ARTICLE DU 19/11/2002
Nous les avions laissées dimanche sur le flanc est du Piton de la Fournaise. Les coulées nous attendaient hier sur les pentes du Grand Brûlé dominant la RN 2. Il y avait foule pour voir de loin les langues de feu dévaler la pente. Certains courageux ont tenté l’ascension jusqu’au front de coulée le plus bas. Un parcours difficile dans les gratons du piton Madoré, à déconseiller à tous ceux qui n’ont pas une solide expérience de la randonnée en terrains très difficiles.
A la rencontre des coulées

Aube exceptionnelle hier matin. Au dessus de Bois-Blanc, le ciel se teinte d’orange à l’est et à l’ouest. Au lever du soleil répondent les lueurs de l’éruption.
Dès que l’on attaque les rampes pour descendre dans le Grand-Brûlé, le spectacle est au rendez-vous. Les projections fusent dru de l’une des fissures qui s’est ouverte samedi dernier à 4 h 33 du matin. La lave dévale la pente, dessinant des ruisseaux de feu.
En dépit de l’heure matinale, 5 h 30, les premiers curieux ont déjà investi les lieux. Caméscopes et appareils photos tournent à plein régime. Levés tôt, les touristes engrangent les images.
Le gros de la troupe a investi la route nationale à proximité des coulées du piton Madoré qui, les 6 et 7 juillet 2001, ont atteint la RN2. Le volcan la joue grandiose. Pas un nuage. Du rempart du Tremblet à celui de Bois Blanc, rien n’est caché. Tout baigne dans une délicate couleur rosée.
Mais l’actualité du jour ce sont bien sur les coulées. Pour profiter du spectacle, certains ont passé la nuit sur la place. Venue de Saint-Philippe, cette bande de dalons a même sérieusement arrosé l’événement. L’un d’entre eux, roulé dans une couverture, dort sur l’accotement à quelques centimètres du bitume. L’autre vitupère à qui veut bien l’écouter : “C’est mon anniversaire, je n’aurais raté ça pour rien au monde”.
Mais dans l’ensemble, ce qui est impressionnant, c’est le silence. Tout le monde observe, les yeux écarquillés, bouche bée.
Autant le dire tout de suite, rejoindre le front des coulées depuis la RN 2 en empruntant les coulées du Madoré est un exercice souvent périlleux. Dans la première partie, la pente n’est pas excessive, mais aucun sentier n’est bien sûr tracé et les gratons qui se dérobent sous les pieds coupent comme du rasoir.
Dès les premiers pas, certains en font la cruelle expérience. Il vaut mieux être ganté et avoir les jambes couvertes. Nous prenons tranquillement de l’altitude. Devant nous, sur l’écran géant des Grandes pentes, les coulées : l’une sur la droite, l’autre décalée sur la gauche. Le front de la première bien visible est très haut. L’aboutissement de la seconde est masqué par la végétation.
Il nous faudra trois bonnes heures d’une marche harassante pour atteindre le premier front de coulée. La tentation est grande de couper à travers la forêt. Erreur fatale. Même lorsque le sous-bois est clairsemé, le sol dissimule des chausse-trapes où il est facile de laisser une cheville.
Ne faisant pas partie des initiés, à l’aller nous allons manquer la trace, raccourci dans la végétation vers le deuxième front de coulée.
Nous allons donc nous appuyer les circonvolutions tracées par les laves du Madoré. A l’exception d’une maigre portion de laves cordées, la totalité de la grimpette va se faire dans les gratons. Derrière nous, le Grand Brûlé s’étale comme une carte en relief.
Un mur rougeoyant
Soudain, se dresse devant nous un mur de plusieurs mètres de haut qui avance dans la pente. C’est le front de la coulée. Il laisse échapper régulièrement de gros blocs rougeoyants qui dévalent dans
un bruit de tonnerre. Impressionnante cette rivière de pierres en fusion se traçant un chemin en profitant de la moindre déclivité. Rivière à droite, torrent de laves à gauche. L’autre coulée est visiblement plus alimentée. Pas facile de s’en approcher d’autant que depuis samedi la lave s’est répandue au petit bonheur la chance avant de trouver son chemin vers la côte.
Quelques pas sur une langue à peine refroidie nous rappellent à la nécessaire prudence. La semelle d’une de nos chaussures commence à fondre, signal impératif de se tenir à distance respectable. Message reçu cinq sur cinq, nous allons accompagner la coulée dans sa descente mais de loin. A nos pieds, elle s’étale, mettant le feu par moment à la végétation.
Quelques curieux sont montés jusque là. L’un d’entre eux nous indique un raccourci dans la forêt. Au retour nous gagnerons ainsi une bonne heure.
On résiste difficilement à l’appel du volcan. De nombreux audacieux se sont maintenant hasardés sur les coulées figées du Madoré. Les plus raisonnables ont rapidement renoncé à poursuivre l’ascension.
D’autres, souvent mal équipés, en short, de mauvaises chaussures aux pieds, parfois sans eau grimpent avec pour tout viatique l’appareil photo ou la caméra. Alors un bon conseil, surtout de nuit, ne vous éloignez pas outre mesure de la RN2. Cela vous évitera bien des ennuis.
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L’éruption de Bruno
Professeur de sciences de la vie et de la terre (SVT) au lycée de la Châtoire au Tampon, Bruno 49 ans, n’avait pas eu de chance jusque là avec les éruptions volcaniques. Installé à la Réunion depuis un an et demi il a manqué les deux dernières manifestations du Piton de la Fournaise.
Cette fois, il est venu samedi et dimanche soir en famille et hier matin, il est allé à la rencontre de la lave sur l’un des fronts de coulées.
Nous l’y avons retrouvé. “J’adore les grands espaces, nous confie-t-il. J’ai beaucoup voyagé à travers le monde dans la mesure où je travaillais dans les lycées français à l’étranger. L’un de mes derniers postes a été Pékin. Je suis allé en Islande, à Montserrat, malheureusement je suis toujours arrivé avant des éruptions majeures.
Affecté en tant que Vat (Volontaire à l’aide technique) à Crozet dans les Terres australes et antarctiques françaises pendant treize mois entre 1976 et 1978, je suis passé par la Réunion mais j’ai manqué la coulée de 1977. Cette fois je n’ai pas raté mon rendez-vous avec le volcan “.
Reportage : Alain Dupuis François Martel-Asselin
