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ARTICLE DU 20/01/2002
Alors que le Piton de la Fournaise s'est rendormi, le public a enfin pu se rendre à la Vierge au Parasol, site de la spectaculaire coulée de lundi dernier. Des retrouvailles paisibles, loin de l'affluence à laquelle
on pouvait s'attendre. Par petits groupes, en famille et dans le calme, touristes et curieux se sont - malgré l'interdiction - aventurés sur les gratons tout neufs, ou ont suivi la coulée jusqu'à la mer grâce à un sentier aménagé le matin même par l'ONF. Aujourd'hui, de l'avis des pompiers et des gendarmes présents sur place, les curieux devraient être beaucoup plus nombreux.

Les Réunionnais sur la coulée


Allez, disons-le : on avait un peu peur. On imaginait déjà la coulée transformée en champ de foire, les matamores en savate deux doigts sur la lave encore chaude, les routes encombrées de véhicules et les papiers gras abandonnés... On lui en voulait, à ce volcan, de n'avoir pas réservé sa somptueuse colère aux marcheurs qui la méritent, et de s'être éteint juste avant le week-end comme s'il avait passé un marché avec les vendeurs de samoussas. On avait peur... et bien ! On avait tort. Pour leurs retrouvailles, le public et le volcan ont préféré la discrétion. À 13 heures, selon un des pompiers présents sur le site, c'est environ "500 personnes" qui se sont présentées, par petits groupes. Un peu plus l'après-midi, mais toujours dans le calme.
Dès le matin, les curieux ont sagement garé leurs voitures sur le CD 57, tout près de l'endroit où pour franchir le barrage sur la RN2, il faut présenter un laissez-passer aux forces de l'ordre qui surveillent la route. Alors, avec les enfants, baskets aux pieds ou en total look randonneur, ils ont entamé la courte marche vers la coulée. Et là, devant le mur de lave, certains sont restés silencieux. Et puis - coup d'œil à gauche, à droite, pas d'uniformes ? - malgré l'interdiction formelle de crapahuter sur les gratons, personne ou presque n'a pu résister à l'envie de contempler, de haut, les formidables épousailles de l'eau et du feu.

Sentier aménagé par l ' ONF

L'immense langue de lave, bordée de végétation martyre, plongeant dans la mer; le merveilleux chaos des laves et les premiers assauts des vagues qui déjà veulent prendre leur revanche sur la roche. Un spectacle accessible grâce au travail de l'Office national des forêts : hier matin, une équipe de quatre agents a travaillé toute la journée pour tracer un sentier menant jusquà la mer.
À quelques pas de la coulée qu'il suit scrupuleusement, ce sentier débute à la RN2 (côté Bois-Blanc), signalé par de la rubalise rouge et blanche accrochée à la végétation.
Hier, les agents en étaient encore à élargir le chemin à travers les fougères et les goyaviers sauvages. Sans difficulté insurmontable, cette voie demandait en début d'après-midi un peu d'efforts lorsqu'il sagissait de faire demi-tour et donc remonter la coulée jusqu'à la route...
Il le faut pourtant, si l'on veut savoir enfin ce qu'ils en pensent, ces fameux visiteurs, de cette dernière colère du volcan ! "Absolument magnifique !" s'exclame Rosie, qui, avec son mari Patrick vivent à Saint-Gilles.
Allison et Christophe, leurs enfants venus de métropole pour les vacances n'en reviennent pas : cette coulée était leur première et ils en ont encore plein les yeux. Cédric (5 ans) et Christopher (13 ans), venus avec leur famille de Saint-Denis et de Sainte-Anne ont tenu à emporter un souvenir plus tangible du spectacle : ils ont chacun un graton ! "Ah, c'est vrai que c'est impressionnant, mais pourquoi ont-ils fermé la route si haut ?" s'interroge une dame du groupe, avant de confier que "là-haut, des gens avec des laissez-passer" leur ont proposé de les emmener jusqu'à la dernière barrière "pour un euro par personne"... elle a dit non. Patrick lui s'étonne de voir si peu de monde. Marcel, pompier de la Plaine-des-Palmistes de permanence sur le site hier a une explication : "S'il y a moins de public, c'est parce que le volcan coule trop souvent." Aujourd'hui, si l'on en croit les gendarmes sur place, les visiteurs devraient être plus nombreux à en redemander...


Retour au calme du piton de la Fournaise

Hier, l'observatoire volcanologique a constaté la disparition des derniers signes suspects encore enregistrés ces derniers jours. La menace d'une nouvelle phase éruptive du piton de la Fournaise semble donc bien s'éloigner après la fin brutale de l'éruption intervenue mercredi après-midi. Néanmoins, les scientifiques continuent pour l'instant les gardes de nuit et de week-end à l'observatoire.

E. de J.






N 'oubliez pas l 'eau

Si les pompiers présents sur le site n'ont pas eu à intervenir pour des incidents graves, en revanche ils ont souvent dû fournir de l'eau aux randonneurs qui avaient totalement sous-estimés la désydratation causée par la marche entre le barrage et la coulée (environ 5 km aller-retour). Ajoutez à cela que sur le site, la chaleur est intense... et que la grimpette sur les gratons demande pas mal d'énergie. Alors, n'oubliez surtout pas de vous munir d'eau en quantité suffisante, tout particulièrement si vous avez des enfants avec vous. N'entreprenez pas la balade sans avoir convenablement mangé, marchez à votre rythme et ayez aussi dans votre poche un sucre ou des fruits secs : excellents en cas de petits coups de pompe !