ARTICLE DU 17/11/2002
Cinq heures de crise avant la sortie du magma

Alors que l’observatoire avait enregistré vendredi un niveau de sismicité conforme aux jours précédents, une nouvelle crise a débuté tard en fin de soirée, à 23 h 36 exactement.
Les séismes traduisent la fracturation de la roche sous la poussée du magma et se bousculent sur les sismographes juste avant une éruption ! À partir de 4 h 33 samedi, les tracés sont tout à coup devenu plus réguliers, l’amplitude des vibrations augmentant : le trémor était apparu, marquant l’écoulement du magma hors du sol par les fissures éruptives.
Cinq heures de crise ont précédé la sortie de la lave. Une durée peu commune, la plupart des éruptions du piton de la Fournaise survenant après une à deux heures de sismicité intense seulement.
Les scientifiques expliquent ce phénomène par la migration souterraine du magma loin de la zone centrale du volcan. On n’assiste pas dans un tel cas à une classique éruption dite sommitale (dans la région du sommet, qui culmine à 2632 mètres, ou sur ses pourtours) mais à une éruption à plus basse altitude, comme hier ou le 5 janvier dernier (1630 — 1850 m) et plus éloignée de ce sommet.
D’où voir l’éruption
Dans l’immédiat, le meilleur moyen de voir l’éruption est sans doute l’hélicoptère, l’avion ou l’ULM… Cher, mais inégalable. En effet, la localisation des fissures éruptives les rend quasiment inobservables depuis le sol, tant que l’enclos est interdit au public.
Les admirer depuis le Nez coupé du Tremblet nécessiterait de très bonnes jumelles (la préfecture indique même que l’éruption n’est pas visible de ce point), pour un résultat qui ne vaut certainement pas la dépense physique (7-8 heures de marche assez pénible parfois, aller-retour, depuis le parking de la route forestière du volcan).
À noter que le Nez coupé du Tremblet n’est pas accessible depuis la RN 2 (sentiers GRR2 et de la coulée de Takamaka interdits par arrêté préfectoral en raison de leurs très mauvais état). Aucun spectacle n’est visible du pas de Bellecombe ou du piton de Bert, pas plus du piton de Partage (il est interdit de poursuivre au-delà en direction du Nez coupé de Sainte-Rose). Reste encore la route nationale 2 (dans le Grand-Brûlé) pour espérer voir les coulées (mais pas les fissures éruptives), surtout en fin de journée et la nuit.
Elles avaient atteint hier soir l’altitude de 500 mètres et se trouvaient au niveau des coulées de juillet 2001 qui ont coupé la route nationale 2.
ENCLOS INTERDIT. — L’accès à l’enclos est interdit.
Il ne sera rouvert au public qu’après reconnaissance et sécurisation d’un itinéraire vers l’éruption. Mais aucune date n’était hier envisagée par la préfecture.

Trois mois et demi de suspense
L’observatoire volcanologique tenait le piton de la Fournaise à l’œil depuis début août. Après sa dernière éruption du mois de janvier, la sismicité et les déformations commençaient à reprendre. Puis, les choses se sont accélérées, la préfecture activant la pré-alerte le 2 septembre, levée six semaines plus tard, le 14 octobre : le calme était revenu, malgré de petites crises sismiques. La pré-alerte a été rétablie le 12 novembre, le niveau de l’activité sismique ayant brusquement augmenté. Dès le lendemain, mercredi dernier, une crise sismique survenait, sans suite. Jusqu’à vendredi soir, quand démarrait la crise qui allait aboutir à l’éruption d’hier matin.