ARTICLE DU 18/11/2002
L’éruption qui a débuté samedi matin sur le flanc Est du piton de la Fournaise se poursuit à un rythme soutenu.
Nuit rouge au Grand Brûlé

Avec cette deuxième éruption de l’année, qui a débuté tôt samedi matin, le spectacle est dans le Grand-Brûlé, sur la côte Est de l’île, aux pieds du piton de la Fournaise (voir page suivantes). Les coulées parvenues à 500 m d’altitude le soir-même (soit à 2,750 km de la RN 2), ont en effet gagné du terrain dans la nuit de samedi à dimanche : leur front actif se trouvait hier matin à moins de 400 m d’altitude (1,7 km de la route). Hier en fin d’après-midi, toutefois, la lave avait très peu progressé selon une reconnaissance aérienne effectuée par la gendarmerie : la lave, après avoir dévalé le toboggan des Grandes pentes, est parvenue dans la zone de replat du Grand-Brûlé. Sa déclivité réduite favorise le ralentissement des coulées, leur étalement et, en définitive, leur refroidissement sur place.
Une équipe de l’observatoire volcanologique a pu se rendre sur le terrain hier matin pour effectuer des prélèvements d’échantillons. Thomas Staudacher, au retour, tirait un coup de chapeau au pilote : l’hélicoptère est parvenu à venir rechercher les scientifiques qui se voyaient déjà revenir à pied en raison des nuages massés sur les pentes du volcan… “Il n’y a pas de gros cristaux dans la lave”, notait en substance le directeur de l’observatoire, ce qui différencie celle de l’éruption en cours de celle de janvier dernier, très riche en olivine.
Seules deux des quatre fissures qui se sont ouvertes samedi matin, entre 1850 et 1600 m d’altitude, étaient encore actives hier. Les deux supérieures étaient éteintes. Les deux autres, les plus basses, vers 1600 m, fonctionnaient toujours, une seule présentant un débit important, selon l’observatoire volcanologique. Un solide cône, dont l’ébauche était visible dès samedi, s’est même édifié, qui contient un petit lac de lave. Des fontaines en jaillissent jusqu’à une trentaine de mètres de hauteur, visible depuis la route nationale 2.
La route coupée en 2001
Les scientifiques ne se prononcent pas sur l’évolution de l’activité. Même si la valeur du trémor, un signal caractéristique de la vigueur de l’éruption, a été divisée par quatre depuis samedi matin, remarquait Valérie Ferrazzini hier en fin d’après-midi. La sismologue indique par ailleurs que le réseau de surveillance du piton de la Fournaise enregistre toujours des séismes. De tels événements précèdent habituellement les éruptions mais cessent une fois que la lave s’écoule. Néanmoins, “nous avons déjà été confrontés à une telle situation au cours des dernières éruptions, sans qu’on puisse se l’expliquer, et elle n’a pas débouché sur l’ouverture de nouvelles fissures éruptives”.
Hier soir, la coulée parvenue à 400 m d’altitude ne semblait plus progresser. Mais il était impossible de dire si elle va en rester là ou reprendre son avancée. Si le débit de la lave, partie de 1600 mètres d’altitude seulement, reste aussi important, comme en témoignait hier soir le chenal bien visible depuis la route nationale 2, on ne peut exclure la formation progressive d’un tunnel dans lequel la coulée circulerait à l’abri de l’air. Ce qui lui permettrait de rester plus fluide et de gagner du terrain malgré la faible pente du Grand-Brûlé. Les coulées du piton Madoré, installé beaucoup plus haut (1800 m) ont ainsi coupé la route nationale 2, en juillet 2001, au bout de trois semaines d’éruption (sans parler de l’éruption de janvier 2002 qui a atteint la mer).
Les coulées de samedi, quant à elles, longent par le sud la coulée de mars 2001 qui s’était arrêtée bien au-dessus de la route nationale 2.
François Martel-Asselin Photos Serge Gélabert


L’accès à l’enclos du volcan est interdit à partir du pas de Bellecombe. La coulée est visible uniquement depuis la route nationale 2.