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Le volcan coupe la route à
23 h 05

A quelques dizaines de mètres
Peut-être a-t-on sous-estimé la marge de progression de
la coulée qui, en début d’après-midi, ne semblait
inquiéter personne. On lui donnait le temps et pas grand-monde n’aurait
parié sur une telle accélération des événements
en quelques heures… En fin d’après-midi, elle avance d’environ une
centaine de mètres par heure.
La direction départementale de l’Équipement est sollicitée
pour des barrières — pas pour canaliser la lave, mais le flux du
public ! Dans un premier temps, côté Bois-Blanc, la gendarmerie
bloque tous les véhicules à 2 km au nord de là, au
niveau d’un parking aménagé à proximité de
la coulée nord du piton Madoré. C’est le baptême du
feu pour le capitaine Didier Zunino, qui vient de prendre récemment
le commandement de la compagnie de Saint-Benoît. Les spectateurs
qui ont afflué en début de soirée pour tout simplement
admirer les coulées du volcan dans les Grandes pentes n’en croient
pas leurs yeux. Et en plus, on ne les invite pas à circuler : à
quelques dizaines de mètres d’eux à peine, le mur de lave
poursuit son implacable progression, s’élargissant au fil des minutes,
au point de longer la coulée de juillet 2001 sur laquelle était
juché le public ces derniers jours. “Le front de la coulée
doit faire au moins une centaine de mètres pour près de cinq
mètres d’épaisseur”, jauge le capitaine Zunino, vers 0 h
15, tandis qu’il attend la venue du nouveau sous-préfet de Saint-Benoît,
Jean-Michel Quiard, dont c’est la première éruption également
!
La menace d’une autre coulée à un kilomètre au
nord, qui aurait pu prendre le public en tenailles, est levée vers
0 h 15 également, au terme d’une reconnaissance à pied effectuée
par les gendarmes. Les 600 à 700 personnes et les 200 véhicules
recensés peuvent continuer à admirer tandis que la coulée
continue de déborder de part et d’autre.
Une question brûle alors toutes les lèvres : la coulée
atteindra-t-elle la mer ? Réponse peut-être aujourd’hui.
L’observatoire volcanologique avait enregistré vendredi matin,
vers 5 h 45, une nette augmentation du trémor correspondant à
un regain d’activité constaté sur le site de l’éruption,
au piton Guanyin, à 1 600 m d’altitude sur le flanc est du volcan,
et dans les Grandes pentes où de très nombreuses coulées
s’étalaient (notre édition d’hier).
En même temps, la sismicité a repris, augmentant au fil
des heures. 89 séismes ont été enregistrés
pour la journée de vendredi, et ce chiffre devait être multiplié
peut-être par trois pour la journée de samedi, avec certains
événements d’une magnitude de l’ordre de 2,3, ce qui est
beaucoup relèvent les scientifiques de l’observatoire volcanologique.
Plusieurs hypothèses circulaient chez les chercheurs, hier,
pour tenter d’expliquer ce phénomène :
— s’agit-il de séismes liés à un possible effondrement
à venir en zone sommitale du volcan (cette éruption et les
précédentes, ayant puisé dans le stock de magma, ont
laissé un vide dans l’édifice dont le sommet menacerait de
s’affaisser) comme on l’a observé à la fin de l’éruption
de Saint-Philippe en 1986 ?
— une telle sismicité a été observée à
la fin des éruptions de juillet 2001 (piton Madoré), dont
les coulées ont tout juste coupé la route, et de janvier
2002, dont les coulées sont allées à la mer. La fin
de l’éruption en cours est-elle proche ?
Pour voir les coulées
Un communiqué de la préfecture
rendu public hier soir indique que la circulation est interdite :
— au nord, côté Sainte-Rose,
à partir de l’ancienne décharge située au sud de la
Vierge au Parasol.
— au sud, côté Saint-Philippe,
à partir de la ravine Citrons-Galets (hors enclos).
Un accès piéton sera possible
pour accéder à un site d’observation de chaque côté
de la coulée, après une marche de quelques kilomètres
(prévoir de bonnes chaussures, de l’eau en quantité suffisante
et de quoi se couvrir la tête, en raison de la chaleur). Ces restrictions
pourront être revues en fonction de l’évolution des coulées.
Par ailleurs, l’accès à l’enclos du volcan reste interdit.