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ARTICLE DU 01/12/02
Après une brusque accélération des événements dans la journée d’hier, les coulées de l’éruption qui a débuté le 16 novembre ont coupé la route nationale 2, dans le Grand-Brûlé, hier soir, à 23 h 05, sous les yeux de 600 à 700 spectateurs. Elles poursuivaient la nuit dernière leur course vers la mer.
 
Deux semaines exactement après le début de l’éruption du 16 novembre 

Le volcan coupe la route à 23 h 05

Il est 23 h 05 très exactement lorsque les premiers blocs rougeoyants basculent sur la chaussée. La monstrueuse coulée de gratons, surgissant de la forêt du Grand-Brûlé, guettée par des centaines d’yeux, engloutit le bitume, au PK 78,6, à plus de 300 mètres au sud de la coulée du piton Madoré qui avait coupé la route le 6 juillet 2001. Les explosions du méthane dégagé par la végétation résonnent comme autant d’avertissements qui donnent le signal du repli, ordonné par les forces de gendarmerie : les spectateurs doivent s’éloigner. D’ailleurs, depuis le milieu de la soirée, une évacuation progressive de la zone a été décidée, pas toujours facile à mettre en œuvre.

A quelques dizaines de mètres

Peut-être a-t-on sous-estimé la marge de progression de la coulée qui, en début d’après-midi, ne semblait inquiéter personne. On lui donnait le temps et pas grand-monde n’aurait parié sur une telle accélération des événements en quelques heures… En fin d’après-midi, elle avance d’environ une centaine de mètres par heure.
La direction départementale de l’Équipement est sollicitée pour des barrières — pas pour canaliser la lave, mais le flux du public ! Dans un premier temps, côté Bois-Blanc, la gendarmerie bloque tous les véhicules à 2 km au nord de là, au niveau d’un parking aménagé à proximité de la coulée nord du piton Madoré. C’est le baptême du feu pour le capitaine Didier Zunino, qui vient de prendre récemment le commandement de la compagnie de Saint-Benoît. Les spectateurs qui ont afflué en début de soirée pour tout simplement admirer les coulées du volcan dans les Grandes pentes n’en croient pas leurs yeux. Et en plus, on ne les invite pas à circuler : à quelques dizaines de mètres d’eux à peine, le mur de lave poursuit son implacable progression, s’élargissant au fil des minutes, au point de longer la coulée de juillet 2001 sur laquelle était juché le public ces derniers jours. “Le front de la coulée doit faire au moins une centaine de mètres pour près de cinq mètres d’épaisseur”, jauge le capitaine Zunino, vers 0 h 15, tandis qu’il attend la venue du nouveau sous-préfet de Saint-Benoît, Jean-Michel Quiard, dont c’est la première éruption également !
La menace d’une autre coulée à un kilomètre au nord, qui aurait pu prendre le public en tenailles, est levée vers 0 h 15 également, au terme d’une reconnaissance à pied effectuée par les gendarmes. Les 600 à 700 personnes et les 200 véhicules recensés peuvent continuer à admirer tandis que la coulée continue de déborder de part et d’autre.
Une question brûle alors toutes les lèvres : la coulée atteindra-t-elle la mer ? Réponse peut-être aujourd’hui.



Que cache la reprise de la sismicité ?

L’observatoire volcanologique avait enregistré vendredi matin, vers 5 h 45, une nette augmentation du trémor correspondant à un regain d’activité constaté sur le site de l’éruption, au piton Guanyin, à 1 600 m d’altitude sur le flanc est du volcan, et dans les Grandes pentes où de très nombreuses coulées s’étalaient (notre édition d’hier). 
En même temps, la sismicité a repris, augmentant au fil des heures. 89 séismes ont été enregistrés pour la journée de vendredi, et ce chiffre devait être multiplié peut-être par trois pour la journée de samedi, avec certains événements d’une magnitude de l’ordre de 2,3, ce qui est beaucoup relèvent les scientifiques de l’observatoire volcanologique. 
Plusieurs hypothèses circulaient chez les chercheurs, hier, pour tenter d’expliquer ce phénomène :
— s’agit-il de séismes liés à un possible effondrement à venir en zone sommitale du volcan (cette éruption et les précédentes, ayant puisé dans le stock de magma, ont laissé un vide dans l’édifice dont le sommet menacerait de s’affaisser) comme on l’a observé à la fin de l’éruption de Saint-Philippe en 1986 ?
— une telle sismicité a été observée à la fin des éruptions de juillet 2001 (piton Madoré), dont les coulées ont tout juste coupé la route, et de janvier 2002, dont les coulées sont allées à la mer. La fin de l’éruption en cours est-elle proche ?
 

François Martel-Asselin & Alain Dupuis

Pour voir les coulées

Un communiqué de la préfecture rendu public hier soir indique que la circulation est interdite :
— au nord, côté Sainte-Rose, à partir de l’ancienne décharge située au sud de la Vierge au Parasol.
— au sud, côté Saint-Philippe, à partir de la ravine Citrons-Galets (hors enclos).
Un accès piéton sera possible pour accéder à un site d’observation de chaque côté de la coulée, après une marche de quelques kilomètres (prévoir de bonnes chaussures, de l’eau en quantité suffisante et de quoi se couvrir la tête, en raison de la chaleur). Ces restrictions pourront être revues en fonction de l’évolution des coulées. Par ailleurs, l’accès à l’enclos du volcan reste interdit.