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ARTICLE DU 03/09/2002
La préalerte a été déclenchée hier par la préfecture en raison de l'augmentation de l'activité sismique au cours de ces derniers jours. Mais l'observatoire volcanologique ne se risque à aucun pronostic sur la date d'une possible éruption, qui serait la deuxième de l'année.

Une nouvelle augmentation de l'activité enregistrée depuis ce week-end

Alerte au volcan


Le Journal de l'île annonçait, il y a une dizaine de jours déjà, le réveil du volcan. Ce week-end, la situation a évolué, avec une augmentation plus nette du nombre et de la magnitude des séismes enregistrés par le réseau de surveillance de l'observatoire, qui a conduit la préfecture à passer en phase de préalerte, hier à 17 h.
Au début du mois dernier, le volcan rompt le silence total qu'il observe depuis la fin de l'éruption du mois de janvier. Les scientifiques, au cours des semaines suivantes, notent une montée en puissance plutôt rapide, qui les conduit à en informer les autorités vers le 20 août.
Néanmoins, soulignent-ils alors, "la magnitude des séismes reste très faible, puisque leur durée varie entre deux et quatre ou cinq secondes". Depuis, pourtant, tous les indicateurs de l'activité n'ont cessé de grimper, comme le soulignait hier soir Thomas Staudacher, directeur de l'observatoire volcanologique.

Des séismes plus profonds

D'une dizaine d'événements quotidiens, on passe à une vingtaine huit jours plus tard. Et au cours de la semaine dernière, le nombre des séismes atteint une trentaine, localisés à environ 1,8 km au-dessus du niveau de la mer, à l'aplomb du sommet du volcan qui culmine à 2 632 mètres au cratère Bory.
Ce week-end, un nouveau pas est franchi : quarante séismes samedi, quarante-quatre dimanche, avec deux événements qui sortent du lot, de magnitudes estimées à 1,3 et 1,4. Pas de quoi s'affoler puisqu'on est encore loin des magnitudes de l'ordre de 2 qui accompagnent en général l'ouverture des fissures éruptives. Mais les scientifiques notent également une migration vers le bas du foyer des séismes, estimé entre 700 m et 1 km au-dessus du niveau de la mer, comme si une autre zone de stockage du magma était mise en jeu.

DES MOIS D'ATTENTE AVANT L'ÉRUPTION DE JANVIER 2002

D'où la décision prise par la préfecture d'activer la phase de préalerte (lire par ailleurs), d'autant que selon Thomas Staudacher "tout montre que ça bouge, que ça gonfle : les extensomètres continuent d'indiquer l'écartement des fissures ; les distancemètres, les inclinomètres évoluent toujours". Quant au nombre relativement important des séismes, qui traduisent la fracturation de la roche sous la pression du magma, il analyse brièvement : "Ça montre que ça casse plus facilement qu'avant". Mais bien habile qui pourrait l'expliquer à l'instant présent. En tout cas, cette situation, avec des événements nombreux et de faible magnitude assure une libération des contraintes "au fur et à mesure", conclut le scientifique.
La sismicité n'a peut-être pas fini d'augmenter puisque hier à 16 h, une trentaine de séismes avait déjà été enregistrée. Or, il ne s'agissait que de la mi-journée pour l'observatoire car les scientifiques s'appuient sur le temps universel (TU) pour tenir à jour leur comptabilité, 4 h du matin à la Réunion correspondant à 0 h au méridien de Greenwich (0 h UTC selon la terminologie anglaise en vigueur aujourd'hui).
Toutefois, rappelle-t-on à l'observatoire volcanologique, la crise qui avait débuté dès le mois d'octobre 2001 n'avait abouti qu'avec l'éruption du 5 janvier 2002, la préalerte ayant été instaurée et levée plusieurs fois entre-temps. Il est donc bien difficile, en dépit des moyens de surveillance, de prévoir le déroulement des événements à venir.

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L'accès à l'enclos reste autorisé

En phase de préalerte, l'accès au volcan resté autorisé. Des panneaux d'information sont installés par l'ONF au pas de Bellecombe, au départ du sentier qui descend dans l'enclos, invitant les randonneurs à la vigilance. Du fait de la fréquentation de plus en plus importante du site, il devient en effet de moins en moins improbable qu'une éruption débute sous les yeux de randonneurs en train de faire le tour des cratères. C'est d'ailleurs ce qui s'est produit à quelques reprises, sans dommage.
D'où l'appel à la prudence. Sachant que si une crise sismique débute entre disons
6 h du matin et 18 h - ce qui divise déjà le risque par deux, il ne semble pas que le volcan soit beaucoup fréquenté de nuit - il ne sera guère possible de prévenir efficacement les visiteurs : le temps de remontée de l'information s'ajoutant au temps de mise en route et de parcours de l'hélicoptère de la gendarmerie, il y a fort à parier qu'un ordre d'évacuation par mégaphone arriverait trop tard !
En effet, il s'écoule rarement plus d'une heure, voire une heure et demie entre le début d'une crise sismique annonciatrice d'une éruption et l'arrivée de la lave à la surface. L'exception en la matière reste le cas des éruptions latérales, comme ce fut le cas le 5 janvier dernier : le magma migrant loin de la zone centrale du volcan, était sorti à l'air libre à plus de trois kilomètres du sommet au terme d'une crise sismique de près de six heures. Une éruption hors enclos avait été redoutée, à juste titre : la lave avait jailli dans l'enclos mais tout près du Nez coupé de Sainte-Rose. Une semaine plus tard, ce "raté" trouvait sa confirmation avec la deuxième phase de l'éruption. Le magma, qui avait migré au-delà du rempart, est pourtant sorti dans l'enclos, profitant de la faiblesse de la paroi de l'enceinte naturelle du volcan. "Une éruption hors enclos dans l'enclos" avaient conclu les scientifiques.

François Martel-Asselin


Les phases d'alerte

- La préalerte correspond, aux termes du plan de secours spécialisé (PSS) éruptions volcaniques publié en 1992, à "une situation d'activité géophysique anormale". Cette situation peut se terminer par un retour à un niveau d'activité normal (préalerte levée), se maintenir pendant une période quelconque (de un jour à plusieurs semaines) ou déboucher sur une crise éruptive (on passe en alerte).
- Alerte n° 1 : éruption imminente. "L'observatoire détecte les signes d'une crise intrusive qui selon toute probabilité se traduira par une sortie de lave". L'accès à l'enclos devient interdit. En l'absence de sortie de la lave, il est possible de revenir en préalerte.
- Alerte n° 2 : éruption dans l'enclos.
- Alerte n° 3 : éruption hors enclos. "Cette étape traduit la détection d'activité vers les zones basses". Les communes de la côte sont averties du risque de coulées. Dernières en date : août 1998, mars 1986, avril 1977.