité le volcan pendant près de quatre jours, débouchant sur une gigantesque explosion nocturne qui avait pulvérisé des blocs rocheux sur une zone estimée à environ 1 kilomètre carré : au fond du cratère Dolomieu, au sommet du volcan, s’était ouvert un “pit crater” (un puits) de plusieurs dizaines de mètres de diamètre et de profondeur.
Cet épisode spectaculaire correspondait à un effondrement de la voûte du “réservoir” du volcan.
C’est cet événement que l’on redoute aujourd’hui et qui justifie, sans conteste possible, l’interdiction de l’accès à l’enclos du piton de la Fournaise. Pour cette raison encore, des dispositions spéciales ont été prises en matière de navigation aérienne (lire par ailleurs).
Quant à l’observatoire volcanologique, il a doublé les gardes depuis hier, afin de mieux contrôler une éventuelle évolution de l’activité. Outre une éventuelle “explosion” en zone sommitale, les scientifiques de permanence sont chargés de veiller à ce qu’une éventuelle migration des séismes vers l’une ou l’autre des zones de rift du volcan ne préfigure pas une nouvelle phase éruptive, à plus basse altitude et hors enclos par exemple.
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Bloqués par la coulée
Deux pêcheurs de Saint-Joseph sont rentrés par les Plaines
Jean-Max Grondin et Pascal Rivière, domiciliés respectivement à Saint-Joseph ville et à Jean-Petit, ont fait partie des rares témoins à avoir assisté en direct à l’arrivée de la coulée à la mer, à 4 h 55 hier matin. Un peu trop en direct même, puisqu’il se sont retrouvés bloqués … côté Sainte-Rose. Tout faux donc. Croisés sur le coup de 5 h 30, cent mètres en dessous de la RN 2, ils remontaient du front de mer, cannes à pêche sur l’épaule, un peu inquiets : ils voyaient déjà leur voiture, garée la veille au soir au bord de la route nationale, engloutie par la lave, bien loin de se douter que la coulée se jouerait de tous les pronostics.
“J’ai appelé mon beau-frère qui a fait le tour par les Plaines pour venir nous chercher, nous a raconté Jean-Max hier soir. Et comme quelqu’un avait un double de la clé, finalement notre voiture est revenue avant nous à
Saint-Joseph”. Et notre pêcheur de poursuivre : “L’hélicoptère de la gendarmerie s’était posé avec le directeur de l’observatoire à côté de la coulée. Nous en avons profité pour demander au pilote s’il pouvait nous déposer de l’autre côté mais il a refusé”. Et Jean-Max de conclure dans un éclat de rire : “Si on avait été des filles, peut-être que ça aurait marché !”
François Martel-Asselin





Pour voir les coulées
En venant du Nord comme en venant du Sud, un accès piéton aux coulées est possible, au prix de deux kilomètres de marche (aller).
- Au Nord, les véhicules ne peuvent aller au-delà de l’ancienne décharge de Sainte-Rose, où existe une zone de parking et de demi-tour.
- Au Sud, les véhicules légers ne peuvent aller au-delà du sentier botanique et les bus au-delà de la coulée de la ravine Citrons-Galets (marche beaucoup plus longue). Dans certains cas d’affluence (comme hier soir), tous les véhicules peuvent être arrêtés à Citrons-Galets, dans ce cas, il faut parcourir six kilomètres à pied (aller), ce qui change tout…
- Il faut respecter les balisages mis en place par la gendarmerie et l’ONF.
- Il faut s’équiper convenablement : chaussures de sport, couvre-chef, vêtement de pluie, lampe le soir, nourriture et surtout eau, car il fait très chaud dans le Grand-Brûlé.
La préfecture demande au public de ne pas s’écarter de la RN 2 pour remonter dans l’enclos ou descendre vers la mer, surtout la nuit. Il faut savoir que les sentiers existants présentent de nombreuses fissures et crevasses, parfois profondes. Le sentier des pêcheurs qui longe le littoral, quant à lui, surplombe de très près parfois une falaise haute de plus de dix mètres, entaillée elle aussi de nombreuses crevasses. Il est beaucoup plus délicat d’accès que celui qui menait à l’éruption de janvier dernier au niveau de la Vierge au parasol.