Retour...

ARTICLE DU 13/11/02
Sans surprise, la préfecture a décidé hier d’activer la phase de préalerte prévue par le plan de secours spécialisé éruptions volcanique, en raison d’une “augmentation significative de la sismicité au piton de la Fournaise depuis plusieurs jours”. L’observatoire volcanologique n’exclut pas une éruption dans un délai relativement proche.

Piton de la Fournaise : la préalerte activée hier par la préfecture

Le volcan sous pression


Quelques jours seulement après être sorti de son repos apparent, après une première phase de préalerte restée sans suite (six semaines, du 2 septembre au 14 septembre, du jamais vu pour ainsi dire), un séisme de magnitude 2 a été enregistré samedi sous le massif du volcan. Un signe suffisamment fort pour estimer que le réveil du piton de la Fournaise est bien réel cette fois (notre édition de lundi) et justifier l’activation de la préalerte, hier matin.
De surcroît, note Philippe Kowalski, responsable technique de l’observatoire volcanologique, “nous sommes maintenant certains d’avoir des déformations associées à cette sismicité”. Autrement dit, le volcan a bien repris son souffle : non seulement il s’agite, comme en témoignent les dizaines de séismes enregistrés chaque jour (43 pour la journée de lundi, contre une cinquantaine dimanche et seulement une vingtaine en début de semaine dernière), mais il gonfle sous la pression du magma qui monte progressivement dans l’édifice volcanique.
Les scientifiques l’avaient présumé mais avec quelques jours de recul plus aucun doute n’est permis : les mesures fournies par les inclinomètres (sortes de niveaux chargés de mesurer la variation des pentes du sommet) et les distancemètres (qui mesurent la variation de la distance entre certains points situés entre le bord de l’enclos et le sommet) sont désormais dépourvues de toute ambiguïté.
Aussi, hier, à 10 h, la préfecture a-t-elle décidé d’activer la phase de préalerte prévue par le plan de secours spécialisé éruptions volcaniques. Cette phase prévoit la mise en préalerte de la gendarmerie, des Fazsoi (armée) et de l’Office national des forêts.

Informations au pas de Bellecombe

L’ONF a été chargé de mettre en place au pas de Bellecombe la signalisation habituelle dans une telle situation, notamment des panneaux d’information à l’intention des randonneurs qui entreprennent l’ascension du sommet du volcan. Les gendarmes sont pour leur part chargés de l’observation ponctuelle du site.
Si l’observatoire volcanologique ne se risque pas à des pronostics, il semble toutefois que l’alerte actuelle puisse être la bonne, la situation présente pouvant déboucher dans un délai relativement proche sur une éruption.
La dernière éruption du piton de la Fournaise remonte au 5 janvier dernier. Alors qu’elle semblait s’achever, à proximité du Nez coupé de Sainte-Rose, une deuxième phase avait débuté, dans la plaine des Osmondes, le 12 janvier. La coulée qui en était issue avait traversé la route et enseveli le site de la Vierge au Parasol, le 14 janvier, avant d’atteindre la mer l’après-midi du même jour. La persistance d’une forte activité sismique, laissant craindre une éruption hors enclos, avait justifié l’évacuation du village de Bois-Blanc, situé au pied du volcan. Mais le 16 janvier dans l’après-midi, le piton de la Fournaise s’était brusquement rendormi après avoir donné à la Réunion plusieurs hectares de terres nouvelles.

--------------------
Les phases d’alerte

— La préalerte correspond, aux termes du plan de secours spécialisé (PSS) éruptions volcaniques publié en 1992, à “une situation d’activité géophysique anormale”. Cette situation peut se terminer par un retour à un niveau d’activité normal (préalerte levée), se maintenir pendant une période quelconque (de un jour à plusieurs semaines) ou déboucher sur une crise éruptive (on passe en alerte).

— Alerte n° 1 : éruption imminente. “L’observatoire détecte les signes d’une crise intrusive qui selon toute probabilité se traduira par une sortie de lave”.
L’accès à l’enclos devient interdit. En l’absence de sortie de la lave, il est possible de revenir en préalerte.
— Alerte n° 2 : éruption dans l’enclos.
— Alerte n° 3 : éruption hors enclos. “Cette étape traduit la détection d’activité vers les zones basses”. Les communes de la côte sont averties du risque de coulées.

L’accès à l’enclos est autorisé. La vigilance est cependant recommandée aux randonneurs qui doivent se conformer aux indications fournies par les panneaux d’information de l’ONF.