ARTICLE DU 28/11/02
Une mission Université de la Réunion - observatoire volcanologique du piton de la Fournaise s’est rendue dimanche sur le site de l’éruption. C’était l’occasion de procéder à une série de prélèvements et de mesures à l’aide de nouveaux instruments de fabrication maison. La recherche ne peut pas se passer du système D.
Université et observatoire volcanologique sur le site de l’éruption
La recherche commence sur le terrain

Ce n’est pas sur catalogue qu’on risque de trouver la pelle à prélèvement idéale pour recueillir les échantillons de lave dans les coulées. Aussi chaque équipe scientifique bricole-t-elle dans son coin l’instrument qui lui permettra de se tirer au mieux de cet exercice de bravoure qui consiste à arracher, dans des conditions souvent extrêmes, un morceau de braise tout juste sorti des entrailles de la Terre.
Les chercheurs dans leur labo, à des milliers de kilomètres d’un volcan qu’ils n’ont jamais vu parfois, n’imaginent peut-être pas comment l’échantillon de lave qu’ils examinent confortablement a été soustrait au sol qui les a vu naître. Il ne s’agit pas en effet de collecter des morceaux de graton refoidis depuis belle lurette : la lave doit être prélevée au plus près de sa source, et trempée immédiatement dans l’eau pour figer ses caractéristiques. Faute de quoi, en refroidissant lentement, ses éléments subiraient une modification menant à des analyses erronées.
Mais prélever des échantillons à la source constitue parfois un défi. Ainsi, expliquent Éric Delcher, ingénieur au laboratoire des sciences de la Terre de la faculté des sciences, et Nicolas Villeneuve, chercheur associé à l’observatoire, il faut vraincre le mur de chaleur qui empêche de séjourner plus de quelques dizaines de secondes devant la coulée.
Confits par le brasier
Mesuré jusqu’à 1170°, le basalte réunionnais ferait fuir le diable en personne ! Aussi tous les moyens sont bons pour se protéger de cette chaleur insoutenable. Outre la classique combinaison réfléchissante et son heaume (ou sa cagoule), il y a le bouclier thermique. Éric Delcher et ses compagnons d’éruption ont inauguré une protection non seulement légère mais escamotable : réalisée en aluminium, elle peut être pliée de manière à ne pas encombrer, surtout lorsqu’il faut gagner à pied le site de l’éruption, comme dimanche dernier.
Une fois protégé soi-même, il faut aussi protéger le matériel. Si la pelle à prélèvement, formée de deux tubes d’acier assemblés sur place (toujours l’encombrement…) grâce à un pas de vis, ne risque pas grand-chose, c’est surtout le matériel de prise de température le plus sensible aux mauvais coups. La sonde (comme celle du thermostat dans un four) et son boîtier électronique ne s’en sortent pas toujours indemnes lorsque leurs opérateurs, confits par le brasier, doivent battre en retraite tant la situation devient insupportable, malgré leur combinaison. Pourtant, la lenteur de la montée en température impose de rester…
Éric Delcher n’est donc pas mécontent du matériel testé dimanche : sa nouvelle pelle, dans le manche de laquelle peut se glisser la sonde de température, permet de plonger cette dernière dans la lave sans l’endommager et surtout sans devoir s’approcher trop. Autre “truc” : la pelle porte le boîtier du thermomètre dans un compartiment qui le met à l’abri du choc thermique, rendant possible la mesure de température par une seule personne au lieu de deux. C’est tout bénéfice car vu le prix des combinaisons anti-chaleur, les scientifiques n’ont pas toujours les moyens d’en possèder deux !
F.M.-A. (photos Éric Delcher / Nicolas Arnaud)

Les coulées toujours visibles de la RN 2
Situation toujours stationnaire hier sur l’éruption. Une très légère décroissance du trémor volcanique a été observée. Le font de coulée actif se situe toujours dans les Grandes Pentes, avec des variations. Les coulées étaient bien visibles mardi soir de la route nationale 2 dans le Grand-Brûlé.